Catalogue > Nouvelles, poésie, essais > Nouvelles > FLY TOX (EDITH LOWAGIE)


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DEMAIN, PEUT-ÊTRE…


Demain, peut-être, ce sera comme si j’étais un acrobate.
J’ai beaucoup travaillé, le risque est là, imminent, mais rien ne peut m’arrêter, je n’ai pas peur du vide, la vie est un risque, on se relève là où on est tombé ; mais je ne tomberai pas, parce que j’ai choisi ce métier à risques.
Depuis, toute petite, je n’ai vu que ça. Je ne marchais pas, je sautais, de plus en plus haut avec les années et l’expérience ; Je me suis glissée dans cette drôle de vie.
Saltimbanque, forain, clown, c’est mon environnement ;
Je suis née en Russie et le spectacle, on l’a dans le sang.
Demain, Quand je serai âgée, peut-être, je m’assiérai enfin en laissant la place aux jeunes.
Demain…C’est comme si j’étais une autre personne, une autre personnalité.
J’ai tout faux, j’ai tout inventé. Oui…
Oui, j’ai vu des acrobates à la télé dans « Le plus grand cabaret du monde » et je me suis dit :
-Pourquoi pas moi ? Pourquoi pas en haut de l’affiche ? Ou même au milieu, ou même en bas.
Et je suis là, mon nom est écrit. Mais, je rêve…n’importe quoi ! Je suis née à Paris, je ne suis pas très sportive et j’ai le vertige, vous imaginez, même en haut de mon escabeau.
J’ai dû arrêter la randonnée, là où, c’était le plus beau, je devais re-descendre…
Mais, ça fait du bien d’être cinq minutes un artiste.
Vous m’avez cru, tant mieux ; moi, je me suis bien amusée ; j’ai jonglé avec ma vie et avec votre écoute.
Demain…Peut-être, je serai une petite fille, joyeuse et indisciplinée ; Insouciance et réalité…
-Dis, Maman, peut-être, demain je serai morte ?
-Mais non, mon ange, pourquoi, tu est là avec moi, tout va bien, on ne part pas comme ça au ciel, tu es tellement jeune, profites en, amuse toi bien, ne t’inquiète pas ma chérie,
- qu’est ce que tu veux faire plus tard ?
- pompier !
- Plus tard, peut-être, j’aurai aimé être une institutrice, une admiratrice, ou une marchande de problèmes, un dépanneur d’humour, avec les enfants on peut tout imaginer.
Tout commence maintenant, chaque instant est neuf ; c’est maintenant que je décide d’être riche et célèbre ou pauvre et inconnue, non, je plaisante, merci…
Apprendre l’informatique m’a bien remué les neurones, peut-être l’écriture me les remet en place, toute cette mécanique, c’est tellement mystérieux … je veux dire ma matière grise et toutes ces connections compliquées enfermées dans une boite plate, qui se ferme comme une mallette à trésors, sur laquelle des petits doigts agiles pianotent avec plus ou moins de dextérité…
Cette nouvelle connexion avec ma vie intérieure me fait prendre conscience du bruit assourdissant dont nous sommes entoures dans ce café; La vaisselle bringuebale au comptoir, plus loin un couple discute, un bus passe au milieu des voitures, ils sont indifférents aux arbres qui prennent une couleur d’ automne ;
Elle est belle cette place, où serai-je demain ?
Ah ! j’ai oublié que d’habitude, à cet heure ci, j’ai un méga coup de pompe …Thé, silence et arrêt pipi…pause.

