Pour vous éviter de chercher partout sur le forum, voici un extrait de mon livre tiré de la nouvelle :
Opérations pièces jaunes
Ce matin, je suis de mauvaise humeur. Ce n’est pas que je me sois levée du pied gauche mais j’ai trouvé en arrivant tout à l’heure, collée partout sur mon bureau, une multitude de post-it aigre-doux me donnant des ordres ou des directives de manière assez inamicales :
« J’ai besoin de ce dossier pour dix heures dernier délai » « Pense à modifier sans faute le rendez-vous d’untel » « Paulette exige le rapport bidule pour midi » « n’oublie pas de changer le papier de l’imprimante » « viens me voir immédiatement dès ton arrivée » etc… etc...
C’est l’œuvre de Florence, qui, comme à son habitude, passe ses nerfs sur la première collègue venue et, ce matin, j’étais l’heureuse élue. Elle ne dit jamais rien en face, elle écrit. C’est sa manière à elle de jeter son venin et c’est d’ailleurs pour cette raison que nous l’avons surnommée « la vipère ».
Et comme si cela ne suffisait pas, j’avais également un mot du Président de l’agence, le très honorable Paul Leprêtre qui me demandait de lui rembourser, dans les meilleurs délais, une note de frais de son dernier voyage à Deauville.
Cela m’a carrément mise hors de moi !
Non seulement, il assiste à tous les congrès de tourisme de l’hexagone aux frais de l’agence, mais en plus il loge dans les plus grands hôtels, comme la semaine passée à Deauville : un quatre étoiles luxe telle une star ! Hébergement, repas, frais de transport, tout lui est payé. Et là, suite à une erreur d’addition dans un restaurant, il a dû avancer de sa poche quatre francs et dix centimes au serveur. Cette somme astronomique doit mettre en péril son budget. Il veut donc absolument la récupérer.
Eh bien, il ne va pas être déçu ! J’ai justement en caisse des dizaines de pièces jaunes que je voulais porter à la banque. Je vais m’éviter de confectionner des rouleaux en lui remboursant sa note en pièces de cinq centimes. Moi aussi, j’ai envie de me calmer les nerfs.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Je saute dans ma voiture pour me rendre à son bureau situé à la mairie. Après vingt minutes passées en salle d’attente, je suis enfin reçue.
Moi : Bonjour Monsieur Leprêtre. Dès que j’ai vu votre petit mot ce matin, j’ai fait en sorte de venir le plus tôt possible vous rembourser les frais que vous avez engagés à Deauville.
Paul Leprêtre : C’est très bien merci.
Moi, impertinente et mielleuse à la fois : J’espère que votre séjour s’est bien passé et que vous avez pu profiter de la mer et du soleil malgré votre emploi du temps très chargé. Les réunions, les conférences, cela doit être épuisant. Heureusement, vous aviez choisi un hôtel très confortable.
Paul Leprêtre : Oui, en effet.
Moi : Comme je suis venue au plus vite, je n’ai pas eu le temps de passer à la banque pour la monnaie et je vous ai apporté ce que j’avais en caisse. Ce sont des pièces jaunes mais le compte y est.
Paul Leprêtre me regarde éberlué. Je lui déballe sur son bureau des dizaines de pièces jaunes que j’empile soigneusement en comptant. Voilà cinquante centimes. J’ajoute encore dix pièces de cinq qui font un franc…
….
Bonne lecture !
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