Le blog thebookedition.comBonjour Roumanie !




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Pseudo : josephasophie
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Inscrit le : 15/07/2010
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Voici le premier chapitre de mon roman intitulé "Bonjour Roumanie!".
N'hésitez pas à venir faire un petit tour sur ma page!



Margas ouvrit la porte de son bureau pour accompagner sa cliente vers la sortie.
-Je suis sincèrement désolé madame Risles, mais je ne peux vraiment rien faire de plus pour vous.
-Dites surtout que vous ne voulez pas !
-Je vous en prie, ne faites pas de scandale ici !, chuchota-t-il.
-Vous reconnaissez donc qu’il y a lieu d’en faire un ?
Le banquier soupira afin de la calmer, tendit professionnellement une main pour la saluer qu’elle refusa en lançant un cinglant « salaud ! » avant de tourner les talons.
Il claqua la porte de son bureau tandis que la jeune femme marchait d’un pas fâché vers la sortie de cette banque de malheur. Encore une fois, on venait de lui refuser un prêt pour couvrir ses découverts. Toujours les mêmes réponses : « Vous n’avez qu’à travailler », « Vous n’avez qu’à vendre votre villa », « Restreindre votre train de vie est le seul moyen de rembourser vos dettes ! ». C’était clair. Seulement elle n’avait aucune envie de vendre sa maison de famille, et puisqu’en quarante-deux ans elle n’avait jamais travaillé, ce n’était sûrement pas maintenant qu’elle allait commencer ! Pour faire quoi ? Un petit boulot ? Impensable ! Ah, si seulement son mari ne l’avait pas quittée six mois auparavant ! Sans son salaire, elle ne pouvait plus mener son luxueux train de vie quotidien, et restait avec un superbe pavillon sur les bras, quand les dettes commençaient sérieusement à pleuvoir.
A trois mètres de la sortie, tout près des guichets de retrait, elle fut brutalement sortie de ses pensées par un coup de revolver tiré au plafond, résonnant dans tout le hall de l’établissement. Pétrifiés ou affolés, les clients regardaient avec terreur l’homme au visage cagoulé qui s’écriait :
-Tout le monde à terre ! Le pognon, vite !
Chacun s’allongea sur le sol précipitamment, dans un silence de plomb, tandis que les hôtesses remplissaient à la hâte l’immense sac du cambrioleur de liasses de billets, sous la menace de l’arme pointée sur elles. Quand il y en eut assez, il leur arracha le sac des mains. Au même instant retentit du coin de la rue la sirène d’une voiture de police.
Surpris, l’homme, dont la voiture était stationnée devant la banque, dut changer de plan, ne pouvant prendre le risque de sortir seul et se faire arrêter comme un débutant. Pour ne pas se faire tirer dessus, il lui fallait à tout prix un otage. Il fit signe à une jeune femme de se relever, en la menaçant de son arme. La pauvre, enceinte et prête d’accoucher, eut peine à se mettre debout et dans la panique, fondit en larmes. Près d’elle, madame Risles osa d’une voix inquiète, à l’attention du cambrioleur :
-Elle est enceinte ! Si c’est pour vous couvrir, prenez un autre otage, mais pas une femme enceinte…
Interpellé, l’homme s’approcha d’elle et la fit se lever. Il lui passa un bras autour du cou pour poser son arme sur sa tempe, et ils sortirent en courant rejoindre la Mercedes grise non-immatriculée qui démarra sur les chapeaux de roue. Les policiers, qui n’avaient pu prendre le risque de tirer sur l’otage, suivirent le bolide, toutes sirènes hurlantes, mais furent vite semés. L’homme tout de noir vêtu avait dûment étudié son trajet et sur une nationale, enfin rassuré par la fin de ce hold-up qui s’était finalement bien déroulé, ôta sa cagoule, souffla pour libérer sa respiration, puis jeta sans rien dire un coup d’œil à son otage assise près de lui, le sac de billets sur les genoux. Elle fut surprise par son physique agréable : la cinquantaine, les cheveux à l’aspect soyeux légèrement grisonnants commençant à recouvrir un brun foncé rappelant la couleur de ses yeux, lesquels s’éclaircissaient de vert clair à la lumière. Ses lèvres fines savaient illuminer d’un tendre sourire ce visage charmeur, aux contours doux et aux rides naissantes autour des yeux et de la bouche, qui ne le rendaient que plus gentil.
Près de lui, la jeune femme était aussi très jolie : son brushing hyper stylisé bouclait la pointe d’une coupe au carré de cheveux blonds comme l’or. Ses yeux bleus étaient magnifiques, ses lèvres très fines, ses pommettes haut perchées, son visage aussi mince que sa silhouette longiligne. L’homme continuait à conduire en regardant droit devant lui, sans rien dire, tandis que les minutes semblaient longues pour son otage.
Il brisa enfin le silence en demandant d’une voix grave et chaude :
-Comment vous appelez-vous ?
-Claude... Claude Risles, répondit-elle d’une voix hésitante et tout aussi grave.
-Moi c’est Manel.
Face au silence de son interlocutrice, il reprit :
-C’est amusant, je croyais que les otages hurlaient quand on les kidnappait, qu’ils posaient plein de questions.
-Très amusant en effet, répondit-elle ironiquement. C’est ce qu’ont fait les autres avant moi ?
-Je ne sais pas, c’est la première fois que j’embarque quelqu’un. Mon histoire se compliquait, je risquais d’être pris si je ne vous avais pas eue sous la main. Pour une fois que des flics arrivent à temps !
-Trop heureuse de vous avoir rendu service.
Manel sourit :
-Au moins, vous avez de l’humour. Je me demandais tout à l’heure si vous étiez suicidaire ou présidente d’une association pour les droits de la femme et de l’enfant… Cette dame enceinte, vous ne la connaissiez pas. Pourquoi avoir pris sa place ?
Claude fut déstabilisée par la question.
-Elle a une famille, un avenir. Moi je n’ai rien à perdre…
-Malheureuse ?
Elle ne répondit pas mais pour se reprendre, demanda d’un ton froid :
-Où allez-vous me laisser ?
L’asphalte défilait sous les roues de la Mercedes et la jeune femme n’avait aucune idée de la direction prise.
-Qui a dit que j’allais vous lâcher ? Vous connaissez mon prénom, vous m’observez du coin de l’œil pour établir le portrait-robot le plus réel possible… Et puisque vous n’avez rien à perdre !
Claude parut tout à coup terrorisée, comprenant les conséquences de cet enlèvement qui allait bientôt lui coûter la vie. Pourtant le conducteur, qui semblait d’une douceur extrême, la rassura :
-N’ayez pas peur, je ne vous ferai aucun mal. Et je vous promets que vous serez en sécurité tant que vous serez à mes côtés. Mais votre présence va me servir.
-Dans votre trafic ? , demanda-t-elle, surprise.
-Exactement.
Il tourna le visage vers elle et rencontra son regard apeuré. Serein sans être souriant, l’attitude virile, il était très séducteur et n’avait rien à voir avec le cliché des gangsters violents à l’allure brute.