THE ET CAFE


Thé ou café ? question rituelle au petit déjeuner ou l’après midi, avec sucre ou sans, un citron, du lait ?
J’y ai travaillé, beaucoup travaillé, il y a quelques années à Noël, chez Hédiard et c’était :thé et café ; mais c’était chic et cher.
J’étais vendeuse ; Lors de l’entretien, je ne sais pas ce qui m’a poussée à dire :rayon thé, j’aime beaucoup le thé, ce sera : « thé et café », m’a dit le patron, très collet monté :
Mettez moi une jupe noire, n’est ce pas, et du rouge en haut, le rouge Hédiard ; Bien, c’était parti pour une espèce d’uniforme …
Premier jour, enthousiasme et horreur, les rayons thé et café n’étaient pas du tout proches et je pouvais préparer mes mollets !
Le vestiaire était au sous-sol et la pièce de repos, d’épuisement, dans un couloir.
Le quartier était celui de mon enfance, Madeleine, beaucoup arpenté à l’adolescence, belles boutiques et Grands Magasins.
J’ai fais connaissance avec une vrai chef ! : « il faut, tu dois, arrête, pars en pause », et j’en passe …les rayons étaient magnifiques et sublimes avec les fêtes, rouge ! papier rouge, boites rouges, bolduc assorti ; J’ai appris à faire des paquets sans scotch, ma légère maladresse à faire les paquets a été mise à l’épreuve.
On avait l’autorisation de goûter à tout, enfin presque, avec beaucoup de discrétion, quand les vendeurs en confiserie voulaient bien avoir l’amabilité de lâcher une friandise, un chocolat…
J’ai goûté des thés les plus subtils, usé et abusé, mais impossible de mémoriser leurs emplacements ; Thé vert, thé noir, thé de Chine, de Ceylan, thé parfumé, thés rares et très chères, grâce à cette boisson drainante et mes nombreux kilomètres entre les deux rayons, je n’ai pas grossis, malgré mes incursions au royaume du sucre.
Un jour, je me suis fait sévèrement réprimander, j’avais la bouche pleine pour renseigner un client ! le client est roi et nous étions les larbins toujours prêts.
Quelque fois, j’en aurai pleuré de fatigue, de froid (les livraisons toutes portes ouvertes à Noël)et, et surtout les peccadilles entre les vendeuses.
Un jour, j’ai remis un thé horriblement onéreux dans la mauvaise boite, au secours ! help ! la fin du monde. il a fallu tamiser, passer, trier et essayer de colmater cette grave faute !
Rien ne s’est su avec une complicité tombée du ciel.
Quelques fois, je trouvais admirable d’être entourée d’autant de merveilles, de rencontrer des peoples qui remplissaient leurs caddies dorés chez Hédiard, mais l’envers du décor était rude…mes horaires oscillaient d’un jour à l’autre, je pouvais sortir à plus de dix heures, tout était fermé jusqu’au métro concorde où je m’affalais. un seul jour de repos à la fois.
Je pensais que je n’avais plus l’age de ce rythme d’enfer et avec des clients très impatients et exigeants, vu les prix !
Au rayon café, mon foie pourtant solide, n’en pouvait plus. je ne supportais plus cette odeur tenace, quand je moulais le café. Le problème de la « tare » (enlever le poids du sachet, de l’emballage ou de la boite) est resté insoluble pour mes neurones peu habitués aux mathématiques ! ils n’ont pas fait faillite, mais j’ai eu un arrêt maladie pour mon foie éprouvé. J’en ai profité pour utiliser mes tickets resto dans les endroits préférés de mon quartier.
Mon humeur en a pris un coup. je délaissais ma pratique bouddhique, faute de temps, et c’était l’enfer.
Derrière tout cela, il y avait un licenciement abusif pas encore bien digéré, et je trouvais la vie dure. ma famille ne voyait que le prestige de la marque et leurs encouragements orientés ne m’aidaient pas.
J’y ai presque passée les deux réveillons ! vers onze heure, le trente et un, on a eu un peu de champagne et cerise sur le gâteau( !) j’ai pu emmener un énorme gâteau invendu magnifique, et une fève de galette des rois dessinée par Andrée Putman (célèbre designer)
Ma mère et mes sœurs ont eu des cadeaux Hédiard, plus prestigieux dans l’emballage que dans le contenu : petits pots de confitures et de moutardes originales perdus au milieu de la paille, mais avec Hédiard en grosses lettres rouges sur fond noir, avec ruban assorti.
J’ai tenu presque trois mois, je voulais aller jusqu’au bout, mais j’étais parfois, seulement contente de partir dans le métro, au boulot, comme tout le monde.
Une parenthèse rouge Hédiard, dans mon parcours ; quelques petites boites de thé me rappèlent avoir été vendeuse dans une enseigne de prestige ! je suis restée la même.
Peut être, j’aurai pu travailler au Franprix à cinq minutes de chez moi ; Je n’ai pas pris la grosse tête, j’aurai du, peut être Fauchon, en face c’était mieux, tout y était couleur rose.

PETITS BOULOTS EN GRANDES SURFACES




C’est un samedi soir sur terre, quelque part en banlieue, sur une route indéfinie, j’attends le bus improbable…après une animation commerciale, à Crocheux- les- Marnettes, ce n’est pas la première, je fais ça depuis plusieurs week- ends, souvent très loin, dans, comme on dit des Grandes surfaces, grandes mais perdues.
J’arrive le matin tôt, je cherche le chef de rayon pour le saluer et avoir quelques consignes.
Sera t-il gentil, caractériel, arrogant, aimable, suspicieux ou normal ? ce sont souvent des hommes, mais j’ai eu des chefs au féminin : elles sont encore plus féroces.
Je dois animer un rayon lessives, la lessive Blanquissimo, qui bien sur ne laisse aucune trace nulle part et dissout chocolat et fraise instantanément, je n’y crois pas mais fais comme si ! avec un énorme paquet de bons de réduction à distribuer.
Mon uniforme, quand ce n’est pas un affreux tee-shirt de promotion repérable de loin ! est Damart plus tee-shirt plus pull plus écharpe : la panoplie contre les courants d’air, une bouteille d’eau tamponnée du magasin ! et beau coup de détermination.
Les clients affluent en masses compacts, certains y passent la journée, les enfants dans le caddy et on examine tout, rayons après rayons, on compare, on commente, on crie parce que les enfants veulent, veulent de tout de tout, maman !
Quelquefois, parmi les clients se planque un commercial qui m’épie ; suis je à la bonne place au bon moment ? même pas le temps de faire pipi…en fait, je trichais en regroupant pipi-café, l’utile et l’agréable et un break indispensable dans ce tumulte.
Les caddy passent dans tous les sens dans un chaos indescriptible, amusant de regarder dans les caddys, il y a de tout, vous comprenez, les saucisses, les babybel, les guirlandes de noël, les machines à café top et les promotions, comme on dit : les Têtes de gondoles, qui coûtent cher et moi sur un carton, j’essaie de noter mes ventes pour un rapport très approximatif le lundi matin.
Il y a eu des moments, quand même, très cocasses avec d’autres animatrices, avec lesquelles on chahutait, cachées entre les rayons importants…je me souviens d’une certaine Deddy, qui utilisaient ses talents de comédienne dans ce boulot hebdomadaire, avec elle on collectait plein d’échantillons divers, on restait très longtemps à la cantine ; parfois on se déguisait grotesque, pour illustrer des marques : le tee-shirt rouge avec des énormes lettres dessus, on ne risque pas de vous perdre et vous êtes tout de suite repérée.
Il y a eu aussi des coins complètement paumés, comme sur cette route de nulle part, où il n’y avait même pas une cafétéria, j’avalais n’importe quoi sur un parking insipide.
Et ce soir, j’attends un bus aléatoire dans un endroit glauque, y-a t’il même un bus à cette heure-ci ? après le bus, le train, le métro.

