Le blog thebookedition.comPetit lexique à l'usage des auteurs de romans policiers




#31
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Oui, je vois, Isabelle, que nous sommes bien d'accord sur les BAC et leurs dérives ( il faudrait à ce point revenir sur les contextes politiques de leurs créations, débat qui séparent -il semble à priori- la droite et la gauche française). D'ailleurs, c'est amusant puisque je suis contredis dans mes accusations par le Bacman que je fréquente le plus : un géant de 100 kg de muscles secs, mais dont émane une telle douceur et gentillesse, qu'il a toujours calmé les tensions inévitables dans une salle de muscu fréquentée par tous ce qui fait que les braves gens appellent les bas fonds d'une ville, où quand deux maghrébins ou Tchéchénes chuchotent dans leurs langues ( on doit rassembler une quantité de nationalités d'origines invraisemblables ; un vrai laboratoire de langue ;-)), il y a forcément un Beninois pour croire qu'on se fout de lui ( et je parle pas des périodes de Ramadan ou les nerfs sont à vifs), etc, etc,. L’expérience et le recul dans son cas.

Et il est bien de préciser aussi à l'intention des auteurs de polar : les services très spécialisés, peu connus du grand public car très discret. Par exemple dans mes romans, la police est quasi absente dans la mesure où il s'agit de services agissant de façon cachée, faisant surtout du renseignement dans l'ombre, en l’occurrence : l’Office Central de répression de la Délinquance Itinérante, relayées sur le terrain par les brigades de recherche de gendarmerie.
Le livre L\'épopée nomade

Le livre Les Frères de la Côte

Le livre Le soleil se lève à l\'est

#32
Pseudo : Olivier
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Merci pour ce rappel Annie mais je crois que personne ne pourra m'opposer ce que j'ai dit car c'est une réalité et que mon seul but est de sensibiliser le maximum de monde entre la réalité et l'image fantasmée de la police qui amène souvent des incompréhensions jusque dans le quotidien de mon métier. Je ne pense pas avoir cependant débordé sur mon devoir de réserve. Mais il est raisonnable d'en rester là sur la place publique. J'ai eu le loisir de m'exprimer et pour cela je vous remercie. Merci Novi pour ce débat, initié grâce à Isabelle. Je retourne à l'écriture.
Le livre L\'honneur perdu
Editions Tisselame

