424c Le Blog de TheBookEdition » Les interviews
Rejoignez TBE

1 décembre 2011


Les bonheurs de NANOUG, notre bestseller 2011

Par L'équipe de TheBookEdition.com — Classé dans : Les interviews

nanoug_books.jpg
ou l’art d’utiliser TheBookEdition.com

L’auteur qui a le plus vendu de livres sur notre site en 2011 aurait sans doute fait le bonheur d’un éditeur, mais c’est le sien qu’elle a fait en auto-éditant - grâce à TheBookEdition.com - ses livres artistiques à destination des enseignants de maternelle. Sans bourse délier, avec pour investissement l’animation de son blog…

-Nanoug, vous faites un malheur avec des livres pour enfants de 3 à 7 ans. Etes-vous professeur des écoles vous-même ? Artiste ? Les deux ? Maman ? Parlez-nous de vous.
Je suis un petit peu tout ça à la fois !
J’ai 47 ans, je suis maman de trois enfants de 22 ans, 18 ans et 14 ans.

J’ai été institutrice puis prof des écoles de 1985 à 2010 ,soit 25 années dont 23 en école maternelle. J’ai pris ma retraite fin juin 2011 (en bénéficiant du droit de partir en ayant 3 enfants et plus de 15 ans de service) , non pas que je n’aimais plus mon travail, au contraire, mais par opportunité de partir dans de bonnes conditions financières tout en ayant la possibilité de développer mes activités artistiques pour lesquelles je manquais de temps.
Car je suis aussi artiste peintre depuis quelques années , en amateur.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer ces manuels ?
En fait, j’ai découvert “The Book Edition” en commandant moi-même un livre édité par une collègue institutrice.
J’ai eu envie de publier mes poèmes associés à quelques unes de mes toiles. J’ai donc d’abord fait “Les Tabloèmes de Nanoug”.

Puis j’ai réutilisé dans ma classe mes “comptines de l’alphabet” que j’avais écrites et illustrées il y a 7 ou 8 ans pour remédier aux problèmes de certains enfants de ma classe à mémoriser le nom des lettres de l’alphabet. Elles étaient restée à l’état de fiches et j’ai été séduite par la possibilité d’en faire un vrai livre aussi facilement sur votre site.
Avez-vous rencontré des difficultés ? Combien de temps cela vous prend-il de créer et terminer vos livres ?
Les pages des ” Nanoug’comptines de l’alphabet étaient déjà prêtes. Je n’ai eu qu’à mettre en forme le document et à vous l’envoyer. Comme je me débrouille un peu en informatique, et que la marche à suivre est vraiment simple,cela ne m’a pas posé de problème particulier.
Quant à la publicité, mon blog “Le tour de ma classe” m’a grandement aidé.
En effet, j’ai créé fin 2008 un blog à destination de mes collègues enseignants de maternelle, dans l’idée de partager mon expérience. Je ne me doutais pas alors de l’ampleur que prendrait ce blog !
(Actuellement , il comptabilise en moyenne 5000 visites par jour dans de nombreux pays et il semble qu’il aide beaucoup les enseignants, surtout les débutants en maternelle.)

J’ai donc mis un lien de mon blog vers le site “The Book Edition” pour faire connaître mon premier livre “pédagogique”.
Devant le succès inattendu des ventes, j’ai écrit un autre livre de comptines puis j’ai
cherché quels autres outils pourraient être utiles aux enseignants en restant pédagogiques mais aussi simples, concrets, directement utilisables en classe et faisant gagner du temps dans la préparation de la classe.
Les commentaires reçus chaque jour me montrent que les enseignants ont la théorie, connaissent les objectifs à atteindre mais manquent d’idées concrètes et de démarches simples pour les atteindre.
Ainsi ont suivi “Les Nanoug’découpages”, “Les Nanoug’graphismes” et Les Nanoug’recettes”.
En piochant dans les activités que je mettais en place dans ma classe et dans toutes les photos que j’avais conservé, j’ai proposé des outils pratiques pour les enseignants de maternelle.
Pour chaque livre, cela m’a pris entre 2 et 6 semaines pour les finaliser.

Les révisez-vous souvent ? Non, je ne les ai pas révisés.
Que disent les enfants de vos idées d’activité ? C’est à travers les messages que m’envoient les enseignants que je constate que les activités que je propose plaisent aux enfants et les aident à progresser .
Etes-vous plus artiste ou plus pédagogue ?
Je crois que je suis autant artiste que pédagogue, c’est peut-être là ma force !

- Est-ce la première fois que vous publiez en auto-édition ? Avez-vous présenté vos livres à des éditeurs traditionnels ?
Je n’ai jamais présenté mes livres à des éditeurs traditionnels. Je pensais qu’ils n’auraient pas retenu leur attention et je ne pouvais pas me permettre de prendre des risques au niveau financier .
- Vos livres sont-ils validés par des officiels sur le plan pédagogique ?
Non, pas encore mais cela viendra peut-être !
Avez-vous un réseau particulier pour vendre aux institutrices ? Mon blog : www.tourdeclasse.com

Aux Etats-Unis beaucoup de professeurs créent et distribuent leurs livres de classe. Ceci sera-t-il possible un jour en France, selon vous ? Je ne sais pas mais j’en doute.
- Vos livres sont-ils à recommander aux mamans ou réservés aux enseignants ? Est-ce une bonne idée pour Noël ? Pour la maman ou pour l’enfant ?
Ils sont plus destinés aux enseignants et en particulier ceux de maternelle mais ils peuvent aussi être utilisés par les mamans, les papas ou les nounous !
Dire des comptines à son enfant, lui apprendre à découper, à améliorer son geste graphique, faire des recettes avec lui, ne sont pas des activités réservées à l’école.
De plus, à travers toutes les activités, c’est aussi la communication et l’échange qui s’installent entre l’adulte et l’enfant, et qui lui permettent d’améliorer son langage tout en s’amusant.

