Pseudo : armelle carbonel
Localisation : Yvelines
Inscrit le : 22/03/2008
Messages : 1374
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Andy promena un regard ébahi sur les pavements brunâtres. On avait banni des vitraux les couleurs trop vives, rejeté toute décoration superflue. L’édifice de pierre apparaissait dans toute sa nudité, dépouillé d’ornements, mais de ses murs crayeux s’élevait la mémoire de siècles de prières.
Le père Corlay les invita à patienter tandis qu’il entrait dans la sacristie. Il en ressortit presque immédiatement, pressant un trousseau de clés contre sa poitrine. Ils refirent le chemin inverse et s’engagèrent dans une galerie appelée « Le cloître de la collation » -Kate avait pris soin de commenter la visite en murmurant à l’oreille d’Andy-. Ils traversèrent le réfectoire où des moines dressaient la table pour le repas. Andy les observa mais eux ne semblaient pas la voir. Puis le père Corlay leur indiqua les jardins potagers où d’autres moines s’affairaient. Ils longèrent un cours d’eau qu’un rayon de soleil parait de reflets argentés. Kate marchait dans les pas du Père Corlay comme si elle voulait l’inciter à accélérer l’allure. Andy songea qu’ils atteignaient sans doute le but de leur expédition lorsqu’apparut une petite chapelle, laissée à l’abandon à en juger l’état de délabrement.
-Nous y voilà, annonça le Père Corlay en posant un regard bienfaisant sur Kate. Prenez votre temps, ajouta-t-il en inclinant légèrement la tête de côté comme animé d’une immense compassion. Et remerciez Caroliane pour sa générosité à l’égard de notre communauté.
Kate hocha la tête et le regarda s’éloigner dans les allées du jardin.
-Venez, Andy.
Un froid mordant les saisit lorsqu’elles entrèrent dans la chapelle. La poussière recouvrait les chaises éparpillées, destinées aux disciples fantômes pour lesquels les orgues ne jouaient plus depuis longtemps. Kate avança jusqu’à l’autel –du moins cela y ressemblait-il, songea Andy – et tira un médaillon de la poche de sa veste en tweed.
- Etes-vous croyante, Andy ?
La question de Kate la surprit mais ce qui l’étonna davantage, fut sa difficulté à y répondre.
-Je ne sais pas. Je l’ai été, il y a longtemps. Mais je ne suis plus certaine de croire en Dieu, avoua Andy en omettant volontairement de préciser qu’elle serait plus encline à croire en l’existence des démons pour en avoir épousé un.
Kate salua sa franchise d’un sourire.
- La souffrance peut faire perdre la foi ou au contraire l’accentuer. Elle peut tout ravager ou tout reconstruire, dit Kate en portant le médaillon à ses lèvres qu’elle enveloppa d’un baiser. Ce médaillon appartenait à notre fils, Cage. James et moi lui avions offert pour ses vingt et un ans. Cage ne le quittait jamais et aujourd’hui, c’est tout ce qui nous reste de lui.
Kate étouffa un sanglot avant de poursuivre.
-Nous avons retrouvé le médaillon au milieu des roseaux qui bordent les marais. Là où notre Cage a disparu.
Une immense tristesse envahit Andy. Les mots d’usage lui parurent déplacés. Elle se contenta d’observer le silence tandis que la lumière faisait jour dans son esprit.
Les marais funèbres.
Elle se remémora le déjeuner de la veille. L’échange de regards, lourds de mystères, à l’évocation des marais, les mises en garde d’Anne et cet itinéraire tracé pour les contourner.
-Il a trébuché, a heurté un petit rocher gros comme un poing et s’est noyé, reprit Kate comme si elle récitait un texte appris par cœur. Ce soir-là, la tempête faisait rage et son corps a flotté, longtemps, avant d’être emporté par les affluents de la Tweed. C’est ce qu’ont dit les inspecteurs avant que l’affaire soit vendue à un journaliste de l’Iverness Courrier. Nous n’avons pas pu enterrer notre fils, Andy. Le corps de Cage n’a jamais été retrouvé.
Andy fixa le médaillon en argent que Kate tenait serré dans sa main. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Kate le lui tendit. Le visage de la sainte vierge apparaissait en relief. Juste en dessous, on pouvait lire un C et un H entrelacés. Cage Horper. Andy frémit en retournant le médaillon. Une inscription était gravée au dos de la médaille : semper vigilo.
-Que signifie cette inscription ? interrogea Andy le plus délicatement possible malgré le sentiment de malaise qui bloquait sa respiration.
- Semper vigilo est une devise écossaise. Ca signifie « toujours vigilant ». Ironie du sort, non ?, pesta Kate en essuyant les larmes qui inondaient à présent son visage déformé par le chagrin.