UNE GIFLE !




Une gifle fut donnée en un éclair , d’une poigne vive et matinale. La petite Martine était bien arrogante en cette matinée embrumée d’hiver, elle ne voulait pas apprendre les « articles », ça sert à quoi d’apprendre les articles ?
-il y a quelque chose de magique dans cette âme de petite fille, elle trouve toujours un excellent coup pour s’échapper .
Certes la gifle n’ était pas la bonne solution ; mais sur le coup, c’était parti comme ça .
Doux Jésus de mes entrailles, pardonnez moi .
Martine était élevée dans une institution religieuse assez stricte, mais sœur Alice aimait beaucoup la vivacité de cette enfant, il y avait quelque chose de divin dans ses yeux .
Cette enfant n’avait pas compris que dans la vie , il faut de l’huile de coude .
Un jour, elle en ferait un album de cette enfant et des autres :photos, dessins, et toutes les espiègleries de ces petites, mais plus de gifles … promis , je suis un peu vive quand même . un peu moins d’huile de foie de morue demain matin…
Cette matinée scolaire avait passée comme un éclair, tant pis pour les articles…le, la, les, un, une, des ;Même si le résultat n’était pas encore magique, elle ira loin, cette petite , elle en a dans les entrailles , pensa sœur Alice avec malice…le but c’est son bonheur .

Il y a un paquet d’années, j’ai été pensionnaire, Aux Chanoinesses de Saint –Augustin , à Brunoy, non je n’ai pas eu de gifle, la-bas, je me sentais moche et grosse (mots que je n’utilise plus du tout pour personne !) il y avait surtout la souffrance de ne pas être chez moi… ah ! l’angoisse du car de retour du dimanche soir, heureusement ma mère était malheureuse de me voir si malheureuse et l’affaire n’a pas duré plus d’un an, j’ai appris à travailler , enfin .








LA MAISON DES VOISINS




A la maison, l’heure, c’ était l’heure ! et j’ai souvenir que les repas n’étaient pas vraiment détendus. Mon père adorait la télévision, dès ses débuts, et les informations ! Quand Giscard d’Estaing, parlait, c’était le maître absolu, et on devait se taire. Maintenant, ça me paraît absurde, mais la télé nous a mangés.
Mais j’avais trouvé une habile façon de m’échapper, et d’éviter ces repas presque muets « papa écoute les nouvelles ».
J’avais une amie de classe, quelques rues plus loin ; Je me souviens de la similitude de nos portes d’entrée d’immeuble, lourdes portes en verre au décor un peu « art déco » ; Dés que je pouvais, je partais en courant pour prendre le café.
On était quatre sœurs, elles étaient cinq, elles se chamaillaient autant qu’elles riaient, je les ai vues s’envoyer des petits suisses, leur père était calme et bon, et il ne semblait pas du tout impressionné … C’était pour moi, la famille Fenouillard ; on se retrouvait dans la cuisine à discuter, en oubliant la fin du repas. Le bonheur, pour moi, c’était d’avoir une autre famille très joyeuse et tout près.
Sacrés caractères, ces cinq filles, presque toute célibataires, comme moi…
C’est comme ça, que j’ai fait connaissance de leur maison de campagne à Blandy- les- Tours, avec un château au milieu de ce petit village.
Je me souviens de l’odeur de vieille maison, du froid qui nous envahissait, avant d’ouvrir les volets, je respirais la campagne, à plein poumons, je m’y sentais bien dans ce jardin en friche, pas coiffé du tout, des arbres fruitiers ? oui, je pense des pommiers avec des pommes complètement biscornues, que je rapportais.
Ses cousins, plus âgés m’impressionnaient beaucoup. C’est là aussi que j’avais des insomnies, et que à tâtons la nuit, je dévalisais le frigidaire ; j’étais un peu boulimique et un peu ronde aussi, mais personne ne m’en parlait, quelle discrétion, même quand il n’y avait plus de pain pour le petit déjeuner. Quelle bienveillance, ça m’a beaucoup aidée.
Mon amie venait, bien sûr à la maison, mais elle était réellement impressionnée par mon père…qui lui, ne s’en rendait pas compte du tout.
Moi même, quand j’étais seule avec lui, ce n’était pas facile. je ne savais pas quoi lui dire…
Cette famille a sauvé la petite fille triste et assez solitaire que j’étais.
Il y a beaucoup de choses dont je ne me souviens plus, mais ça oui…
On était toujours en retard pour partir en week-end. trop plein de bagage. Une personne qui, au dernier moment décidait de venir ou ne plus venir. un vrai cafouillage. j’aimais cette non rigueur. et cette gaieté familiale : un îlot de survie !
Plus tard, cette amie s’est mariée, je n’avais pas pensé à cette éventualité … Je ne suis pas allée à son mariage et je m’en veux encore ; Puis la vie nous a séparées.
Je l’ai invitée, à ma première exposition de peinture, elle n’est pas venue…Ah !oui, elle s’est fait refaire le nez, parce que elle était comédienne et voulait ressembler à Sabine Azema, quelle erreur. quel dommage. elle ne ressemblait plus à personne et est devenue mère de famille, comme tout le monde…


