La poésie vire au cénacle dès qu’elle s’interroge sur les nécessités de la forme. Pas notre association, on a parfois débattu de la rime, mais sans jamais décider de bannir quoi que ce soit. Et d’ailleurs on en est arrivé à publier un peu de tout qui touche de près ou de très loin à la poésie déclarée comme telle. Car la poésie, est-ce une forme ? Une telle définition serait très limitative. Et aboutirait à exclure du champ poétique les traductions de poésie étrangère.
En 2005, au salon du livre à Orthez, ces deux-là refusaient de s’adresser la parole, l’un tenant pour la rime et l’autre pour le vers libre et l’assonance. Je leur étais quant à moi totalement inconnu. Quand le premier a saisi l’un de mes recueils pour en savoir plus, il est tombé sur une page de vers libres et a aussitôt reposé l’objet. Le deuxième, me trouvant pour le coup sympathique, s’en est saisi à son tour. Malheureusement, la page où il l’a ouvert était toute en alexandrins — et il a refusé de pousser plus avant son examen. Bon bougre, je leur ai quand même acheté un recueil à chacun, après avoir quand même vérifié que ça pouvait être intéressant.
J’ai toujours été surpris de la résonance de mes propres textes lus à haute voix, prose ou rime. Le vers non rimé me semble moins bien résister à cette épreuve. L’attention qu’il demande pour ne pas s’y perdre… Il est symptomatique d’une civilisation où l’on publie plus qu’on ne récite. Mais la musique peut beaucoup l’aider. Et quand il faut écrire je choisis la forme qui me semble convenir au sujet.
La forme, dont il faut se méfier. Je connais des auteurs dont tous les textes semblent calibrés, comme s’ils s’étaient contentés de remplir un gabarit.
La poésie moderne : beaucoup est illisible. Mais les pensums rimés contemporains de Lamartine ne l’étaient pas moins. La différence, c’est que l’histoire les a engloutis et n’a retenu que le meilleur de la rime du romantisme. La poésie moderne ne peut par définition être sortie du brouhaha où il faut faire le tri, mais ici ou là on arrive à être surpris des bonheurs d’expression.
Et on en vient à se dire que la modernité n’a pas fait que supprimer des contraintes, elle a réellement ouvert de nouvelles voies. Mais comment définir la poésie ? Pour moi, ça ne peut être la musique des mots. La poésie, c’est ce qui résiste à la traduction, et ne peut donc être le rythme, inévitablement sacrifié.