Andy aurait voulu lui parler du message qu’elle avait trouvé dans sa chambre et de cette inscription qui y figurait aussi. Elle aurait aimé se confier à son tour et recracher ces années de souffrances auprès d’un mari violent qui la malmenait, l’humiliait, l’avilissait, avant qu’elle ne trouve le moyen de s’en délivrer. Lui expliquer comment du rang de victime, elle avait atteint celui de bourreau. Les émotions se bousculaient dans sa tête comme si chacune cherchait à prendre le dessus. La colère, la tristesse, la peur, la culpabilité.
Andy se ressaisit. La tristesse l’avait emporté sur le reste. Kate prit son bras et l’entraîna hors de la chapelle. La lumière du soleil paraissait éblouissante. Andy inspira puis expira profondément pour évacuer l’air vicié qui bloquait ses poumons.
-Je suis désolée, Andy. Je n’aurais pas du…, commença Kate.
-Non Kate. Vous avez bien fait, rassura Andy qui n’avait q’une hâte, quitter l’enceinte de l’abbaye.
-C’est juste que…Vous savez, Caroliane a prévu d’organiser un vernissage au sein de l’abbaye. Une partie des fonds récoltés permettra de financer les travaux de rénovation de la chapelle. Et, bien que nous n’ayons pas retrouvé le corps de Cage, c’est dans cette même chapelle que nous avons célébré une messe en mémoire de notre fils. Il faut que je vous dise que Caroliane et Cage étaient inséparables depuis l’enfance. Je crois qu’ils vivaient une véritable passion. Ce drame l’a bouleversée autant que nous…Caroliane était avec Cage quand il est mort. Elle est restée prostrée toute la nuit au bord des marais avant que sa grand-mère ne se rende compte de son absence et alerte les secours. Nous leur avions interdit de sortir à la nuit tombée mais ils n’ont jamais cessé leurs escapades nocturnes. Jusqu’à ce soir-là.
Andy frémit malgré la présence rassurante de Kate à ses côtés. Le chemin broussailleux qui conduisait au château des Horper lui sembla plus long qu’à l’aller, plus hostile aussi ; le bruissement des feuilles soulevées par la brise ; le craquement des branchages bordant la terre molle ; le ciel obscurci par la danse des busards ; la sensation d’être épiée comme si des yeux restaient en permanence braqués sur elles depuis les zones d’ombre qui s’étendaient comme une haie d’honneur sur leur passage.



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Le père Corlay les invita à patienter tandis qu’il entrait dans la sacristie. Il en ressortit presque immédiatement, pressant un trousseau de clés contre sa poitrine. Ils refirent le chemin inverse et s’engagèrent dans une galerie appelée « Le cloître de la collation » -Kate avait pris soin de commenter la visite en murmurant à l’oreille d’Andy-. Ils traversèrent le réfectoire où des moines dressaient la table pour le repas. Andy les observa mais eux ne semblaient pas la voir. Puis le père Corlay leur indiqua les jardins potagers où d’autres moines s’affairaient. Ils longèrent un cours d’eau qu’un rayon de soleil parait de reflets argentés. Kate marchait dans les pas du Père Corlay comme si elle voulait l’inciter à accélérer l’allure. Andy songea qu’ils atteignaient sans doute le but de leur expédition lorsqu’apparut une petite chapelle, laissée à l’abandon à en juger l’état de délabrement.
-Nous y voilà, annonça le Père Corlay en posant un regard bienfaisant sur Kate. Prenez votre temps, ajouta-t-il en inclinant légèrement la tête de côté comme animé d’une immense compassion. Et remerciez Caroliane pour sa générosité à l’égard de notre communauté.
Kate hocha la tête et le regarda s’éloigner dans les allées du jardin.
-Venez, Andy.
Un froid mordant les saisit lorsqu’elles entrèrent dans la chapelle. La poussière recouvrait les chaises éparpillées, destinées aux disciples fantômes pour lesquels les orgues ne jouaient plus depuis longtemps. Kate avança jusqu’à l’autel –du moins cela y ressemblait-il, songea Andy – et tira un médaillon de la poche de sa veste en tweed.
- Etes-vous croyante, Andy ?
La question de Kate la surprit mais ce qui l’étonna davantage, fut sa difficulté à y répondre.
-Je ne sais pas. Je l’ai été, il y a longtemps. Mais je ne suis plus certaine de croire en Dieu, avoua Andy en omettant volontairement de préciser qu’elle serait plus encline à croire en l’existence des démons pour en avoir épousé un.
Kate salua sa franchise d’un sourire.