C’EST DI-MANCHE !



Je n’aime pas du tout le dimanche, et il me le rend bien ;tout est fermé, même Tati, de larges grilles et personne sur le trottoir.
Si on bougeait ? j’ai souvent entendu ça le dimanche après le déjeuner ; C’était le seul moment de la semaine où je n’avais pas envie de bouger, digestion du repas dominical et familial, avec gâteaux, au singulier ou au pluriel, envie de paresser comme un chat, de ronronner.
Les promeneurs n’ont pas la même tête qu’en semaine, oublier que c’est dimanche, un jour en trop…
Le matin, on se dit chouette, on va faire la grasse matinée (le mot grasse est horrible ) et en fait traîner rend vaseux.
Beaucoup plus jeune, le dimanche matin, j’allais prendre un kfé à l’autre bout de Paris, à La maison du café, place de l’Opéra, où un délicieux café me re-boostait le retour chez moi. Mais l’après-midi, oh là là ! qu’est ce qu on fait de plus le dimanche que les autres jours ?
J’ai fait un enquête, autours de moi :rien de spécial ; famille, campagne, « petit tour », on bricole ou rien ! moi, je reste avec mon bouquin, mon DVD et avec moi …maintenant, j’écris…
D’où vient cette mélancolie dominicale, que s’est il passé ? on s’en fiche ! dimanche restera dimanche, même avec un amoureux ? quoique, mais ne le dites à personne, non je n’aime pas les dimanches.
Demain lundi.

PAROLES


« paroles, paroles.. » disait Dalida ; Ah les mots, l’importance de la parole, la parole s’envole …mais ce qui est dit est dit ! Paroles douces à un enfant avec patience, paroles exigeantes d’un professeur à ses élèves, paroles gourmandes devant une vitrine de pâtissier. Paroles explosives d’un couple en rupture, paroles de tous les jours écoutés par bribes dans le métro. J’aime les mots, pas n’importe lesquels ; « C. K. C » oui notre belle langue est cassée par les texto, les abréviations et les mails, tout cela n’est pas très romantique, où est passée le plaisir de choisir ses mots ?
Les mots jaillissent comme des bulles magiques, colorés ou sérieux, on les donne, on les partage, on s’émerveille de la diversité, quel bien être à laisser les mots se poser et s’additionner, même s’entrechoquer.
Paroles d’une chanson aimée…il fera bon de marcher avec tous ces mots qui dansent dans la tête et de rencontrer quelqu'un avec qui échanger quelque paroles légères et réconfortantes comme une tisane …
J’aime les mots, donc laissez moi parler, à toi qui m’écoute, je te donne la parole …

Hello ! bonjour, je suis à l’heure, enfin presque, au café où j’écris, nous écrivons ; Le silence s’installe, on gratte, un ange passe…il fait soleil, enfin un bout de printemps ; un lundi soleil et création, les mots viennent ou pas, un petit café met en marche le flux, avec un petit chocolat que je ne laisserai pas de coté…tout à l’heure, je lirai mon texte à haute voix, sans me poser de questions, sinon… je retrouve mes amis d’écriture, c’est stimulant, Carole a bonne mine, je lui avais conseillé de se reposer. il y a des gens qui ne savent se poser.
Quelle circulation à Bastille, mais le bruit arrive tamisé, nous sommes installés au fond, une vieille pub Raphael attire mon attention, petit retour dans le passé avec la publicité Dubo, Dubon, Dubonnet.
Retour à notre table, trente minutes, on lit, tant d’idées différentes et intéressantes ; a-t’on du style ? qu’est ce que ça veut dire ?