Alors un bon cadeau pour Noël ? Pourquoi pas ?
En tous cas, il peut avoir sa place au milieu de toutes les nouvelles technologies !

- Quels avantages trouvez-vous à publier chez TheBookEdition.com ?
Je ne prends aucun risque puisque les livres ne sont fabriqués qu’à la commande.
Je ne m’occupe plus de rien une fois le livre mis en ligne.
Les livres sont de très bonne qualité.
Le service et le suivi des commandes sont fiables bien que le délai de réception soit un peu long …

- Participez-vous à des salons ? Non.
- Faites-vous de la publicité ? Non sauf sur mon blog.

Quel effet cela vous fait-il d’être le best-seller 2011 de TheBookEdition.com, après “Je vais vous apprendre à intégrer HEC ” (best-seller 2010, d’Emmanuel Vayleux) ?
Alors là !!!!!
Je ne m’y attendais pas du tout et j’en suis encore très étonnée !

Je suis surtout heureuse de pouvoir mettre mon expérience et mes idées au service des enseignants , surtout des plus jeunes pour qui la formation se réduit malheureusement à de la théorie et qui arrivent très démunis sur le terrain.
Et puis cela me montre aussi que même à la retraite , on peut encore être utile et créatif…

Merci à The Book Edition et à tous les acheteurs de mes livres sans qui je n’en serais pas là …

53531591_p.jpg
Nanoug

Voir les oeuvres de Nanoug sur le catalogue

Voilà. Le best-seller cette année est de nouveau quelqu’un qui vend directement via l’adresse de sa page sur notre site et grâce à un blog vivant, et de nouveau il est question de pédagogie et de conseils pratiques - même si Nanoug y a mêlé beaucoup de sens artistique.
Et en 2012, qui va décrocher le pompon ? Allez les auteurs “TBE”, prouvez-nous qu’un roman aussi peut se vendre comme des petits pains à la demande …

Les paris sont ouverts.

Annie DAVID

2bb8

28 juillet 2010


Alexandre MANGIN, japonologue polygraphe

Par L'équipe de TheBookEdition.com — Classé dans : Les interviews

Une recherche sur Google donne ceci :
« Le 11 septembre 2008, Alexandre Mangin a soutenu sa thèse en vue du doctorat de Langues, spécialité : “Etudes sur l’Asie et ses diasporas”, portant sur le sujet suivant :
“Miyamoto Tsunéichi, un ethnographe folkloriste, infatigable marcheur à la recherche de l’identité japonaise”.
Thèse qui lui a valu la mention « très honorable ». C’est donc à notre honorable correspondant du Pays du Soleil levant, le Docteur Alexandre Mangin, que nous adressons humblement ces quelques questions qui nous brûlent les lèvres…

Alexandre MANGIN, TÔKYÔ

       Bonjour, et merci beaucoup de me proposer cet entretien. Je suis ravi. Bien, je me lance : j’ai 32 ans, je fais des recherches sur le Japon (plus précisément sur le discours des ethnographes japonais du folklore concernant leur propre pays) après avoir fait du Droit (qui m’a intellectuellement formé) et, bien sûr, un cursus de langue et culture japonaises comme vous le rappeliez.
Je vis à Tôkyô, parce que c’est la capitale et que c’est là qu’on trouve le plus d’opportunités pour travailler dans un premier temps, de centres de recherche et autres bibliothèques. Je connais bien la ville : cela fait déjà cinq ans que j’y vis. Mais j’aimerais expérimenter la vie sur une autre île et je reste lyonnais à la vie, à la mort.
Lyon, Toda (près de Tôkyô) où j’ai vécu et d’autres lieux qui me sont chers ou qui m’intéressent apparaissent dans mes écrits de fiction ici et là.

Le lecteur potentiel de mes livres qui me découvrirait chez TheBookEdition pourrait être surpris du nombre d’ouvrages concernant le Japon comparé à celui des fictions. C’est parce que je ne suis pas ici depuis longtemps. J’ai en prévision d’autres titres de fiction qui au final seront plus nombreux que ceux sur le Japon. J’ai en effet deux passions primordiales : la littérature, et le Japon. Dans mes ouvrages sur le Japon, j’essaie de mettre toute ma réflexion et mes connaissances, et dans mes œuvres de fiction, toute ma réflexion et tout mon cœur, c’est un peu différent.

A titre de « passe-temps », j’aime beaucoup l’étude des langues et je fais aussi de la traduction.

-On vous imagine attiré par la philosophie et les religions asiatiques et vous publiez entre autres un livre sur les prêtres. Vous n’êtes pas partagé entre deux mondes ?

Oh oui ! Je suis même parfois écartelé ! Mais c’est rarement désagréable, même en cas de mélancolie – je suis un grand mélancolique – et ce sentiment est très productif ! (J’y ai même consacré mon mémoire de maîtrise disponible en livre ici même).

Au niveau des œuvres japonaises « de non-fiction », je suis plutôt attiré par les ethnologues et ethnographes, ainsi que par les historiens. Pour ce qui est de la philosophie, mes racines sont bien européennes et françaises et ma préférence va aux stoïciens, à Platon, à Descartes, Pascal, aux pères de l’Eglise et, plus proche de nous, à René Girard dont je suis un grand admirateur. J’ai aussi beaucoup d’intérêt pour Marcel Mauss, Claude Levy-Strauss, François Laplantine (que j’ai eu le plaisir et l’honneur de rencontrer… au Japon).

Je reviens à mes fictions. Mon livre Un jeune prêtre aura une suite, actuellement en chantier. Le père Larcet et le Doc vont joindre leurs efforts pour un combat spirituel. Ce roman sera riche en chagrins, mais toute lueur d’espoir ne devrait pas disparaître. Je ne cache pas que mon œuvre de fiction est nourrie par ma foi chrétienne, sans être « bien pensante » (j’ai horreur de ceux qui donnent des leçons de morale à tout le monde ou qui jouent les oies blanches). Se discipliner soi-même est un exercice dur et exigeant de tous les jours, et si l’on tient à « changer les gens », qu’on commence par donner soi-même le bon exemple.

