De toute façon, les livres ne se vendent (lisent) plus, ou si peu, et pour combien de temps encore.
Parce que l'élite intellectuelle a perdu à un moment la clef des civilisations dans une mémoire des peuples qui ne s'inscrit plus depuis longtemps dans les livres, et encore moins dans les belles lettres ( voire, le ridicule d'écrire des poésies de nos jours ; carrément indécent au regard des réalités sociales et politiques). La vérité, c'est que le fond n'est plus dans la production livresque actuelle, et que la pensée s'est échappée ailleurs dans des formes encore imprécises - des tags sur des murs d'internet, le clip,le cinéma, la parole tout simplement ( tout le monde parle de ses livres mais plus personne n'en lit, c'est devenu juste une extension du Moi).
Cependant et étrangement, les rares écrivains encore subversifs ( profitons du décès de Ferrat pour clamer en sa mémoire, que le poète qui ne dénonce rien, ne sert à rien) s'exercent malgré tout, et ce, quelque soit la génération, à écrire dans un langage respectant les codes grammaticaux. Pourquoi ? Alors que tant d'entre eux ont cherchés à inventer de nouveaux styles d'écriture, par tous les moyens. Pour la beauté de la langue ? je ne crois pas..., sans doute , le simple souci d'être lisible et surtout d'être compris lorsqu'on sait l'erreur d'interprétation possible d'une coquille, ou encore la faiblesse narrative pouvant découler de l'utilisation abusive du sujet-verbe-complément.
C'est un sujet se devant de hanter chaque auteur : ce fossé, creusé telle une sépulture, entre les histoires des peuples et les écrits vides de sens - l'idée m'obsède souvent au point d'en vouloir sans cesse y mettre des pointillés dans chaque livre...
""""Lorsqu’un peu plus tard, il ressortit du funérarium après qu’Eugène lui eut offert un second café ; il hésita, puis marcha rapidement en direction du carré indiqué à l’inconnu. Après avoir emprunté un chemin de traverse, il l’aperçut de dos, et se rapprocha pour situer la tombe. Ce n’est que lorsque l’autre démarra brusquement qu’il se décida à s’approcher. C’était une très belle dalle, encore très fleurie, et il chercha aussitôt un nom : Antoinette Schmitt, 1917-2002.
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- Ça vous intéresse ?
Il faillit basculer au milieu des fleurs et bredouilla.
- Non, pas du tout !
- Vous avez tort, c’est très intéressant, vous savez ! Venez, jeune homme, remontons ensemble.
Maintenant, c’est lui qui parlait, se cherchant des explications, pendant que l’autre souriait en regardant droit devant lui.
- C’est que j’écris des livres. Enfin je voudrais en écrire un, des polars surtout. Là ce boulot, juste en attendant …
- C’est bien ! Moi, je ne sais pas écrire, juste un peu lire, pourtant je parle plusieurs langues.
Puis soudain, il lui parla d’Antoinette, de camps gardés par des gendarmes pendant la guerre, et arrivé enfin à la grille, il lui dit qu’il faudrait écrire tout ça.
- Oui, mais vous savez, pour faire un livre, il faut avoir un éditeur ?
- C’est quoi, un éditeur ! Un homme ! On lui jette un peu d’argent ou on lui tord le bras dans le dos.
- Ah, mais si ça ne se vend pas ?
- Quelle importance, la mémoire vous dis-je !
- Et je commence comment ?
- Vous avez le début, je repasserai de temps en temps avec des messages…
Sans doute, avait- il trop tardé à poser une nouvelle question, car l’autre avait déjà tourné les talons.
- Jacques, bordel, t’étais où ?
- Rien chef, un client pour une potée…..
(Le Soleil se lève à l'est)
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Comment écrire l'histoire d'un peuple qui a toujours -atavique- refusé l'écrit, parce qu'il a bien compris dans son immense sagesse, les dégâts de la compromission, de la trahison des intellectuels, de ce qui est vain et du vrai.