ILE DE GROIX « EN VRAC «


C’est une île sauvage, au sud de Lorient, où je suis partie seule pour le week-end du quinze Août, afin de cultiver une autonomie sereine et joyeuse…
J’avais dit : « ah, le quinze août ! mortel à Paris !, vide la rue du Rendez-vous quel rendez-vous ? des rideaux tirés qui vous souhaitent des bonnes vacances, et quand on ne part pas ? vague à l’âme…imaginer les plages agglutinées, la queue partout, pire qu’à la poste ; reste l’obsession de partir coûte que coûte…
Donc je pars et je porte…demain mes épaules s’en rappèleront. Voir la mer, sentir les algues et la douceur du sable qui colle aux pieds, le vent iodé, une valeur sûre de la Bretagne.
Une première journée de mollets à vélo…
bonne endurance et de la super réaction tonique de l’eau ( froide ! ) sur le corps et l’esprit, ah ! ça j’aime, après il y a l’intendance à gérer :
Le maillot qui colle …pipi ; une saine fatigue et les joues qui cuisent agréablement, et ce soir un rouget savouré, seule au coin du feu…odeur et bonne humeur de vacances.
Une petite chambre sur mesure, comme une petite cabine de bateau qui donne envie de s’évader et de passer une nuit calme sous le ciel particulièrement étoilé en Bretagne ; bleu profond et lumineux pour rêver ou prendre des pinceaux… et de remercier de toute cette beauté.
A nouveau à vélo, mon derrière n’aime pas tellement, mais j’aime sentir mon grand nez( !) capter les odeurs, et le paysage défiler à mon rythme, trop de vitesse m’étourdit.
Quinze août, au port, ça boit sec, moi je me contenterai de cidre, ce n’est que de la pomme.
Musique et quelque agitation à l’hôtel, de jeunes couples avec de jeunes enfants, tout excités d’être à l’ hôtel.
Peut –être je vais reprendre la peinture, un peu délaissée, avec
la maman de mon amie Fred( à qui appartient l’hôtel)
Break.. silence…respiration… ce sont mes vacances, avidité de soleil sur ma peau, rien que pour se chauffer, on verra demain.
J’ai peint des coqs et des poules … une première, une catastrophe, ça ressemblait plus à un poulet de super marché, mais je me suis éclatée, à mon retour je re-peins.
Le restaurant, seule … ça rend perplexe les autres, moi, quand je vois des seuls en vitrine en vitrine, ça me fait parfois de la peine…à quoi pensent ils ? pourquoi manger ou boire une bière seul ?
Moi, j’écris pour échapper, je ne fais pas trop attention aux autres ! peut-être je vais rater l’homme, celui qui est quelque part et qui attend que je l’attende ou qui ne m’attend pas du tout, « vous êtes seule ? «, non, je suis seule avec quelqu’un, vous ne le voyez pas ? mettez moi donc deux couverts ; je suis en compagnie agréable, vous savez ;j’aime tout, ma maman m’a bien éduquée.
J’ai mangé une crêpe, au milieu des duos avec ou sans enfants, tout va bien. Je suis rentrée tranquillement à l’hôtel pour lire ; seule, on ne s’occupe pas pareil ! on se dit : « tiens je me prends un dessert maintenant, si je ne me l’offre pas, pas de dessert ; on ne va pas en Bretagne, sans manger un far aux pruneaux.
Demain, je ferai du vélo pour brûler et j’aurai mal aux fesses, biafine.
Cette nuit, j’ai entendu une pluie fine, la Bretagne sans pluie…merci Décathlon ; une douche bienfaisante, un p’tit dej pas comme chez moi, c’est samedi et je suis invitée à dîner, ce qui veut dire kdo. j’achèterai un livre sur l’aquarelle.
Vélo sous la pluie « vide-méninges « au hasard en pleine campagne, bruine, vent, les joues en feu…une saine fatigue et les mollets qui fonctionnent bien, mais je suis obligée de demander la route du bourg, panique, inquiétude, très peu d’indications, ils ne connaissent pas les panneaux ici.
J’aurai aimé aller voir la mer, mais sans GPS, je n’y arriverai pas, la pluie redouble, mais je suis rentrée à l’ hôtel bouquiner un peu allongée, le silence… comment peut on ne pas aimer le silence.
Eclaircie, thé vert et échanges agréables avec Fred.
C’est une ballade superbe sous la lumière grise et sournoise d’une pluie bien énergique, ça va passer vite, c’est beau ce rideau de pluie !
Coup de peigne rapide sur mon cheveu rebelle au vent, et je repars pour un dîner simple et amical dans un maison chaude et agréable. Je ne pourrai pas éviter de faire deux grosses tâches de graisse sur mon pantalon, avec les escargots… retour, après avoir contemplé un éclipse de lune avec des jumelles ; la nuit est très belle, très noire et très étoilée.

