Pseudo : REVEUR
Localisation : BBA
Inscrit le : 15/05/2009
Messages : 50
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Mon second livre "Paradoxes" est en phase de préparation. La "sécheresse" de l'été ainsi que le très peu de vente enregistré par "rendez-vous au paradis" n'encourageant guère, mes "paradoxes" avancent très lentement. Parlant de vente, ce qui m'importe le plus c'est de savoir que dans un ailleurs lointain, des gens différents prennent la peine d'entendre ma voix et de découvrir mes idées résignées à demeurer prisonnières depuis longtemps. Le gain financier n'étant guère dans mes préoccupations car j'ai fait mon choix dans la vie: celui du bonheur.
Pendant des années, je suis resté attentif au mouvement de ma société ainsi que celui de la société humaine, relevant un certain nombre de paradoxes qui caractérisent l'une et l'autre pour les rassembler dans un recueil à l'intention des lecteurs. Je serai très content d'accueillir les remarques et les suggestions de mes ami(e)s du TBE sur un extrait de ce livre: Le « bourchoix »
C’est le printemps. Je déborde de sentiments à la vue de cette nature gaie qui se métamorphose : à la grisaille qui emplissait ciel et terre succède un tableau resplendissant : bleu, vert, jaune, rouge, rose, violet, mauve…Que de couleurs emplissant l’univers et enivrant les âmes sensibles. Que de sons combien différents s’assemblant pour créer la plus belle des symphonies…
Un profond chagrin m’habite à la vue de tous ces malheurs qui hantent la vie des hommes nés pourtant pour être heureux. Que de souffrances, que de larmes, que de douleurs, que de gémissements emportés par les ondes jusqu’au bout du monde…
Une fureur qui ne cesse de grandir en moi en assistant à toutes ces injustices, à toutes ces absurdités, à toutes ces folies qui sont le décor quotidien d’une humanité déshumanisée, me transforme le cœur en un véritable volcan capable de se vider de sa charge à chaque instant.
Pourtant, rien ne vient me soulager de ce besoin grandissant d’écrire qui me tord et me tord encore sans qu’aucune goutte ne coule de ma plume, sans que la tendre prison qui abrite mes idées folles ne daigne en libérer pour salir mes feuilles tristes résolues à demeurer blanches.
Je fournis des efforts surhumains pour rassembler mes idées égarées dans les rouages de la pensée, de les apprivoiser. Aussitôt, naissent-elles, elles préfèrent disparaître dans l’immensité du néant, plutôt que se faire prisonnières d’un bout de papier presque insignifiant.
Je cours par ci par là, à droite et à gauche dans l’espoir que mes idées se résignent enfin à m’obéir. Mais plus je m’acharne à les amadouer et plus elles se rebellent.
Un ami, las d’écouter mes lamentations, ironise à mon égard :
- Comment, toi, véritable apprivoiseur des mots, à la plume aussi généreuse, ne trouves pas quoi écrire ? Mais, mon ami, le monde grouille d’événements qui donneraient le cœur aux plus avares des écrivains.
- C’est peut-être là toute la question, répondai-je. La surabondance est synonyme de sécheresse. Vois-tu des pluies diluviennes qui s’abattent sur une terre, n’ont-elles pas le même effet sur cette terre que la torride sécheresse ?
- Mais si tu pouvais isoler une de toutes ces histoires qui peuplent ta cervelle, tu pourrais peut-être l’écrire !
- Et comment en choisir une si toutes se bousculent à la porte de mon esprit ?
- C’est simple, je vais t’en raconter une des plus belles.
Et sans attendre une seconde de plus, il me raconte l’histoire que voici :
« Depuis que je suis membre de cette honorable assemblée, voilà déjà sept ans- je suis à mon deuxième mandat- je n’avais encore jamais assisté à une intervention aussi audacieuse et aussi étrange. L’homme intervenait dans une langue à la limite du compréhensible : ce n’était pas le français que certains représentants du peuple utilisaient dans les débats et dont je m’étais habitué par la force des choses. Ce n’était pas, non plus l’arabe classique qu’utilise la majorité des membres. C’était plutôt un étrange assemblage de mots n’obéissant à aucune règle de la grammaire. L’homme parlait cependant avec une telle assurance digne des plus illustres hommes politiques ou hommes de lettres et ne pouvait laisser indifférents même les moins branchés des membres de l’assemblée. L’homme proposait dans son allocution un projet de loi, non pas au nom du groupe parlementaire auquel il appartenait, mais il représentait, disait-il, une nouvelle force politique inconnue jusque là au parlement. Et voilà à peu prés ce qu’il disait : « Nous ne pouvons plus tolérer dès aujourd’hui le fait de se plier à une échelle des valeurs qui n’est pas la nôtre ni celle d’une grande partie du peuple dont nous nous revendiquons et défendons les intérêts. Nous refusons par ailleurs de continuer d’occulter des vérités de notre société et de cacher la face du soleil au moyen d’un tamis. Regardons les choses en face et acceptons- les telles qu’elles sont. Nul, en effet, n’ignore le moyen dont a usé la plupart de ceux qui siègent dans cette honorable assemblée pour y arriver : la rachoix*.