-Nous sommes arrivés, lança-t-il en garant la voiture.
Devant eux, une petite fermette rénovée perdue au milieu des champs.
Ils sortirent en silence de la Mercedes et Manel fit entrer Claude dans la maison. La porte s’ouvrit sur une pièce sombre, malgré les murs blancs. L’espace était aménagé en salon et cuisine, avec peu de mobilier : simplement le strict nécessaire, des meubles en bois sombre, un imposant bahut contrastant avec le canapé et le fauteuil bleu ciel, un peu délavés. La salle de bain, blanche et intime, était simplement garnie de flacons d’eau de toilette, de serviettes blanches soigneusement pliées et d’un imposant miroir.
La chambre tapissée de vert pâle était en revanche très claire, avec une jolie couette verte et blanche couvrant le grand lit, une table de chevet surmontée d’une belle lampe moderne, et en face d’une armoire normande, un bureau sans rien dessus, face à la fenêtre donnant sur la vaste campagne.
-C’est chez vous ?, demanda Claude.
-C’est mon repaire oui. Il n’y a pas grand-chose mais j’espère que vous ne manquerez de rien. Demain nous ferons du ravitaillement chez une amie pour vous trouver le nécessaire.
-Attendez, je ne compte pas finir mes jours ici ! J’ai une maison, une vie sociale moi ! Vous allez me relâcher non ?
-Non.
La réponse tomba comme un couperet. Par peur, Claude n’osa insister. Anéantie, elle s’effondra sur le lit, comme aliénée, incapable de réagir, d’hurler. Manel ferma la porte de la chambre en la laissant ainsi ; elle n’en sortit qu’une heure plus tard. Debout dans l’encadrement de la porte, immobile et le regard perdu, son tailleur-jupe rose légèrement froissé, elle semblait ne plus savoir où elle était.
Attablé, comptant et rangeant soigneusement par liasses les billets volés dans une mallette, Manel inclina la tête pour observer la jeune femme par-dessus ses lunettes.
-Ca va mieux ?
Elle ne répondit pas mais marcha comme une somnambule sans le quitter des yeux jusqu’à s’asseoir en face de lui.
-Mariée ?
Elle secoua négativement la tête avant d’ajouter :
-Divorcée.
-Depuis longtemps ?
-Seulement six mois.
-Des enfants ?
-Non. Et vous ?
Il sourit, surpris par la question :
-Oh non, ni l’un ni l’autre ! Rien qui m’encombre dans mes affaires.
-On dit que les mauvais garçons n’aspirent qu’à la solitude.
-C’est sûrement vrai.
-Qu’est-ce que vous allez faire de tout cet argent ?
-Il n’est pas pour moi. J’aurai ma part, c’est tout.
Au même moment, arrivé au bout de sa tâche, il referma la petite valise, posa ses deux mains dessus après avoir ôté ses lunettes et regarda Claude droit dans les yeux :
-Je ne peux pas prendre le risque de vous relâcher pour le moment, je vous avouerai même que je n’en ai pas envie. Vous pouvez passer un coup de téléphone, mais pas d’entourloupes, sinon…
-J’aimerais seulement demander à ma voisine de fermer les volets de ma maison, si je ne peux pas y retourner avant ce soir.
-Dites-lui-même que vous êtes bloquée en province pour quelques jours.
-Quelques jours ?! , s’exclama-t-elle, effrayée.
Il lui tendit le combiné et l’appel fut donné en quelques secondes.