Bon sommeil, dans ce lit douillet, petit déjeuner stimulant et le soleil apparaît, je suis toujours étonnée qu’à chaque fois, on a l’impression qu’il apparaît pour la première fois, neuf ! et quand il vous chauffe…doucement, délicatement, devant un petit café, c’est un de mes petits bonheur !
Le manège sur la petite place ajoute une petite note exotique et pittoresque.
C’est le pays des couleurs, des gris, des verts en camaïeux, avec les touches éclatantes des fleurs fuschia, rouges, carmins et roses ou mauves.
Ici calme et lente agitation, ça me convient, une pensée pour mes amis à Paris… « profite ! » m’a-t-on dit, j’aime les plaisirs simples et je découvre celui d’écrire comme il me plait…temps incertain en Bretagne, seule…
Suis invitée à un apéritif, chez un inconnu, on pourrait dire : « original «, qui offre des apéritifs gratuits à tous, le dimanche ; un ti punch va complètement m’assommer, l’alcool, à midi ça me donne envie de dormir et le soir, ça m’empêche de dormir.
Dernière après-midi, avant la migration vers Paris, et le paquetage de retour, regrets ? on veut toujours être là où on n’est pas…ah ! si j’étais là, je serai mieux là-bas, c’était mieux avant ; c’était bien !Un dernier coup d’œil à « Port Saint Nicolas « avec ses fougères vertes déjà aux teintes d’automne.
Pour toi mon amie Anne, après ton coup de fil de femme heureuse et amoureuse, je continue ce journal d’un week- end à la mer.
Mal dormi, je pense déjà au poids de mes bagages, il fait un temps sublime, ( j’ai mis mes chaussettes, à sécher sur le rebord de la fenêtre, il a plu toute la nuit )
Voyage ( compliqué, comme à l’aller ) me voici sur le bateau de traversée, le temps est tiède, tant mieux, il n’ y aura pas de roulis cette fois ci…mer plate et soleil fixe.
A la gare, je ne trouve pas mes repaires : relay journaux, cafet, guichets, une ado pas rebelle m’y conduira…
Deux heures d’ attente, seule, of course ! avec ELLE, je passerai un bon moment, assise en tailleur dans un siège métalliquement inconfortable, une femme voilée chouchoute ses (nombreux) enfants.
Mais j’aime le train, chacun est dans sa bulle, pas d’enfant, silence. Un portable sonne trop fort, il descendra à Renne, deux minutes d’arrêt.
J’ai lu, j’aime lire, dans la famille, on aime tous lire ; le paysage assez plat défile à la vitesse TGV ; on arrive, longs couloirs de Montparnasse, je me sens vitaminée par l’air iodé dans mes poumons de parisienne, retour à la réalité du bitume, on retrouve, en vrac, les interrogations, les doutes, les peurs, on va les mettre de côté, c’est encore le mois d’août …
Assez parlé. c’est la fin

ROUGE !


J’aime le rouge, je vis le rouge, je voudrais transmettre le rouge !
Depuis toute petite, pour moi la couleur, c’est la vie, comme disait la pub « avi », je ne peux me passer de couleur, je me réveille avec la couleur du ciel, l’ambre du thé et de quelle couleur je vais m’habiller ?
Je me suis souvent habillée avec une jupe verte et un polo rouge, sans peur, peur de quoi ? d’être un perroquet exotique, de ne pas me fondre dans la sobriété et la non couleur des gens ordinaires.
Si vous voulez connaître le rouge, regardez le rouge.
On dit :voir rouge, rouge de plaisir ou d’émotion, les joues rougies par le froid ; le rouge est partout, à votre santé. Un coup de rouge ; j’ai mis un collier rouge, pour qu’on me regarde ; le rouge passe bien à la télé.
Tous les rouges me comblent, du rose presque rouge au fuschia, de l’orange des coquelicots au carmin, le rouge Héléna Rubinstein, foncé et profond, le bordeaux et le lie de vin, le prune ;
Vous le voyez le rouge s’exprime, il me réveille, me fait tenir debout, m’excite, oh yes, il m’empêche de couler dans la mélancolie grise, marron ou noire…La pub offre des lèvres rouges parfaitement dessinées, des chaussures de rêve en peau rouge, des teints de pêche relevés de blush à peine rouge, tout cela m’émerveille, comme autant de paillettes de bonheur et de bonheur.
Carton rouge, sur le stade, de l’entraîneur en colère, Chaperon rouge et Père -Noël pour les petits…
Oserai je le cheveu rouge ? j’ai osé les murs rouges dans ma chambre à la campagne et chez moi beaucoup de rouge, le plus de rouge possible …
Plus rouge que le rouge, je ne connais pas.