-Vous avez retiré votre recueil de poésies aussi vite que vous l’avez publié. Avez-vous si peur de votre liberté d’expression ?

Sur conseil de mes proches, j’ai tout retiré. Je leur fais confiance : ils ont une distance que par ma position d’auteur, je n’ai pas : je ne serai jamais un vrai lecteur de mes œuvres.

Pour ce qui est de la liberté d’expression, je trouve qu’elle varie suivant les thèmes que l’on traite, et qu’en France, les procès se font bien plus nombreux actuellement que dans les années 60-80, par exemple. C’est presque une peau de chagrin. Mais ça n’a rien à voir avec le retrait de mes poèmes.

- Vous écrivez sur votre blog ceci :
« Rivron, mon gars, c’est de la vraie littérature. D’abord et avant tout, parce qu’il a un ton. Ca peut t’apparaître pédant, ce dont j’te cause, et pourtant c’est du vrai de vrai : le style, c’est TOUT, c’est ce qui fait qu’un livre passe de chose écrite à œuvre littéraire. »
http://all-zebest.hautetfort.com/
L’importance du style est-elle supérieure à celle du propos d’un livre selon vous ?

Votre question est bienvenue. Je pense en effet qu’il est important de distinguer jugement moral et jugement littéraire. On peut être moralement irréprochable et écrire de fort mauvais livres. A l’inverse, on peut être un écrivain de génie et être immoral (voyez Sade). Certains ne sont ni l’un ni l’autre, d’autres sont les deux (Saint Augustin, par exemple). Pour moi, un livre immoral peut appeler un jugement moral sévère, certainement pas un procès (je suis contre les procès, ancien juriste moi-même ! ). Quand on parle littérature, un livre est bien écrit, ou mal écrit (et dans ce cas, ce n’est pas de la littérature) : c’est tout.

Bien sûr, un essai scientifique, juridique ou autre n’a pas à être une œuvre littéraire. Un style agréable et précis est cependant un atout indéniable.

- Un livre simple écrit par une personne sans éducation littéraire voire grammaticale mais avec ses tripes peut-il trouver grâce à vos yeux ?

A titre de témoignage, oui (cela peut aider des personnes qui se reconnaîtraient dans ce parcours). De thérapie pour l’auteur : oui. De cadeau à des proches : oui. D’œuvre littéraire : NON (ce n’est pas une œuvre littéraire, tout simplement). La littérature, tout comme la plomberie (je l’ai écrit dans le forum et je le maintiens ici), a ses règles (la grammaire et l’orthographe), son matériau (la langue), ses outils (le dictionnaire de langue, le dictionnaire de synonymes, le Bescherelle) et ne saurait tolérer aucun amateurisme. On ne devient pas écrivain, chanteur ou peintre en claquant des doigts. C’est un long et dur apprentissage : on apprend (et désapprend parfois) toute sa vie. Un vrai artiste reste toujours insatisfait de ce qu’il fait, car il est conscient de la distance qu’il existe entre son idéal artistique et la réalité d’une œuvre imparfaite. La conscience artistique est une conscience de l’Absolu, similaire à la conscience spirituelle (en moins grand). L’Art et les Lettres doivent chercher à transcender l’humain. De cet échec inévitable et de la conscience de cet échec peuvent naître de grandes œuvres. Relisons Pascal, Bernanos, Barbey d’Aurevilly, Bloy… De toute façon, le Temps est un juge impitoyable qui fait un tri énorme.

- Quand avez-vous découvert TheBookEdition.com ?

Il n’y a pas si longtemps (deux mois peut-être). Ce fut une illumination. Tout m’a plu chez vous : le site, son ergonomie, votre concept, vos prestations, les types de couvertures « maison », le service, le forum, vos tarifs (pour les petits tirages), la possibilité d’avoir mon livre rapidement dans les mains, la qualité irréprochable de l’objet fini. Vous avez désormais une lourde responsabilité sur vos épaules : de nombreux auteurs vous font confiance et vous remplissez un rôle unique. Soyez toujours comme vous êtes.

- Reviendrez-vous habiter en France ?

Oui, c’est en projet pour dans quelques années.

- Avez-vous cherché un éditeur ?

A part ma thèse qui est éditée par un éditeur spécialisé, non. Je me disais que mes histoires de curé, ce n’était pas « dans l’air du temps ». Grâce à TheBookEdition, j’ai repris une once d’espoir.

-Anything else ?

Mon recueil de nouvelles Ascension, actuellement en relecture, est prévu pour très bientôt. Il comprendra trois nouvelles, dont deux étaient dans la version provisoire dite « tome II » du recueil, imprimé en un seul exemplaire. On y trouvera une histoire psychologique sur une passion adolescente, une historique d’aventure au XVIIIe siècle (lisible intégralement sur mon blog) et une « baroquerie » de science fiction. L’ensemble poursuit une finalité spirituelle qui ne peut être pleinement saisie qu’une fois la lecture du livre achevée. J’ai également en projet de faire un livre contenant notamment deux de mes nouvelles actuellement en cours d’écriture, « Toda of the Dead » et « Emprise progressive » dont le début est en ligne sur mon blog. J’y raconte des histoires d’action et de suspense ayant trait aux virus et à la maladie, avec un arrière fond mystique et une petite dose d’humour.
J’ai également en préparation un recueil de nouvelles très brèves, d’une ou deux pages, ce que j’appelle des « proses », assorties de quelques poèmes choisis, ainsi qu’un recueil de dessins.