Le soir d’octobre tombait déjà, recouvrant la campagne d’une épaisse nuit noire.
-Avez-vous faim ?
-Je n’ai pas vraiment le cœur à manger.
-Détendez-vous, je ne vous ferai aucun mal !
-Mais comment voulez-vous que je me détende ? Je suis séquestrée au milieu de nulle part par un mafieux qui me fait peur !, hurla-t-elle, tout à coup hystérique.
Manel l’interrompit en lui saisissant le poignet :
-Je vous fais peur ?
-Non… je ne voulais pas dire cela, se reprit-elle, apeurée.
Sans la lâcher, debout face à elle, l’homme expliqua :
-Vous ne croyez pas à la fatalité ?
-Pardon ?
-Et si je n’étais pas venu dans cette banque pour cambrioler mais pour faire votre connaissance ? Si c’était écrit que nous devions nous rencontrer à cet instant précis pour faire un bout de chemin ensemble ?
Cette question déstabilisa Claude :
-Je… je ne sais pas. Vous délirez, je vous en prie, lâchez-moi.
Il s’exécuta.
-Je veux rentrer chez moi.
Il fit semblant de ne pas avoir entendu et proposa :
-Du taboulé pour dîner, ça vous convient ?
Elle acquiesça, incrédule.
La table fut vite mise et ils se retrouvèrent de nouveau assis face-à-face dans ce huit-clos.
-C’est bon ?
-Oui, merci.
Ils échangèrent un bref sourire.
-Vous faites quoi dans la vie ?
-Je n’ai jamais travaillé !
La réponse de Claude fut spontanée et tomba comme une évidence.
-J’aurais dû m’en douter.
-Pourquoi ?
-Vous ressemblez à ces femmes de PDG peintes jusqu’au bout des ongles, le brushing impeccable, la carte bleue bien lovée dans le sac à main.
-Le parfait cliché quoi !
-Ce n’est pas le cas ?
-Non. D’abord je n’ai plus de mari, je suis indépendante et ma carte bleue a été avalée par le distributeur. Je me suis défaite du cliché, en quelque sorte.
-Et c’était mieux avant ?
Elle marqua un temps, hésitante :
-Je ne sais pas. J’ai comme l’impression d’être en transit, d’avoir fini une vie et de devoir attendre pour en commencer une autre.
-Un divorce est un passage charnière dans une vie vous savez. La routine est cassée, il faut trouver de nouveaux points de repère. Mais ne passez pas ce temps précieux à vous poser des questions sur l’avenir. Vivez le moment présent, profitez de la vie.
-C’est curieux de vous entendre parler ainsi, vous qui risquez votre vie en trafiquant je ne sais quoi !
-Rassurez-vous, je suis prudent. Prudent et optimiste. Ca m’évite les regrets, la nostalgie ; c’est ça le pire, pas le trafic.
-Je ne suis pas sûre de vous comprendre.
-Mais vous apprendrez vite.
Il se leva et ouvrit le réfrigérateur :
-Une compote ?
-Ce sera parfait.
Le repas terminé, ils firent la vaisselle. Debout tout près l’un de l’autre, comme un vieux couple, il lavait la vaisselle tandis qu’elle l’essuyait. Lorsque tout fut rangé, dans un silence arrêtant le temps, Manel posa ses mains sur la taille de Claude, les yeux dans les yeux. Tout doucement, il rapprocha son visage jusqu’à l’embrasser doucement sur les lèvres, sans qu’elle ne le repousse. Après ce baiser chargé d’émotion, il recula, embarrassé.
-Excusez-moi.
Il se retourna et passa au salon, alluma la télévision et s’assit dans le canapé comme pour changer de sujet. Restée immobile dans la cuisine, Claude serra les lèvres, troublée, puis le rejoignit et s’assit près de lui.
-J’ai déjà vu ce film.
-Moi aussi, répondit-il.
Ils le regardèrent tout de même jusqu’à la fin sans échanger un mot, même lorsque Manel passa affectueusement un bras autour des épaules de la jeune femme, quand elle eut un frisson de froid.

-Dormez-bien.
Il referma la porte de sa chambre en laissant par galanterie Claude prendre possession de son lit, tandis qu’il dormirait sur le divan.

Inconsciemment, ils s’endormirent tous deux rapidement, le sourire aux lèvres...

Le livre Bonjour Roumanie !


Sophie Gaignon
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