SAC DE VOYAGE


Ouvrez vos sacs mesdames, on dit : vider son sac, c’est juste un jeu.
Il y a toute votre vie, dans votre sac, des mouchoirs, un parapluie et de l’aspirine pour les prévoyantes, du rouge à lèvres, du blush, un mini peigne pour les retouches entre deux rendez-vous ; un vrai garde manger pour certaines, au cas où…sucre, chewing gum, une pomme et une petite bouteille d’eau ; l’indispensable, ce sont les lunettes, le stylo et le portable qui nous rassure.
Et, selon, un cahier et quelques feutres, une liste de courses, un poème et des tickets de teinturier.
C’est la caverne d’Alibaba.
Je ne peux me passer d’un livre, de mouchoirs innombrables et maintenant de papier et de quoi écrire.
Il arrive que mon sac ait une annexe, pour glaner dans le quartier, à la recherche de la belle affaire, le petit cadeau pas cher, j’adore fouiner ; un véritable bazar, mais tellement agréable.
Un jour, à Roissy, j’ai du ouvrir mon sac, c’était un contrôle, je n’ai pas aimé du tout.
Je travaillais au Relais Hachette de l’aéroport, niveau des douanes, était- ce ma patronne qui avait des soupçons ? quand même ! avec toutes les caméras de surveillance, qu’il y a, on est fliqué, même dans les toilettes … l’incident fût vite clos et je retournais dans le magasin où j’étais une vendeuse.
Je devais manipuler de la monnaie de tous les pays et des dollars, dont le cours changeait tous les jours…je vendais des journaux et des livres en plusieurs langues, what else ?, des tour Eiffel, toutes sortes de souvenirs, de la papeterie et toutes sortes de friandises ( que je goûtais dans l’arrière- magasin )
Quelque fois, un japonais ou un américain me déposait, sur le comptoir, une montagne de monnaie, j’ ai horreur des chiffres, à écouler, avant l’avion, en achetant, mille et un souvenirs, les chiffres se bousculaient dangereusement, dans ma tête, je bafouillais mon anglais, à coté de moi, ma collègue allemande me bousculait, pour ne pas faire attendre les chers clients.
Des erreurs, j’en ai fait, oh là là, le sabot pour cartes bleues passé à l’envers … donc débit des sommes impossible.
Madame C m’ a prise, entre quatre yeux : la dernière fois … «, j’aurai voulu rentrer sous terre, ou chez moi…
Et l’angoisse de la caisse juste, le soir, parfois à plus de onze du soir, horaires d’ aéroport oblige…je priais tous les saints de tomber sur un compte exact, il y avais des ratées.
J‘aimais l’ambiance de l’aéroport, les voix aériennes, les boutiques chics et tout ce transit.
Quelques célébrités sont passées, même pour m’acheter des friandises.
Vous l’avez compris, je me levais très tôt, ou je rentrais tard ; mon sommeil se perturbait et je ne savais plus profiter de mes congés, j’ai beaucoup lu, j’ ai goûté a tout ; mais la chef allemande ne supportait aucun écart, elle ne rigolait jamais, les clients étaient très stressés avant l’avion, donc, il fallait que je connaisse tous les prix par cœur. que d’opérations mathématiques et stratégiques …
Au bout de quelque temps, j’ai repris ma liberté pour m’envoler vers d’autres cieux …


BIBLIO-TECK



Je suis dans une bibliothèque, entraînée par Jeannette, d’habitude je n’y vais pas, je n’arrive pas à y aller, trop de livres, de vieux livres, impossible de choisir ; trop de silence !…chacun est dans sa bulle, penché sur un livre, attentif à un texte, figé devant son ordinateur…atmosphère studieuse, on ne boit pas, on ne mange pas, on ne fume plus.
Je suis venue me réchauffer et écrire avec Jeannette. Dehors la grisaille et le spleen de fin d’hiver qui dure trop longtemps…j’ ai envie de tartines grillées, allez savoir pourquoi. Jeannette gratte, la main appuyée sur sa joue, attentive avec son chignon et ses lunettes sur le bout du nez…
Il n’y a que de la concentration à écouter, et quelques bip d’appareils ; en écrivant, je ne renie rien, je m’ouvre à tout ce qui est possible, j’aime cette approche des mots, le meilleur mot à la meilleure place ; il faut s’aimer pour pouvoir écrire, n’importe où…On photographie sa vie et celles des autres on prends des instantanés de moments, d’impressions, de vestiges de lectures. Il n’y a rien de stupide à écrire, après je mettrai en ordre dans des casiers mes écrits, un grand mot, mes moments d’écriture, sur un ordinateur, en ayant toujours la touche de sauvegarde du texte à l’œil.
Les mots se frottent, les uns aux autres, comme les karmas.
L’habilité vient elle avec le temps ? la vache ! c’est pas toujours facile d’écrire… envie d’un coca… j’observe mon entourage, Jeannette, elle, regarde dans la rue, elle va nous la décrire, comme personne …
Est ce que j’ai la flamme de l’écriture, comme celle de la couleur ? que j’ai en moi depuis toute petite… ? je ne sais pas.
Pas de voiture qui passe dans cette rue très banale, sans magasin et sans couleur, comme d’autres rues.
Quelquefois, un coup de panique : ce que j’écris, n’a aucun intérêt et ne va intéresser personne ; pourquoi, j’écris ? la question qui tue.
Parfois ma paresse revient, beaucoup moins forte qu’avant.
Les tables en bois, du teck clair, sont impersonnels, on est dans un lieu public, respect et concentration, éteignez vos portables ; j’essaie de fixer mon attention, aucune raison de ne pouvoir le faire, mais je peux aussi m’arrêter, on n’est pas des fonctionnaires.
Mais trop de livres, des rangées entières, bien alignées, numérotées, triées par catégories, la bibliothèque me paraît d’une autre époque, pourtant en face, l’unique magasin est tout blanc « design « ; un homme s’installe avec une pile de BD, horreur des bandes dessinées, à part Tintin et Bécassine …
Qu’est ce que j’aime ouvrir un livre neuf, enlever le bandeau rouge de promo, séparer les feuilles encore légèrement collées et rentrer dans une nouvelle histoire, une aventure commence…