En bref, si je devais résumer ma position, je me dirais écrivain par vocation, japonologue par passion, enseignant par nécessité et chrétien Lyonnais par essence.

Merci Alexandre MANGIN,  TheBookEdition.com vous souhaite beaucoup de plaisir à écrire, et encore plus à être lu.

Propos recueillis par Annie DAVID

Reproduction totale ou partielle interdite  sauf autorisation de TheBookEdition.com

6135

26 mai 2010


Le monde sensible de Nicolas Bleusher

Par L'équipe de TheBookEdition.com — Classé dans : Les interviews

Fictions et confidences

       D’où vient cette musique ? D’où vient ce sentiment ? C’est grave, c’est léger, ça virevolte et ça s’écoule. C’est un ton, un style qui s’ignore ou se découvre… Des nouvelles, des bribes échappées d’un blog, mais ça suffit pour aimer. Voilà, il y avait des mots dans un grand chapeau, le chapeau sur la tête de Nicolas Bleusher et il s’est allongé dans l’herbe. Le chapeau a roulé, le printemps les a fait éclore, ils sont là, de toutes les couleurs tendres du printemps d’un talent révélé. Oui, je crois que Nicolas Bleusher a du talent, et je ne suis pas la seule. Certains d’entre vous ont évoqué sur le forum l’émotion éprouvée à la lecture des extraits de “Fictions et confidences” : chapeau Nicolas ! 

J’ai demandé à Nicolas Bleusher de nous parler de lui. Voilà son auto-interview. Merci à lui d’avoir accepté de lever un coin du voile, car nous le devinons un peu sauvage, autant qu’urbain…

” J’écris, de manière plus ou moins régulière, depuis janvier 2005.

Une époque de ma vie pleine de drames et de bouleversements qui a été propice, certains soirs, à prendre plaisir à quelques confidences. J’ai, d’emblée, proposé mes textes via un blog, puis deux, migrant avec le temps de plateformes en sites personnels, mélangeant les genres et les lectorats. Les dispersant, aussi. L’opportunité s’est, peu à peu, transformée en passion. Je suis passé de l’autobiographie à la fiction.

Ma production a été formatée par les exigences de ce nouveau média : des textes courts, efficaces, qui se suffisent par eux-mêmes et qui peuvent être lus indépendamment les uns des autres. « Un bouquet d’évocations. Des souvenirs épineux auxquels se mêlaient des envies de partir, quelques beautés à peine écloses. Il pouvait respirer, s’échappant d’un billet de phrases courtes, le parfum d’une émotion vive et celui, un peu fané, de la mélancolie… » (Les jardiniers du verbe)

Dans la blogosphère, la curiosité des visiteurs - qu’il faut savoir entretenir à travers le dépôt régulier de commentaires, en plus du travail de composition - ne va jamais plus loin que les deux ou trois dernières contributions. Les textes archivés ne sont pas relus. Le lecteur veut du gratuit, du neuf, du régulier, du facile à consommer. Et du qualitatif, s’il peut, pour le même prix. Il faut savoir le toucher en quelques phrases, imposer son style en quelques billets, produire du contenu en continu et être assez varié et inventif pour fidéliser ceux qui s’épanchent en compliments aussi vite qu’ils vous oublient…

Tenir un blog est, en cela, un excellent apprentissage doublé d’une belle école de modestie. Cet exercice a toutefois sa limite : la frustration de l’auteur.

En décembre dernier, j’indiquais à mes lecteurs : « Il faut que je me résigne. Une fois encore, me direz-vous, une fois de plus, me suis-je dit, tout à l’heure, assis, déçu, au milieu de ces morceaux de moi et que personne, ou si peu, n’a la curiosité de suivre. Ce carnet, sans doute, eut la faiblesse d’une ambition. Oui, je l’avoue : j’ai écrit, ici, pour être lu. En vain. Souvent, j’ai voulu remonter le courant de ma désillusion. Rien n’y a fait. Il est temps pour moi de jeter l’encre, simplement de revenir à la rive. Car, finalement, qui étaient mes visiteurs ? Une poignée, changeante, d’autres blogueurs qui se lisent, se congratulent et se lient, entre eux. Une histoire de serpent qui se mord la queue. A force, il disparait. » (Une histoire de serpent)
La notoriété - et par là les échanges qu’elle permet avec les autres - n’est pas qu’une question de style ou de talent. En suis-je seulement pourvu ? Ce n’est pas à moi de le dire. Elle est aussi, surtout, question de chance et de réseau. Je n’ai ni l’une ni l’autre. Et si peu de temps libre. J’ai donc jeté mes textes à la mer, virtuelle… « Debout, devant l’immensité du bleu, je songe encore, les poings serrés, à tous ceux qui, silencieux, passent si près de toi, sans te toucher, sans te comprendre… Le blog s’est éclairci, a pris de jolies teintes. Je sais que la lumière de l’inspiration traverse, parfois, ses hublots froids avec une belle facilité. Tout ce travail pour quelques minutes d’indifférence. J’entends pourtant le bruit sourd de quelques grappins qui effleurent la coque, tentatives d’approche, intérêts furtifs pour ce lieu vague et son capitaine. Qu’importe. Je serais là, comme une trace… » (Le mot de passe)
Ma démarche d’auto-publication – au-delà de matérialiser dans l’objet Livre des mois ou des années de travail – est une opération de pages tendues vers le monde des lecteurs ordinaires. Une attente un peu folle et dérisoire quand je considère que les intervenants sur le forum de TheBookEdition sont, comme dans la blogosphère, pour la plupart des auteurs eux-mêmes. Une façon différente de boucler la boucle sans jamais pouvoir en sortir…
Merci, simplement, à Annie qui me donne, ici, l’occasion, précieuse, de me faire entendre.