#33
Pseudo : Isabelle
forum auto-edition Isabelle
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Bonjour à tous !
Enfin, je prends quelques minutes pour rédiger ce petit article sur les bases techniques. Oh, cela sera très succinct, je compte en fait sur mon collègue de la PTS pour complêter dans la limite du devoir de réserve.
En fait, je mettrais juste quelques mots destiner à casser le mythe des experts.
Déjà, désolée pour le glamour, mais les EXPERTS US (les trois !!!), vous pouvez oublier !!!!
Non, mais, faut pas rêver aussi ! Vous les voyez, avec leurs méga bases de donner où ils ont absolument tout de référencé, les coquillages, les insectes, les pneus de voiture,d e camions, de vélo, les peintures, etc. ? Quand même !
Et les empreintes qu'ils relèvent ? A de rares exceptions près, elles sont parfaites ! Nickel ! Même pas baveuses... Et puis, euh, en France, on a fait de gros progres en matière de scan d'empreintes, mais les ordis ne sont pas capables de vous sortir une fiche en cinq minutes comme à la TV (d'ailleurs, j'ai de gros doutes quant à la réalité de la chose même aux USA).
Déjà, le fichier est dans la banlieue de Lyon, et uniquement là... Enfin, je crois qu'il existe ce qu'on appelle des laboratoires centraux (il doit y en avoir trois, peut-etre 4 en France) et ils ont peut-être un accès direct au fichier des empreintes, mais ça je ne sais pas, j'en doute.
Bref, la base technique locale dans son petit commissariat, quand il veut identifier des empreintes, il les envoie au fichier à Ecully, il me semble que ça se fait par mail maintenant, enfin en transmission numérique en tout cas. Et ensuite, Ecully répond en disant si les empreintes sont connues et si oui avec quel nom, et s'il y a plusieurs identités.
A ce propos, sachez qu'on se modernise et qu'on est passé au scanner pour les empreintes... Bon, non, pas partout, ce n'est pas très fréquent, d'ailleurs, mais ça commence. A la PAF (police aux frontieres), il me semble qu'ils ont des bases pour scanner directement les empreintes, sans plus passer par l'encre et la feuille. C'est ce qu'on appelle la T1, si je ne m'abuse. On trouve aussi la T4 : cela permet de scanner tout de sutie les empreintes prises sur papier et de vérifier qu'elles satisfont aux critères de netteté, avant de les envoyer sous forma numérique au fichier à Ecully.
Bref, pour identifier une empreinte, l'ordi fait un tri global, mais ensuite, c'est à l'oeil humain de faire les comparaisons fiche par fiche.
Une chose importante : il y a plusieurs niveaux "d'experts" en france, et je ne parle pas des concours (agent spécialisé de la PTS, agent technique, et ingénieur), je parle de la base technique locale, du SLPT (euh, oups ! je ne sais plus ce que signifie le sigle...), et je crois qu'il y a encore un ou deux niveaux au dessus. Dans le premier, vous trouverez des policiers de l'active (gardien de la paix, gradé ou ADS) qui ont fait un stage pour être formé aux différentes opérations qu'ils font. De mémoire, je n'ai jamais vu d'agent de PTS purs (donc qui ont passé cette branche de concours bien spécifique) dans les bases techniques locales (dans les ciats). Les bases technique locale, qu'on appelle aussi l'identité judiciaire, va faire les relevés d'empreintes dans les cas de cambriolage, de vol roulotte, ou autres infractions "simples" avec un préjudice modéré ou faible. Ils sont aussi amené à faire des photos, qu'ils constituent en albums, sur leurs différentes constatations. Ce sont eux aussi qui se chargent de signaliser les GAV (prise d'empreinte, de photos, d'ADN souvent maintenant, renseignement du fichier). Ils sont amenés à faires des constates aussi sur des découvertes en matière de cache de stup ou d'arme, par ex.
Le SLPT, lui, va intervenir sur ce même genre de découverte ou de constates, mais en général pour des préjudices plus importants, des faits plus graves, et aussi et surtout s'il doit y avoir des prélèvements ADN (la base technique locale n'a pas le droit de le faire, il me semble).
Dans un SLPT (Service local de Police Technique, je crois), on trouve là encore des policiers de l'active ET des agents spécialisés (y a-t-il des agents techniques ? Je ne sais pas).
Sachez une chose importante : contrairement à ce dont on peut avoir l'impression dans les séries TV (et RIS a véhiculé la même idiotie) : les agents de la PTS, même de l'active, ne font pas les enquêtes ! Et quelle que soit leur qualification judiciaire, ils sont cantonnés au rapport, alors les auditions de mis en cause, vous oubliez.
Par contre, dans RIS justement, les espèces de combinaisons de protection qu'ils utilisent sont authentiques, que je sache. Mais ce n'est pas utilisé n'importe où (déjà pour les bases techniques locales, vous oubliez !). Sans doute sur des scènes de crime, au sens propre du terme, où il est nécessaire de veiller à ne pas polluer la scène de crime par des apports malvenus de l'extérieur.
