Voici ma critique de l'ouvrage de Polo :
IL ÉTAIT UNE FOIS LÀ-BAS
Paul Simone
(theBookedition)
Le jour où je suis né, il faisait un soleil superbe.
À 8 heures du matin le 29 janvier 1938, à l’hôpital Mustapha, au champ de Manœuve, un quartier d’Alger !
Eh oui ! c’est là que je suis né !
C’est par ces mots que s’ouvre le récit de Paul De Simone, Polo pour les intimes et amis. Le récit de la vie d’un pied-noir avec, en filigrane, les conflits politiques, écrit, que dis-je conté avec une faconde toute méditerranéenne... Car Polo est un conteur né. Sa prose entièrement dépouillée d'artifice ou de recherche littéraire, ne se lit pas, elle s’écoute.. Et le bougre, il est capable de nous tenir en haleine !
« Il était une fois là bas ! » La voix qui fleure bon la terre algérienne, rocaille, l'emporte comme un torrent monté des tripes. Elle se charge d’une infinie tendresse pour évoquer la grand-mère et le grand-père disparu prématurément, les membres de sa famille, les amis, ces villageois humbles – mais heureux - enracinés harmonieusement avec les autres communautés sur le même lopin de terre. Les anecdotes fusent, la voix se fait espiègle, quand elle évoque, dans une gouaille truculente, les « conneries » des enfants, les jeux, le maître d’école « méchant » et la vengeance de la maman, le premier travail, les bals … Elle se fait nostalgique quand elle se souvient de la splendeur des paysages où chantent les couleurs, le chaos des odeurs du marché et des échoppes, la senteur du jasmin. Et puis la déchirure. Le déracinement, l’exode, l’exil et les lésions morales et affectives dont en Métropole, on n’a pas toujours évalué l’ampleur. Pas de sentimentalisme dans son approche. Polo raconte objectivement son vécu. « Finie la belle vie ! Bonjour la galère ! ». Et c’est justement cette objectivité qui rend ce témoignage si bouleversant. Mais quand il nous livre sa vision historique, la voix tempête, éructe, trépigne et aboie. La révolte explose, le cri monte des tripes de cet écorché vif. Pourtant, même si ses mots peuvent en déranger certains, Polo demeure authentique par la sincérité de son écriture, la fraternité de ses accents. Ses mots sont un hommage aux amours profondes qui le lient à cette terre algérienne déchirée par une guerre meurtrière, qui n’est que le reflet des l’universels combats humains. Parce que la parole, ça se prend, ça se donne, il en a fait son arme. Avec une générosité sans faille, jusque dans ses explosions de colère et son désespoir. Polo, c’est l’image du courage et de la bonté. Quand la voix se tait, le livre se ferme comme une porte sur ce passé qu’il a exorcisé.
Guerre et paix. Polo est maintenant un homme apaisé, entouré de ses petits-enfants, un homme qui, grâce à ses toiles, a ouvert une nouvelle porte : la porte d'un monde de paix.
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