A Paris, le 22 05 2010
Nicolas Bleusher ”

Toute reproduction de cet article, partielle ou totale, est soumise à autorisation de TheBookEdition.com

21 mars 2010


Saint-Fromond : “Il faut mettre de la folie dans sa vie”

Par L'équipe de TheBookEdition.com — Classé dans : Les interviews

« Dieux qui avez l’empire des âmes, Ombres silencieuses,
Chaos et Phlégéthon, muets parages qui vous étendez dans la nuit,
qu’il me soit permis de dire ce que j’ai entendu, et,
avec votre assentiment, de dévoiler les choses ensevelies
dans les profondeurs ténébreuses de la terre.
(Virgile - L’Énéide livre VI)

Saint-Fromond  http://www.thebookedition.com/livres-saint-fromond-auteur-21002.html

**Quand avez-vous commencé à écrire ? L’enfant que vous restez dans vos livres écrivait-il ?

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé lire. Je me revois dans une chambre immense, à l’étage d’une très vieille maison avec des murs épais et des parquets anciens au travers desquels je voyais mes parents regarder la télé, à l’heure où j’aurais dû dormir depuis longtemps. La grande cheminée peinait à chauffer tout l’espace mais avec une couverture chauffante et une bouillotte brûlante, mon lit était devenu un nid au creux duquel je lisais en cachette, lampe électrique à la main, tout ce qui me tombait entre les doigts, des J’aime lire, des Fantômette ou des Club des Cinq, des Jules Verne ou des Astérix, puis plus tard des Agatha Christie ou Rouletabille. Une partie du plaisir de lire était sans doute dans la transgression de l’interdit, non pas la lecture mais de l’heure jusqu’à laquelle je lisais. Vous n’imaginez pas les aventures que l’on peut vivre dans un pareil nid, pour peu que le feu de la cheminée crépite bien. Puis quand le pas de mon père faisait craquer le vieil escalier de bois, j’éteignais vite la lampe électrique et, les yeux fermés, j’écoutais mon père traverser la grande chambre pour remettre du bois dans la cheminée, le cœur battant de crainte d’être surpris et de me faire gronder.

Alors pendant des années, les livres ont eu à mes yeux une dimension sacrée. Il fallait être un géant pour écrire et jamais je n’aurais eu la présomption de me prétendre capable de comparer à ces géants. Plus tard, à l’âge où j’ai commencé à préférer aller voir les filles plutôt qu’aller taquiner le goujon dans la Charente, j’ai commis beaucoup trop de vers et d’une telle médiocrité que je prie pour qu’il n’en reste nulle trace, nulle part. Ce n’est que bien plus tard, à plus de trente ans que sur un coup de blues, j’ai posé quelques mots sur une feuille. De fil en aiguille, une histoire a pris corps et c’est ainsi que La Korrandine de Tevelune est née. Le plus rigolo dans tout cela, c’est que de relectures en réécritures, à force de travail sur la structure du roman et sur le style, les premières pages, celles qui ont été à l’origine de toute cette aventure, ont totalement disparu.

**Saint-Fromond est en Normandie, les Korrigans en Bretagne et vous à Besançon, vous écrivez sur les korrigans de Charente Limousine, votre terre d’enfance. Tous les noms de lieux et de personnages sont véridiques, dites-vous. Vous avez dû faire de longues recherches ?

Ah ! Soyez prudente. Vous confondez les Korrandons avec les Korrigans. Ce sont de lointains cousins mais ils n’aiment pas du tout être confondus. Les Korrandons sont des nains de source. Ils ont réellement existé, tout comme les Korrigans, mais on les a oubliés. Cela ne les chagrine guère ; ils aiment le calme et préfèrent passer inaperçus. Nous passons souvent tout près d’eux sans les voir mais avec un peu d’attention et beaucoup d’imagination, vous en verrez la trace près des fontaines et des cascades, au bord des gours. Chez les gaulois celtes, le ‘Corros’, c’était le nain. Plus tard, en breton, ce mot est devenu ‘Korrig’, le gnome. ‘Andon’ ou ‘andounna’, c’était la source, l’eau qui vient d’en bas. D’où le nom des Korrandons. Vous voyez qu’on ne peut pas les confondre.

Sous la plume, les lieux ont presque tous changé de nom, mais ils ont pris un sens nouveau. Ainsi, dans la langue gauloise, l’adjectif ‘tauo’ signifie calme, tranquille. Associé avec ‘andounna’, il a donné naissance à Tevelune, les eaux calmes. Le plus étrange, et c’est ce qui a troublé Vincent dans La Korrandine de Tevelune, c’est que la ville de Belgique où vit Aurélie a presque le même nom. Elle habite Vorinde. Or en gaulois, ‘renos’ voulait dire rivière ou fleuve, et au fil du temps il est devenu ‘rin” en ancien français, ce qui a d’ailleurs donné son nom au Rhin. Quant à ‘uo’ qui a donné le ‘vo’ de Vorinde, cela veut dire dessous. Vorinde est donc la rivière souterraine tandis que Tevelune renvoie aux eaux tranquilles d’une source souterraine. Troublant, non ?

Quant à Barnabé, il vit à Montdunon, une petite ville au confluent de l’Or et de l’Argent, au pied d’un oppidum, c’est à dire d’une ancienne forteresse gauloise ou romaine construite au sommet d’une colline. L’oppidum est le nom latin. En gaulois, c’était ‘dunon’ associé à ‘mons’, la montagne. C’est une racine courante que l’on retrouve dans Châteaudun, Verdun ou Lugdunum, l’ancien nom de Lyon.