LE CLAN DES LUNETTES ROUGES





On écrit, on écrit encore.
On n’est pas formel, mais sérieux tout de même
On est dans un café où on n’est pas serrés comme des sardines, on est à l’aise.
On a des trucs pour s’inspirer et on respire bien d’ailleurs. On ne boit pas d’alcool, on n’en a pas besoin.
On réfléchit, on écrit, on bâtit et on s’épanouit.
On se lit nos écrits seulement entre nous.
Notre chef porte des grandes lunettes rouges.
J’ai aussi de temps en temps des petites lunettes rouges.
On aime aussi la culture, lire les livres des autres, on peut dire qu’on est érudits.
On n’a rien contre les hommes, rares…
On peut être coquettes, on reste des femmes.
On ne dit pas du mal, on peut plaisanter.
On écrit, on rit, on lit, on réécrit et c’est fini.
On est des amies d’écriture, on aime ça et on le vaut bien…
Nous sommes des écrivains, si…c’est dit
Le clan des lunettes rouges.

ILS N’ONT PAS PEUR


Les hommes vont seuls au restaurant, on ne les regarde pas bizarre.
Ils entrent dans l’eau froide d’un coup sec, et hop un crawl qu’on remarque au bruit…
Ils n’ont pas peur de gronder de gronder les enfants, ils affirment leur autorité paternelle.
Ils n’ont jamais froid, ils sont isothermes…mon beau-frère met la même veste en plein été et en hiver.
Ils n’ont pas peur de dire non, quand ça les barbe…
Ils ne se fâchent pas avec leurs amis, d’ailleurs ils ne s’engu…pas comme nous , avec personne…
Ils parlent au téléphone, style télégramme .
Ils maigrissent vite, et prennent vite aussi un ventre de six mois de grossesse avec la bière.
Ils ont un meilleur sens de l’orientation, c’est prouvé, ils ont un GPS dans la tête.
Ils n’oublient rien , ils savent : je le savais bien, je te l’avais bien dit, je te l’aurai dit…
Et enfin parce qu’une longue liste serait accablante…s’ils étaient comme nous, ce serait ennuyeux à mourir, c’est pour ça qu’on les adore…

LETTRE A MA MERE


Au revoir, Maman, adieu, à Dieu, je devrai dire, selon tes convictions ; tu es partie, très vite, trop vite, vers une autre vie, une vie meilleure et plus heureuse j’en suis sûre.
Ces derniers temps, tu étais fatiguée, un peu lasse, même un peu voûtée, triste même parfois désagréable…mais tu étais chez toi encore, seule, efficace et courageuse, disciplinée et debout !
Tu es tombée, tu t’es relevée, tu es tombée, tu t’es relevée, jusqu’au jour où…on n’a pas pu te relever ;le choc, j’ai pris le métro, comme une somnambule, pour te voir une fois, plusieurs fois, allongée sur ton lit, ton visage était calme et reposé ; j’espère que tu n’as pas souffert…
Nous nous sommes heurtés à l’incompréhension, pourquoi, maintenant ?
Mais je crois à l’éternité de la vie, et ça m’aide un peu à être moins triste…là où tu es, sois plus heureuse et en paix.
La vie n’a pas été facile pour les femmes de ta génération ; mariée très jeune, une vie de mère de famille avec quatre filles, bien ordonnée et remplie, tu pouvais te lever à six heures du matin pour éplucher des haricots verts ou préparer un bon petit plat.
Bien sûr, je n’ai pas fait ceci ou je ne t’ai pas dit cela…on pourrait élucubrer, j’ai fait ce que j’ai pu et les échanges n’étaient pas toujours faciles.
Il y a eu des blessures et des nuages, des bouderies et des silences, moi, qui était assez repliée sur moi-même, quand j’étais petite, assise souvent sur mon lit à rêver, ça t’énervait …
Mais on a poussé comme des plantes bien arrosées, dans un jardin bien entretenu.
Tu n’avais pas appris à exprimer ton amour ! tu ne m’a jamais dit le mot amour, tu disais :affection ; tout ça est déjà du passé, tu as une place spéciale dans mon cœur, pour toujours… un repos bien mérité, et la paix…Merci.

Détails du livre

EDITH LOWAGIE

Nouvelles, poésie, essais

Nouvelles

Livre de poche (11x17cm)

Noir & Blanc

137

33712

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