Un moyen qui permet d’accéder à un statut aussi élevé que le nôtre ne saurait souffrir aucune honnêteté. Et persister à en avoir honte, c’est cela la vraie honte et c’est aussi une grave injustice.
Il est temps, messieurs de rendre à César ce qui appartient à César et réhabiliter cette valeur tant dévaluée par la loi et la morale…La loi et la morale, parlons-en justement.
Devrions- nous continuer à être les prisonniers de cette morale qui compromet le bonheur de nos concitoyens ? Cette prétendue vertu qui empêche les gens de travailler, de rivaliser, de rêver, d’aspirer au paradis qu’ils auront construit eux-mêmes ? La seule morale, messieurs, est celle qui sied avec l’évolution de la civilisation. Celle qui reconnaît à l’homme le droit d’être heureux, et non celle qui sème son parcours d’obstacles et d’embûches. Nous rejetons donc cette morale qui nous prive du seul moyen de devenir des gens, forts, puissants et respectables, d’accéder au statut qui est le nôtre aujourd’hui.
Tenez ! Moi, par exemple. Je reconnais que j’étais, un jour, un pauvre minable, rustre et à la limite de la débilité. J’ai découvert ensuite en moi une énergie latente qui est, en fait, responsable de mon extraordinaire métamorphose qui a été bénéfique non seulement pour moi, mais aussi pour la société qui profite aujourd’hui de mon savoir faire. J’ai découvert que j’étais en possession d’une intelligence peu commune, et d’un art prodigieux de servir les autres pour les asservir par la suite. Cet art est louable au même titre que celui d’un grand écrivain ou d’un illustre cinéaste. Cet art qui m’a permis d’arriver à la plus haute marche de la société, ainsi qu’à la majorité des gens respectables qui sont ici présents, mérite vraiment d’être réhabilité…
La loi, messieurs ! Elle est déloyale cette loi qui considère encore des gens intelligents et débordant d’énergie comme des criminels qui doivent être punis. L’image négative qu’a la société de la corruption est due, en grande partie, à la loi. Réajustons donc cette loi pour répondre à la mutation que connaît notre pays à l’instar des autres pays du monde. Réajustons cette loi pour qu’il n’y ait plus de décalage entre elle et nos pratiques quotidiennes. La corruption est désormais une pratique ordinaire, pratiquée par l’élite de cette société. Pourquoi alors la proscrire ? Pourquoi être hypocrite ? Soyons francs. Nous sommes presque tous des corrompus ou des corrupteurs. Nous sommes presque tous unanimes que cette loi, que cette morale entravent notre émancipation ainsi que le progrès du pays. Abolissons donc cette loi, et projetons- nous loin dans un monde de liberté et de bonheur.
Dans ce sens, j’ai le plaisir de proclamer la naissance d’une nouvelle force politique, une force réelle de changement, de modernité et de liberté, le RNB (rassemblement national des bourchoix**).
Mes collègues du rassemblement et moi, nous ne voulons pas rester les bras croisés, et proposons ce projet de loi qui s’inscrira dans notre effort manifeste d’opérer un véritable changement dans le pays, qui, espérons-le sera approuvé par votre honorable assemblée. Merci à tous. »
Le projet de loi, en question, visait à institutionnaliser la corruption, en la réglementant et en lui créant un secrétariat d’état pour la promouvoir. Nous aurons été de véritables innovateurs dans le domaine. »
J’aurais préféré écrire plutôt des choses sur l’amour, sur le bonheur, sur le rêve ou encore sur la condition humaine, de vraies belles histoires. J’aurais préféré écrire sur les déshérités de la planète, sur les oubliés de cette grande caravane qu’est l’humanité en marche, mais mon blocage intellectuel m’a contraint d’abuser de votre temps en vous bombardant avec toute la bêtise humaine résumée dans cette intervention rapportée par mon ami. Je m’en excuse !