Dans les Contes et légendes à l’usage des Korrandons (dont deux sont publiés dans l’excellent recueil collectif Limousin un jour, Limousin toujours), même les personnages se sont offert le luxe d’un nom illustrant leur caractère. Efflam, le personnage que l’on suit dans chaque conte, est Celui qui rayonne. Sa mère, Aoda, est Celle qui élève et son père, Moran, est Celui qui est grand. Or la taille de Moran joue un grand rôle dans l’histoire…

**Parlez-nous de vos personnages. Lequel vous ressemble le plus ?

J’ai une tendresse particulière pour Barnabé. J’envie sa façon de rêver des aventures extraordinaires sur les mers du monde, au cap des tempêtes, simplement en voyant un bout de bois flotter à la surface de l’Argentor et s’en aller avec le courant. Je vais vous faire un aveu. Très souvent, pendant que j’écrivais, Barnabé avait de telles trouvailles et des réactions si étonnantes que j’en éclatais de rire. Il est toujours difficile lorsqu’on écrit de garder le contrôle de ses personnages mais avec quelqu’un d’aussi fantasque que Barnabé, c’est peine perdue. Parfois nous n’étions pas d’accord, comme lorsqu’il a baptisé sa chouette blanche Citrouille. Je trouvais ça ridicule mais il y tenait mordicus. C’est finalement lui qui a gagné mais avec le recul, je m’aperçois qu’il avait raison. Il faut mettre de la folie dans sa vie. D’ailleurs tous les personnages sont un peu fous dans Barnabé. Cette manière qu’ils ont prendre la parole chacun à leur tour pour raconter l’histoire qu’ils vivent avec leur propre regard permet de mieux les connaître, presque de rentrer dans leur intimité. Chacun à leur façon, ils sont attachants et ont tous un petit grain de folie.

C’est un peu ce qui manque à Vincent Beaufils dans La Korrandine de Tevelune. De vous à moi, j’ai souvent eu envie de le secouer. Cette façon qu’il a parfois de se laisser glisser tout au fond de sa déprime m’horripilait. Mais il lui fallait passer par là pour retrouver son chemin parce qu’au fond, en recherchant l’histoire de la Korrandine au Moyen Âge ou au XIXe siècle, c’est lui qu’il recherche. Il croit faire remonter la Korrandine du passé mais c’est lui qui remonte du fond de sa déprime. Il pénètre dans la grotte de Tevelune et la vue du squelette opère en lui comme la vue du crâne dans le cabinet de réflexion des francs maçons. En repensant à ce qu’était sa vie dans la vallée de l’Argentor vingt ans plus tôt, il fait en quelque sorte son testament philosophique et renaît à une nouvelle vie plus consciente. Et pourtant, malgré sa déprime, il garde la faculté de rêver. Ce qu’il ne sait pas de la vie des résistants de la long de la ligne de démarcation, il l’imagine. C’est d’ailleurs ainsi que son amie Mathilde le décrit puisqu’elle l’appelle son somnifacteur, du latin ’somnium’ qui signifie ‘rêve’, son faiseur de rêve. Oui j’aime beaucoup cet aspect-là de Vincent.

Mais de là à savoir lequel me ressemble le plus, c’est difficile. Je crois que j’ai mis des bouts de moi dans tous ces personnages, même les plus petits.

**À quel public s’adressent vos livres?

Mais à tous ! Que personne n’hésite !

Plus sérieusement, j’essaie d’avoir plusieurs niveaux de lecture. D’abord je m’efforce d’écrire de la manière la plus claire et la plus simple qui soit. La lecture doit être un plaisir et j’aime les mots qui coulent comme l’eau claire. Comme de surcroît je ne suis pas un adepte de la violence ou de la vulgarité, mes romans peuvent être mis entre toutes les mains, même les plus jeunes. À mes yeux, mon livre est bon si j’ai réussi à en faire un livre très facile à lire, au point que le lecteur ne voit plus la trame qui est derrière la toile, tout en atteignant le but technique que je me suis fixé au début.

Par exemple, dans La Korrandine de Tevelune, je voulais écrire un roman qui mette en parallèle diverses périodes de l’histoire. Vincent évoque la femme qu’il aime aujourd’hui, mais il est aussi en quête de la jeune fille qu’il aimait lorsqu’il était enfant. En même temps, il s’efforce de comprendre qui est la jeune femme dont il a retrouvé le squelette et peu à peu, il compose diverses vies dans un monastère du Moyen Âge, dans le milieu artisanal d’avant la première guerre mondiale, ou encore sous l’occupation allemande de chaque côté de la ligne de démarcation. En recherchant la Korrandine, il nous fait découvrir un peu ce que fut un même lieu, Tevelune et la vallée de l’Argentor, à ces diverses périodes de l’Histoire. Et puis j’ai choisi de remplacer les titres des chapitres par des citations qui en donnent le ton, tout en surprenant à chaque fois. La recherche de ces citations volontairement très différentes était un vrai bonheur.

Pour Barnabé, l’objectif était très différent. Je voulais travailler sur le style. Alors j’ai choisi de changer de narrateur à chaque chapitre. Les personnages prennent la parole tour à tour et reviennent de temps à autre, certains plus que d’autres. Je me suis également imposé de ne jamais dire qui était le narrateur. Leur style devait donc être assez marqué et stable d’une intervention à l’autre pour qu’en quelques lignes le lecteur ait deviné qui parlait.

**Saint-Fromond, ça fait un peu aristocratique. Pourtant vos livres se penchent sur le petit peuple : “Barnabé” balaie les trottoirs de sa commune, et les korrigans de “la Korrandine de Tevelune” sont du peuple infime. Alors pourquoi cet intérêt pour les petits, les humbles ?

Saint-Fromond est une petite commune de la Manche dont l’une des principales caractéristiques est d’être à portée de bombardement des plages du débarquement et d’avoir eu de profondes raisons de s’en souvenir longtemps. Il n’y a donc pas grand chose d’aristocratique dans le choix de ce nom. Quant à l’intérêt pour les petits, je ne m’étais jamais posé la question comme cela. Hasard ou inconscient ? Je ne saurais le dire.

