25 | fév

Dr_Folaweb, Interview par Julien Falgas de Webcomics.fr

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Interview du Dr_Folaweb, auteur de Deo Ignito, par JiF - Mars 2009
Dr_Folaweb sera sur le stand 227 de TheBookEdition.com à la Foire du Livre de Bruxelles jeudi 5 mars de 15h à 19h

Bonjour Pierre Matterne, ou devrais-je dire Dr_Folaweb ?
Oui, je préfère Dr_Folaweb. C'est mon pseudo après tout...

Ton parcours t'a largement préparé à la création de bandes dessinées...
En même temps, ce n'est pas comme si c'était le fait du hasard. J'ai choisi de faire de la bande dessinée :)

Depuis longtemps, je savais que j'aurai un métier dans le dessin artistique, et plus particulièrement, dans la bd. À l'école, je n'arrêtais pas de dessiner avant, pendant et après les cours, mais plus pour passer le temps qu'autre chose. Après mes études secondaires, c'est logiquement que je m’inscris à St-Luc (Bruxelles) dans la section "bandes dessinées". C'est là que je commence véritablement à faire des planches.

Je découvre à Bruxelles beaucoup de nouvelles bds que je ne connaissais pas et dont je ne soupçonnais même pas l'existence, tout un pan de culture à construire.

C'est aussi dans ces années que je découvre Internet et que j'ouvre ma première boite à mail, qui fixe définitivement mon pseudo. J'ouvre une galerie personnelle, et je m'intéresse sans y toucher encore au site Bdamateur.com.

Après St-Luc, je termine trois autres années d'études, en infographie 3D cette fois, parce que cela m'intéressait et que je pensais garder cela comme une sortie possible vers un emploi. Mais ce monde ne m'a pas plu et quelques mois après avoir obtenu le diplôme, je reviens définitivement à la bd.

As-tu des "maîtres" ou des auteurs qui t'ont particulièrement influencé ?
Toutes mes lectures dans mon enfance m'ont influencé, forcément, au moins dans la décision de faire de la bd. J'ai toujours bien aimé en lire et j'en ai toujours eu à portée de la main: il y avait les classiques: Lucky Luke, Astérix, Kid Ordinn, Bob et Bobette, Achille Talon, Tintin, Le concombre masqué, Spirou, Gaston et le Spirou magazine,... mais aussi des bds plus adultes, comme "Les compagnons du crépuscule" et "les passagers du vent" de Bourgeon, la série "Orn" de Patrick Cothias et Olivier Taffin, ou encore "Delirius" de Philippe Druillet et "La foire aux immortels" de Bilal... Celles-la m'ont marqué.

Plus tard, comme beaucoup d'ado, j'ai copié quelques mangas qui me plaisaient ("Gunnm", "Apple Seed", "Dragon Ball"). J'ai même commencé à apprendre un peu le japonais, avant de très vite abandonner: je n'étais pas à ce point fanatique. Arrivé à St-Luc, sur les conseils d'un de mes profs d'atelier, j'ai abandonné cette influence. Avec le recul, je crois que c'était une bonne chose: ça m'a permis de chercher mon propre style plutôt que d'apprendre à copier et reproduire celui des autres.

Cela dit, avec Internet, je ne me suis pas totalement déconnecté du Japon. J'ai conservé longtemps dans mes favoris des listes de liens vers des centaines de galerie d'auteurs, allant parfois très loin dans leurs délires graphiques. Je m'en suis progressivement désintéressé mais j'ai conservé quelques adresses où trouver Guro, Furry et Yiff et je télécharge de temps en temps des scanlations des mangas de Shintaro Kago, Junji Ito et Juan Gotoh.

Ces dernières années, je me suis intéressé également aux comics, et notamment aux dessins de Mignola, d'Adam Huges et d'Humberto Ramos.

Je continue d'acheter des bds, pourvu que j'y trouve quelque chose qui m'intéresse d'un point de vue dessin ou couleur, mais d'aussi loin que je me rappelle, je ne pense pas avoir eu de "maîtres". Cela me manque néanmoins. Je commence à m'en chercher quelques-uns. En ce moment, je lorgne du côté de Moebius, Mignola et de Roger, le dessinateur de la série "Jazz Maynard".

Ton webcomic Deo Ignito (http://deoignito.webcomics.fr) a fêté ses deux ans il y a peu si je ne m'abuse ?
En effet. Le 30 janvier cela faisait deux ans exactement. Tout ce temps déjà !

À l'origine, c'était un "petit" projet, un amuse-bouche avant d'attaquer un autre chantier qui me tenait plus à cœur, mais pour lequel je ne me sentais pas prêt. J'ai donc créé Deo Ignito pour m'entraîner au dessin, à la couleur, à la narration, pour me confronter aux difficultés d'une production autonome sur le long terme.

Puis, presque malgré moi, la bd a pris de l'ampleur. La narration s'est ralentie du fait de la quantité d'informations que je veux donner. L'introduction n'est pas encore terminée après plus de cent pages ! Scénaristiquement parlant, j'ai encore du chemin à faire :)

C'est un drôle de mariage ce style "ligne claire" et l'univers infernal de ton histoire...
Ha bon ? Il y a une règle qui dit que l'enfer ne peut pas être représenté en ligne claire ? Si c'est le cas, je me serais empressé de la transgresser de toute façon :) Ce mariage n'est pas un mariage forcé: l'enfer n'aurait pas pu être autrement conçu et dessiné par moi. Comme tout le monde, j'ai une certaine façon d'être, de faire, qui influence inévitablement mes productions. Si j'avais commencé un webcomics avec une forte exubérance graphique, un dessin trash ou que sais-je, je ne m'y serais pas retrouvé, ce n’aurait pas été moi.