- La souffrance peut faire perdre la foi ou au contraire l’accentuer. Elle peut tout ravager ou tout reconstruire, dit Kate en portant le médaillon à ses lèvres qu’elle enveloppa d’un baiser. Ce médaillon appartenait à notre fils, Cage. James et moi lui avions offert pour ses vingt et un ans. Cage ne le quittait jamais et aujourd’hui, c’est tout ce qui nous reste de lui.
Kate étouffa un sanglot avant de poursuivre.
-Nous avons retrouvé le médaillon au milieu des roseaux qui bordent les marais. Là où notre Cage a disparu.
Une immense tristesse envahit Andy. Les mots d’usage lui parurent déplacés. Elle se contenta d’observer le silence tandis que la lumière faisait jour dans son esprit.
Les marais funèbres.
Elle se remémora le déjeuner de la veille. L’échange de regards, lourds de mystères, à l’évocation des marais, les mises en garde d’Anne et cet itinéraire tracé pour les contourner.
-Il a trébuché, a heurté un petit rocher gros comme un poing et s’est noyé, reprit Kate comme si elle récitait un texte appris par cœur. Ce soir-là, la tempête faisait rage et son corps a flotté, longtemps, avant d’être emporté par les affluents de la Tweed. C’est ce qu’ont dit les inspecteurs avant que l’affaire soit vendue à un journaliste de l’Iverness Courrier. Nous n’avons pas pu enterrer notre fils, Andy. Le corps de Cage n’a jamais été retrouvé.
Andy fixa le médaillon en argent que Kate tenait serré dans sa main. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Kate le lui tendit. Le visage de la sainte vierge apparaissait en relief. Juste en dessous, on pouvait lire un C et un H entrelacés. Cage Horper. Andy frémit en retournant le médaillon. Une inscription était gravée au dos de la médaille : semper vigilo.
-Que signifie cette inscription ? interrogea Andy le plus délicatement possible malgré le sentiment de malaise qui bloquait sa respiration.
- Semper vigilo est une devise écossaise. Ca signifie « toujours vigilant ». Ironie du sort, non ?, pesta Kate en essuyant les larmes qui inondaient à présent son visage déformé par le chagrin.
Andy aurait voulu lui parler du message qu’elle avait trouvé dans sa chambre et de cette inscription qui y figurait aussi. Elle aurait aimé se confier à son tour et recracher ces années de souffrances auprès d’un mari violent qui la malmenait, l’humiliait, l’avilissait, avant qu’elle ne trouve le moyen de s’en délivrer. Lui expliquer comment du rang de victime, elle avait atteint celui de bourreau. Les émotions se bousculaient dans sa tête comme si chacune cherchait à prendre le dessus. La colère, la tristesse, la peur, la culpabilité.
Andy se ressaisit. La tristesse l’avait emporté sur le reste. Kate prit son bras et l’entraîna hors de la chapelle. La lumière du soleil paraissait éblouissante. Andy inspira puis expira profondément pour évacuer l’air vicié qui bloquait ses poumons.
-Je suis désolée, Andy. Je n’aurais pas du…, commença Kate.
-Non Kate. Vous avez bien fait, rassura Andy qui n’avait q’une hâte, quitter l’enceinte de l’abbaye.
-C’est juste que…Vous savez, Caroliane a prévu d’organiser un vernissage au sein de l’abbaye. Une partie des fonds récoltés permettra de financer les travaux de rénovation de la chapelle. Et, bien que nous n’ayons pas retrouvé le corps de Cage, c’est dans cette même chapelle que nous avons célébré une messe en mémoire de notre fils. Il faut que je vous dise que Caroliane et Cage étaient inséparables depuis l’enfance. Je crois qu’ils vivaient une véritable passion. Ce drame l’a bouleversée autant que nous…Caroliane était avec Cage quand il est mort. Elle est restée prostrée toute la nuit au bord des marais avant que sa grand-mère ne se rende compte de son absence et alerte les secours. Nous leur avions interdit de sortir à la nuit tombée mais ils n’ont jamais cessé leurs escapades nocturnes. Jusqu’à ce soir-là.
Andy frémit malgré la présence rassurante de Kate à ses côtés. Le chemin broussailleux qui conduisait au château des Horper lui sembla plus long qu’à l’aller, plus hostile aussi ; le bruissement des feuilles soulevées par la brise ; le craquement des branchages bordant la terre molle ; le ciel obscurci par la danse des busards ; la sensation d’être épiée comme si des yeux restaient en permanence braqués sur elles depuis les zones d’ombre qui s’étendaient comme une haie d’honneur sur leur passage.


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Extrait "Les Marais funèbres" (thriller)