Au dramaturge marocain Ahmed Senouci.
* Mot arabe qui désigne la corruption.
** Relatif à la rachoix.
Pendant des années, je suis resté attentif au mouvement de ma société ainsi que celui de la société humaine, relevant un certain nombre de paradoxes qui caractérisent l'une et l'autre pour les rassembler dans un recueil à l'intention des lecteurs. Je serai très content d'accueillir les remarques et les suggestions de mes ami(e)s du TBE sur un extrait de ce livre: Le « bourchoix »
C’est le printemps. Je déborde de sentiments à la vue de cette nature gaie qui se métamorphose : à la grisaille qui emplissait ciel et terre succède un tableau resplendissant : bleu, vert, jaune, rouge, rose, violet, mauve…Que de couleurs emplissant l’univers et enivrant les âmes sensibles. Que de sons combien différents s’assemblant pour créer la plus belle des symphonies…
Un profond chagrin m’habite à la vue de tous ces malheurs qui hantent la vie des hommes nés pourtant pour être heureux. Que de souffrances, que de larmes, que de douleurs, que de gémissements emportés par les ondes jusqu’au bout du monde…
Une fureur qui ne cesse de grandir en moi en assistant à toutes ces injustices, à toutes ces absurdités, à toutes ces folies qui sont le décor quotidien d’une humanité déshumanisée, me transforme le cœur en un véritable volcan capable de se vider de sa charge à chaque instant.
Pourtant, rien ne vient me soulager de ce besoin grandissant d’écrire qui me tord et me tord encore sans qu’aucune goutte ne coule de ma plume, sans que la tendre prison qui abrite mes idées folles ne daigne en libérer pour salir mes feuilles tristes résolues à demeurer blanches.
Je fournis des efforts surhumains pour rassembler mes idées égarées dans les rouages de la pensée, de les apprivoiser. Aussitôt, naissent-elles, elles préfèrent disparaître dans l’immensité du néant, plutôt que se faire prisonnières d’un bout de papier presque insignifiant.
Je cours par ci par là, à droite et à gauche dans l’espoir que mes idées se résignent enfin à m’obéir. Mais plus je m’acharne à les amadouer et plus elles se rebellent.
Un ami, las d’écouter mes lamentations, ironise à mon égard :
- Comment, toi, véritable apprivoiseur des mots, à la plume aussi généreuse, ne trouves pas quoi écrire ? Mais, mon ami, le monde grouille d’événements qui donneraient le cœur aux plus avares des écrivains.
- C’est peut-être là toute la question, répondai-je. La surabondance est synonyme de sécheresse. Vois-tu des pluies diluviennes qui s’abattent sur une terre, n’ont-elles pas le même effet sur cette terre que la torride sécheresse ?
- Mais si tu pouvais isoler une de toutes ces histoires qui peuplent ta cervelle, tu pourrais peut-être l’écrire !
- Et comment en choisir une si toutes se bousculent à la porte de mon esprit ?
- C’est simple, je vais t’en raconter une des plus belles.
Et sans attendre une seconde de plus, il me raconte l’histoire que voici :
« Depuis que je suis membre de cette honorable assemblée, voilà déjà sept ans- je suis à mon deuxième mandat- je n’avais encore jamais assisté à une intervention aussi audacieuse et aussi étrange. L’homme intervenait dans une langue à la limite du compréhensible : ce n’était pas le français que certains représentants du peuple utilisaient dans les débats et dont je m’étais habitué par la force des choses. Ce n’était pas, non plus l’arabe classique qu’utilise la majorité des membres. C’était plutôt un étrange assemblage de mots n’obéissant à aucune règle de la grammaire. L’homme parlait cependant avec une telle assurance digne des plus illustres hommes politiques ou hommes de lettres et ne pouvait laisser indifférents même les moins branchés des membres de l’assemblée. L’homme proposait dans son allocution un projet de loi, non pas au nom du groupe parlementaire auquel il appartenait, mais il représentait, disait-il, une nouvelle force politique inconnue jusque là au parlement. Et voilà à peu prés ce qu’il disait : « Nous ne pouvons plus tolérer dès aujourd’hui le fait de se plier à une échelle des valeurs qui n’est pas la nôtre ni celle d’une grande partie du peuple dont nous nous revendiquons et défendons les intérêts. Nous refusons par ailleurs de continuer d’occulter des vérités de notre société et de cacher la face du soleil au moyen d’un tamis. Regardons les choses en face et acceptons- les telles qu’elles sont. Nul, en effet, n’ignore le moyen dont a usé la plupart de ceux qui siègent dans cette honorable assemblée pour y arriver : la rachoix*.
