Les masures aux murs décrépis sont souvent ornées de plan-tes sauvages qui ont pris racine entre deux pierres ou dans quelque encoignure. Leur présence, sur la façade, est assez anormale mais l’aïeul, signe des temps ou œuvre divine, les observe et les contemple comme décors naturels de sa demeure.
Ainsi poussent, à l’aventure, sans que nul n’en connaisse origine, arrachées à la nuit des temps, sur le mouvement majestueux de l’histoire, ces sortes de plantes indomptées, ces récits légendaires, fabuleux et héroïques, appelées « âmes » d’un village, les légendes, les allégories et les traditions orales.
Celles-ci, source de vie et de vitalité, donnent au Temple de la Vérité, rompant la monotonie de son architecture et la rigidité de ses lignes, un aspect et un visage originaux et pittoresques.
Elles constituent la poésie de la mémoire locale et nourrissent, réveillant les grands rêves qui ont bercé notre enfance, et celle de nos pères, dans l’échelle des temps, le plus délicat des plaisirs: « ...L’art et la joie de vivre, d’être et d’exister ensemble au sein d’une même communauté villageoise et posséder tout simplement le présent dans la connaissance d’un passé patrimonial riche d’exceptions, de ses traditions inaltérables, l’essence d’une cité, de la présence indéfectible d’hommes et de femmes ayant besogné, pour sa pérennité, dans le respect, la considération et la circonspection dus à leurs ouvrages immarcescibles... »
Dans le cadre de ce thème, « Mythes et Légendes du temps pas-sé », les apologues, les paraboles, les allégories et les traditions attachés au Mont Canigou, aux Pyrénées et au Roussillon, comme une pincée d’étoiles saupoudrant le firmament, évoquent des époques clés de notre univers, de ses coutumes et de ses hommes valeureux qui s’échinaient à la tâche.
Comme tous les villages du Comté et de la Province de Roussillon, le Soler, ne faisant point exception à la règle, possède son florilège d’anecdotes, de contes et de légendes élevant, au Prytanée, les valeurs morales et spirituelles solériennes. Mais qui, de nos jours, garde en mémoire ces riches heures de la littérature orale que les aïeuls, perpétuant la tradition féerique et merveilleuse du monde paysan, racontaient à leurs petits enfants, au coin de l’âtre, quand les écrans de télévision n’existaient pas encore et quand les familles prenaient le temps de se réunir, de conférer, de dialoguer, de parlementer, de débattre et de s’exprimer, les soirs à la veillée?
Autour de l’âtre, sous la cheminée énorme chauffant, dans leurs sabots, leurs pieds gourds et transis, les brassiers et les manouvriers et les valets et les pâtres... étaient assis.
Entre deux grands chenets flambaient le tronc d’un orme.
Veillées...! mot plein d’usages et d’images comme un livre de contes, elles humaient bon les feux de bois et offraient, sous un éclairage discret, la douceur dans l’inconfort. Elles étaient la littérature paysanne.
Elles avaient leurs chansons et elles enfermaient, poétiques, précises et limitées, dans la musicalité de leurs deux syllabes, rencontres, échanges, amitiés, tendresses et mystères.
Aux temps anciens, des villageois, de petits artisans et d’humbles travailleurs se réunissaient, à la veillée, pour se reposer, échanger des idées, faire des projets d’avenir et cultiver l’espoir.
Les langues allaient bon train devant le feu de bois. Les vieux évoquaient leur temps de soldat. Les vieilles étaient d’inexhaustibles chroniqueuses intarissables.
Des faits divers, parfois insolites, rompaient l’apparente monotonie de la ronde des saisons. Mais, ce que tous appréciaient, les por-tant aux rêveries, aux fantasmes et aux chimères, c’était la merveilleuse magie des traditions, des folklores, des mythes et des histoires de Fées, de Dieux, de Démiurges, de Héros, de Génies et de Sorcières.
Raymond MATABOSCH