**Selon vous le rêve est-il l’apanage de celui qui désire ? Ou le souvenir d’un paradis perdu ?

Le rêve est un carburant. Comment vivre sans rêver ? À cet égard, je suis comme Barnabé et Vincent. Chez moi, tout est prétexte à rêve. J’adore grimper dans les sous-bois et découvrir au terme de l’ascension les ruines d’un château abandonné depuis des siècles qui surplombe une vallée du haut d’une falaise. J’aime imaginer ce qu’il a été, l’importance qu’il avait dans la région, la façon dont on y vivait. Je me plais à rêver qu’on pourrait le reconstruire pour lui redonner une nouvelle vie. C’est dans ces moments-là, en rêvassant sur les chemins avec mon bâton et mon chapeau que me sont venues la plupart des idées qui ont nourri mes romans.

**Alors que désire Saint-Fromond ?

Je ne veux surtout pas écrire chaque fois le même roman. Je travaille maintenant sur un concept très différent, un roman policier en Franche-Comté.

Alors que me manque-t-il ? J’ai un chapeau, un bâton et des chemins à parcourir pour rêver toujours un peu plus. J’ai tout pour être heureux. Finalement, il ne me manque que le temps pour écrire, mais les rêves et l’envie sont bien là.

**”Elle aussi, elle percevrait la puissance de ces rêves, cette présence que j’imagine ici, dans l’ancien monastère ou là-bas, à la fontaine. Elle aime les rêves et la poésie. Encore un point sur lequel nous nous ressemblons. Ensemble, nous l’aurions rêvée beaucoup plus facilement notre mythologie tevelunienne. Elle adorerait dessiner les Korrandons, sortant de nulle part à la tombée de la nuit, par des accès bien cachés de notre vue, le long du ruisseau, derrière le monastère, dans le bois ou à la fontaine. Ensemble, nous pourrions rivaliser d’imagination, nous les ferions danser au clair de lune de Tevelune. ”

Avec ça, vous avez dû la trouver, votre Korrandine. Je me retire donc sur la pointe des pieds…

Annie DAVID

 

Reproduction de cet article interdite sans autorisation .

 

 

166f2

15 décembre 2009


Christophe Luquiau, oiseau de nuit : “Post Vitam”

Par L'équipe de TheBookEdition.com — Classé dans : Les interviews

 Christophe LUQUIAU, “Post Vitam”, roman

paru chez TheBookEdition, Décembre 2009, 10€


Christophe Luquiau est un guetteur. Un chasseur de papillons de nuit. Un rêveur éveillé qui écrit des mots tendres et sauvages. TBE a eu envie de vous l’amener brièvement à la lumière, le temps qu’il laisse entrevoir la profondeur de son âme et la clarté des ses rêves. Christophe Luquiau vole et se cogne aux portes et fenêtres de la vie et il écrit, l’air de rien, nos angoisses et nos espérances.

Post Vitam est un livre  marquant, bien écrit, profond. Parce qu’il n’est pas formaté pour plaire, mais pour être vrai, ce livre est chez TheBookEdition, et nous en remercions Christophe, même s’il ne fait aucun doute que sa plume va finir par taper dans l’oeil d’un éditeur. Quoi qu’il en dise.

  Christophe Luquiau, bonjour ! Merci de répondre aux questions de TheBookEdition. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ? Êtes-vous un jeune homme sombre et romantique ? Un grand tourmenté ? Vivez-vous la nuit ? Volez-vous d’arbre en arbre? Croyez-vous au Père Noël ?

 Plus vraiment jeune hélas, je ne suis pas non plus particulièrement sombre. En général les gens qui me connaissent bien me trouvent même plutôt drôle ; ceux qui me connaissent vraiment, un peu moins. Bien que très aguerri à l’introspection, comme tous les grands timides, j’ai encore beaucoup de mal à me comprendre. Mon visible intérêt pour la mort, par exemple, ne laisse pas de me surprendre. Si au  quotidien je n’y pense pas tant que ça, sauf lorsque j’y suis contraint, je dois me rendre à l’évidence que dans mes différents projets c’est un sujet qui revient souvent. C’est grave docteur ? Je ne me décrirais pas comme tourmenté, pourtant la crainte de perdre ceux que j’aime est quelque chose qui me terrorise silencieusement et je sens qu’il ne me faudrait pas creuser très profond dans mon pas-très-conscient pour que je devienne carrément dépressif.
Je me garde donc bien d’y faire des forages même si vos questions tendent à m’y pousser.

Vous devez être très psychologue, car j’ai effectivement un goût particulier pour la nuit. J’aime ce moment où la foule s’est endormie et où les quelques âmes encore éveillées sont recouvertes d’un même toit stellaire. La protection qu’offre l’obscurité convient bien à ma parano, je m’y sens moins exposé. Si je ne sors pas excessivement la nuit, je me couche tout de même très souvent tard. J’ai pris conscience il y a peu, avec le décès douloureux de mon père, que je ne me couche sans doute que quand je sens que la fatigue est assez grande pour m’épargner toutes fouilles introspectives. En définitive je m’aime bien mais me fréquente aussi peu que possible en tête à tête.

Quant au Père Noël j’attends qu’il me prouve lui même qu’il n’existe pas, c’est la moindre des choses me semble-t-il.

  “Post Vitam” se présente sous une forme inhabituelle, puisqu’un fac simile de journal intime dramatique d’un enfant des années 1950/55 s’intercale entre les chapitres du roman. Vous aviez publié ce journal seul sur votre blog. Quelqu’un a-t-il reconnu l’auteur de ce journal ?  La présence de ce journal est-elle indispensable à la compréhension du roman lui-même ? Ce journal est-il réel ou imaginaire ? Vous a-t-il mis sur les rails de l’écriture ?