Un moyen qui permet d’accéder à un statut aussi élevé que le nôtre ne saurait souffrir aucune honnêteté. Et persister à en avoir honte, c’est cela la vraie honte et c’est aussi une grave injustice.
Il est temps, messieurs de rendre à César ce qui appartient à César et réhabiliter cette valeur tant dévaluée par la loi et la morale…La loi et la morale, parlons-en justement.
Devrions- nous continuer à être les prisonniers de cette morale qui compromet le bonheur de nos concitoyens ? Cette prétendue vertu qui empêche les gens de travailler, de rivaliser, de rêver, d’aspirer au paradis qu’ils auront construit eux-mêmes ? La seule morale, messieurs, est celle qui sied avec l’évolution de la civilisation. Celle qui reconnaît à l’homme le droit d’être heureux, et non celle qui sème son parcours d’obstacles et d’embûches. Nous rejetons donc cette morale qui nous prive du seul moyen de devenir des gens, forts, puissants et respectables, d’accéder au statut qui est le nôtre aujourd’hui.
Tenez ! Moi, par exemple. Je reconnais que j’étais, un jour, un pauvre minable, rustre et à la limite de la débilité. J’ai découvert ensuite en moi une énergie latente qui est, en fait, responsable de mon extraordinaire métamorphose qui a été bénéfique non seulement pour moi, mais aussi pour la société qui profite aujourd’hui de mon savoir faire. J’ai découvert que j’étais en possession d’une intelligence peu commune, et d’un art prodigieux de servir les autres pour les asservir par la suite. Cet art est louable au même titre que celui d’un grand écrivain ou d’un illustre cinéaste. Cet art qui m’a permis d’arriver à la plus haute marche de la société, ainsi qu’à la majorité des gens respectables qui sont ici présents, mérite vraiment d’être réhabilité…
La loi, messieurs ! Elle est déloyale cette loi qui considère encore des gens intelligents et débordant d’énergie comme des criminels qui doivent être punis. L’image négative qu’a la société de la corruption est due, en grande partie, à la loi. Réajustons donc cette loi pour répondre à la mutation que connaît notre pays à l’instar des autres pays du monde. Réajustons cette loi pour qu’il n’y ait plus de décalage entre elle et nos pratiques quotidiennes. La corruption est désormais une pratique ordinaire, pratiquée par l’élite de cette société. Pourquoi alors la proscrire ? Pourquoi être hypocrite ? Soyons francs. Nous sommes presque tous des corrompus ou des corrupteurs. Nous sommes presque tous unanimes que cette loi, que cette morale entravent notre émancipation ainsi que le progrès du pays. Abolissons donc cette loi, et projetons- nous loin dans un monde de liberté et de bonheur.
Dans ce sens, j’ai le plaisir de proclamer la naissance d’une nouvelle force politique, une force réelle de changement, de modernité et de liberté, le RNB (rassemblement national des bourchoix**).
Mes collègues du rassemblement et moi, nous ne voulons pas rester les bras croisés, et proposons ce projet de loi qui s’inscrira dans notre effort manifeste d’opérer un véritable changement dans le pays, qui, espérons-le sera approuvé par votre honorable assemblée. Merci à tous. »
Le projet de loi, en question, visait à institutionnaliser la corruption, en la réglementant et en lui créant un secrétariat d’état pour la promouvoir. Nous aurons été de véritables innovateurs dans le domaine. »
J’aurais préféré écrire plutôt des choses sur l’amour, sur le bonheur, sur le rêve ou encore sur la condition humaine, de vraies belles histoires. J’aurais préféré écrire sur les déshérités de la planète, sur les oubliés de cette grande caravane qu’est l’humanité en marche, mais mon blocage intellectuel m’a contraint d’abuser de votre temps en vous bombardant avec toute la bêtise humaine résumée dans cette intervention rapportée par mon ami. Je m’en excuse !
Au dramaturge marocain Ahmed Senouci.
* Mot arabe qui désigne la corruption.
** Relatif à la rachoix.

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