Ce qui frappe à la lecture de Deo Ignito, c'est le côté "feuilleton" : chaque planche hebdomadaire est un micro-événement qui n'en dit pas trop tout en donnant envie d'en savoir plus.
Cet équilibre est nécessaire, vu la longueur du récit et le rythme de publication (une page par semaine). Si le lecteur se lasse après une dizaine de pages, il va voir ailleurs et ne revient plus. L'affirmation selon laquelle une scène doit soit faire avancer l'intrigue, soit en dire plus sur les personnages, est on ne peut plus vraie. Une scène qui n'apporte pas ces informations est inutile, et peut/doit être supprimée ou retravaillée.

Le plus difficile (et ce n'est pourtant pas grand chose) c'est de jongler avec les deux types de lectures possible: un feuilleton à parution régulière, dans lequel on avance peu d'une semaine à l'autre, mais aussi une histoire qui se lit d'une traite, car les archives restent en ligne, disponibles pour une relecture.

J'improvise l'intrigue au fur et à mesure que le récit avance. J'ai un plan général, mais le détail est inventé le jour même de la réalisation de la planche. Ça fonctionne assez bien pour le moment. C'est un peu comme un puzzle: les pièces qu'on a déjà posées servent à en placer de nouvelles et la construction prend quasiment forme d'elle-même. Je dois juste faire l'effort d'ajouter une ou deux pièces chaque semaine.

Aujourd'hui tu exerces le métier de coloriste, pas étonnant lorsqu'on voit la qualité des ambiances colorées de ton webcomic.
En fait, chronologiquement, c'est l'inverse qui s'est produit. J'ai commencé à colorier pour les Humanoïdes Associés avant de me lancer sur Deo Ignito. Du coup, tous les bons conseils des éditeurs ou des auteurs reçus pour les albums coloriés, je les applique aussi pour moi-même. Avec néanmoins moins de zèle: il n'y a pas (encore) d'argent en jeu, je peux me permettre plus de liberté, ou de laxisme. Je pourrais d'ailleurs me permettre plus d'audace aussi.

...Mais tes aspirations sont entièrement tournées vers la BD en ligne, pourquoi ?
Question d'affinité, rien d'idéologique là-dessous: je consomme autant de bandes dessinées en ligne que de bandes dessinées papier, mais je vois des avantages à la bd en ligne que n'offre pas le papier. En tant que lecteur d'abord, c'est la régularité de contenu neuf: il ne faut pas attendre un an ou deux entre deux épisodes. La quasi-gratuité également: inutile d'être fortuné pour découvrir une dizaine de séries dans leur entièreté. En tant qu'auteur ensuite: la proximité avec le lecteur qui peut réagir et influencer directement ou indirectement le récit, ce qui rend la production beaucoup plus "vivante" d'une certaine manière. La bande dessinée papier est; elle, quasiment à sens unique, de l'auteur vers le lecteur. Autre avantage de publier pour l'écran: l'espace colorimétrique est plus large (mais plus aléatoire également puisque le résultat sera différent sur tous les écrans).

Malgré ton affection pour la publication sur Internet, tu as édité les premiers chapitres de Deo Ignito sous forme de recueil...
Comme produit dérivé de la série diffusée sur le net, oui. Le livre est forcément différent. C'est une adaptation. Aucun commentaire, pas d'interaction. Mais il permet de lire l'ensemble de la première partie de DI sans devoir être assis face à un écran. J'aime bien lire des bds au lit. Avec l'ordi, c'est un peu compliqué. C'est un livre souvenir. Une archive durable, mais qu'on pourrait aussi qualifier d'encombrante à l'ère du numérique, où l'acquisition d'un bien n'est plus nécessaire pour apprécier l'œuvre. Mon exemplaire va rejoindre les autres bds qui accumulent patiemment la poussière sur une étagère.
Ecrit le 25 février 2009 à 18h3 dans la rubrique Les interviews

3 commentaires

commentaire sur Dr_Folaweb, Interview par Julien Falgas de Webcomics.fr nanardbe (www.nanardbe.chalosklub.com) a écrit le 26/2/2009 à 15h25

Super, ça donne vraiment envie.

Normalement je serai à la foire du livre mais le samedi... Dommage.

J'ai toujours voulu scénariser une BD... Un jour j'aimerai qu'on m'explique comment faire ;-)

A bientôt

commentaire sur Dr_Folaweb, Interview par Julien Falgas de Webcomics.fr Dr_Folaweb (http://deoignito.webcomics.fr/) a écrit le 2/3/2009 à 11h37

Il n'y a pas de règles sur la forme du scénario. Vous pouvez vous inspirer de la façon dont on rédige des scénario de films par exemple, mais ce n'est pas obligatoire. Certains travaillent directement sur un storyboard sans passer par une étape "texte", pratique pour pré-visualiser le résultat directement. Le tout est que ce soit compréhensible pour le dessinateur (et sans doute l'éditeur), mais surtout, il faut bien penser qu'il s'agit d'un récit en image: tout ce qui n'est pas dit par le texte doit être montré (comme pour le cinéma) et il est donc préférable de remplacer les descriptions abstraites par leur manifestations visibles. À part ça, il ne doit pas y avoir tellement de différence avec la création d'une histoire pour un roman ou une nouvelle.

commentaire sur Dr_Folaweb, Interview par Julien Falgas de Webcomics.fr Hervé (http://www.blogdeherve.blogspot.com/) a écrit le 7/3/2009 à 1h38

Bravo!
Très bonne interview. claire et précise, du vrai Dr_Folaweb!
C'est super intéressant de te voir raconter tes études avec du recul. :-)
huhu!
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