En réalité ce journal est bien postérieur au reste du roman constitué au départ uniquement des chapitres. Le but initial était de faire connaître mon  roman sur la Toile en utilisant le journal intime d’un des personnages comme objet d’intrigue. En fait de buzz c’est une légère brise qui souffle sur ce blog, mais le journal est là. Ensuite en intercaler des pages entre les chapitres me semblait intéressant. J’aime l’idée de ces deux lectures parallèles sans liens apparents, à moins que… Je voudrais que la fin de la lecture du journal éclaire les choses sous un autre jour : les choses ne sont jamais si simples, rien n’est tout noir ou tout blanc. A chacun sa part d’humanité et de monstruosité, les circonstances font le reste.

C’est amusant car j’ai pas mal de commentaires de personnes qui me donnent des conseils pour retrouver l’auteur de ces lettres ou pour s’attrister du sort de ces pauvres gosses. C’est plus fort que moi, à chaque fois je les rassure, je suis un très mauvais faussaire.

  Vous explorez le no man’s land entre la vie et la mort. Vos personnages semblent avoir encore à faire sur terre avant d’être autorisés à la quitter. Un peu comme dans Code quantum… Est-ce votre vision du purgatoire ? Pensez-vous que chaque mort a un responsable ? Et Dieu dans tout ça ?


J’aime beaucoup le mythe du fantôme et de son âme trop lourde pour le dernier envol, mais je n’y crois pas vraiment. Je pense cependant que ceux qui nous quittent ne le font pas tout à fait ni définitivement. J’ai une vision assez simpliste de la « vie d’après » : une sorte de paradis pour tous que la mort nous propose en guise de réveil. Pour moi la vie n’est qu’une série d’expériences censées nous préparer à la suite. Aussi éprouvante qu’elle puisse être, j’imagine qu’on s’en réveille comme d’un bon ou d’un mauvais rêve : « Ouf ce n’était donc pas si réel ! ». Plutôt déiste, je conçois tout de même Dieu comme un être tout à fait bienfaisant et paternel, qui n’intervient pas beaucoup dans nos affaires qu’il sait plus virtuelles qu’on ne les perçoit. C’est sans doute un peu délirant mais quelle opinion ne l’est pas dans ce domaine. Je me régale des longues et inutiles conversations autour de l’existence de Dieu, du sens de la vie et du résultat du tiercé œuf-poule-omelette. Une de mes grandes fiertés est d’avoir, au cours de l’une d’elles, fini par convaincre l’ami le plus rationaliste que j’ai, de la possibilité de cette existence.

A chacun son chemin expiatoire, mais votre livre sensible et à fleur de peau est également une enquête policière entre chiens et loups. Entre le ciel et la terre, votre marelle sanglante laisse une place à l’amour. Avez-vous des maîtres en matière de littérature ? Des sources d’inspiration ?

Je crois être un lecteur plutôt médiocre. J’ai avant tout besoin qu’on me raconte des histoires et qu’on excite mon imagination. J’ai une lecture un peu obsessionnelle, quand un auteur me séduit je veux tout lire. Edgar Poe, Papa Dumas et Gaston Leroux sont ceux qui m’emmènent avec eux à tous les coups. Je trouve leur langue magnifique. Un long monologue de D’Artagnan et d’Athos dans « Le Vicompte de Bragelonne » me font frémir d’admiration. J’aime les sentiments humains et je trouve Dumas et Leroux simplement grandioses dans ceux qu’ils suscitent : la loyauté et le sens du drame chez Dumas,  le tragique  et l’épouvante chez Leroux. Pourtant je ne me sens pas du tout influencé par ces monstres : on ne joue pas dans la même cour. Je ne pense d’ailleurs pas que l’on puisse donner le même sens au mot écrire pour tous ceux qui s’essayent à l’écriture. Quand j’écris ce sont plus les images que les mots qui me guident, je pense en réalisateur plus qu’en écrivain.

Curieusement mes influences seraient plutôt musicales. Je ne crois pas avoir écrit une seule ligne sans musique. Une de mes plus grandes émotions de lecteur a été d’achever « Le chevalier de Maison Rouge » en écoutant la B.O. de « Léon » d’Eric Serra. Essayez un jour, c’est juste sublime. 

Avez-vous présenté votre manuscrit à des maisons d’édition ? Pourquoi avez-vous choisi TheBookEdition ? Avez-vous préparé une suite ou commencé un tout autre livre ?


Oh que oui !! Quelques retours ont été plus chaleureux que d’autres, notamment de la part de Flammarion, mais aucune maison d’édition n’a retenu ce projet. Petit détail amusant « Post Vitam » s’appelait « Et après… » à l’origine. Hélas le succès de Guillaume Musso avec un roman portant le même titre m’a obligé à en chercher un autre. Mais j’étais finalement assez content du succès de ce livre : au moins le titre était bon.

TheBookEdition c’est l’occasion d’avoir mon livre dans les mains - ce qui doit être un plaisir terrible - et de proposer à mes proches de lire autre chose que 250 feuilles A4 agrafées. Si en plus cela peut permettre à ce roman d’être lu par d’autres personnes que les amis et la famille, alors j’aurais comblé une partie de mes envies. En me renseignant de forum en forum, il est apparu assez net que TheBookEdition était à la fois le plus sérieux et le mieux abouti au niveau de la qualité de publication et le plus riche au niveau des services proposés.

Quant à une suite, je n’en ai pas du tout envie. D’une part parce que j’ai passé de bons moments avec mes personnages et que je tiens à ce que nous restions en bons termes. D’autre part, je ne voudrais pas ouvrir les portes que j’ai volontairement laissées closes. Les portes closes me fascinent, il n’y a rien de tel pour stimuler  mon imagination. Dans un décor de théâtre ou dans un vieux château elles m’emmènent beaucoup plus loin que les portes ouvertes. Pas vous ? 

Oui Christophe, nous aussi on aime les portes closes, surtout quand un auteur comme vous nous les entr’ouvre. Merci , et bonne chance à “Post Vitam”

 Annie DAVID

TheBookEdition.com

201d
Page suivante »

TheBookEdition

0