Sachez aussi qu'un policier a le devoir de veiller à la conservation des traces et indices et qu'une faute de sa part sur ce point peut lui valoir des sanctions internes, mais aussi pénales.
C'est à peu près tout ce que je peux vous dire, le reste de mes connaissances sur le sujet relevant quand même du devoir de réserve.
Je compte sur Charette1796 pour complèter, préciser, voire rectifier les infos, mais vous pouvez aussi trouver quelques vidéos ou documentations intéressantes sur le site de la PP. Si j'ai le temps, je vous mettrais les liens.
bonne soirée à tous !
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#34
Pseudo : Isabelle
forum auto-edition Isabelle
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Messages : 246
Bonjour à tous !
En relisant rapidement mes interventions, je m'aperçois que j'ai négligé un aspect du travail d'enquête qui est pourtant intéressant : l'audition.
Novi avait posté un extrait qui en parlait très bien (et qu'il a supprimé après une fausse manip'), mais je vais essayer d'expliquer, en deux mots trois lignes, ce qu'est une audition.
Tout d'abord, ainsi que vous avez pu le comprendre en filigrane dans les autres posts, on peut entendre (auditionné) une personne qui comparaît libre ou qui se trouve en garde à vue.
Ensuite, la "salle d'interrogatoire" avec la glace sans tain et les micros+caméras qui enregistrent, vous oubliez : ça n'existe pas en France !
Non, l'audition se fait dans le bureau du fonctionnaire, le mis en cause est assis sur une chaise soit sur le côté du bureau soit en face (en fonction de l'aménagement du bureau, eh !) et le fonctionnaire est assis à son poste de travail, en face de son clavier, et tape gentiment ses questions et les réponses de la personne. Bien sûr, rien n'interdit que le fonctionnaire commence son audition en "off", càd qu'il discute avec le MEC, lui pose des questions sur la procédure en cours, pour commencer à tâter le terrain, avant de taper son P.-V.. Ensuite, les questions posées et les réponses faites sont portées au P.-V., bien sûr. En tout cas, c'est souvent comme ça que je procède, car j'ai beau taper sans regarder mon clavier, je ne peux pas me concentrer sur ce que j'écris et sur le comportement du MEC... en risquant de louper des signaux de communication non verbale.
À la fin de l'audition, le P.-V. est imprimé et le MEC est censé le relire (cette mention est d'ailleurs apposée à la fin du P.-V. "après lecture faite personnellement") et le signer. S'il ne sait pas lire, le fonctionnaire doit le lui relire et précise dans sa mention que la lecture a été faite par ses soins et non par la personne en question. Alors, souvent, dans les services, on n'a pas trop le temps de faire relire la personne, surtout quand il y a une GAV en cours et encore des dizaines d'actes à faire, mais il ne faut pas imaginer par là que le fonctionnaire en profite pour gruger et déformer les propos du MEC.
Mais quand vous avez un individu qui se fiche ouvertement de vous, et qui vous répond "je ne sais pas" à toutes vos questions, ou qui vous répond des inepties qui ne tiennent pas la route, franchement, qu'est-ce que vous allez perdre cinq minutes à faire relire alors que l'audition est vide ? Et c'est du vécu !
Pour les auteurs qui souhaitent s'inspirer de la TV pour leurs romans, la seule série qui est plutôt bien faite est "PJ" la série de F2 (mais je crois qu'ils l'ont arrêté) : Je trouve qu'elle tient pluôt pas mal la route.
On peut auditionner auteur, témoin, victime. Les auditions ne sont jamais remises (même à la victime), il n'y a que les plaintes qu'on donne à la victime. Vous vous doutez bien qu'on ne va donner aux gens, même aux témoins, la possibilité de relire leur déclaration avant une deuxième audition pour ne pas risquer qu'ils apprennent par coeur ce qu'ils ont dit pour ne pas se contredire (en cas de témoignage de complaisance, par ex), enfin, moi, c'est mon point de vue.
Et dernier point important : les auditions de mineurs (victime et auteur, il me semble) doivent obligatoirement être filmées. Perso, je n'en ai jamais fait, mais c'est un peu la galère, si j'en crois les échos que j'ai eus.
Encore un point, minime : la police et la gendarmerie utilisent des logiciels bien spécifiques pour rédiger les P.-V., ce ne sont pas des modèles sous un traitement de texte.
Je crois que j'ai donné à peu près toutes les clés pour des romans policiers crédibles, donc je n'ajouterai plus de posts, mais si vous avez des questions, je tâcherai d'y répondre... Dans la limite du devoir de réserve.
Bonne continuation à tous !
Isabelle
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#35
Pseudo : novi
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Amusant ce débat sur la GAV, et me permet de relire des passages de mon premier livre ( L’Épopée Nomade).

Tout se passa bien. Enfin, c'est ce qu'il croyait.
Le mardi matin, à l’aube, le chemin du Bas fut réveillé par un déploiement de gendarmes comme on avait rarement vu. On frappa vigoureusement à la porte de la caravane, et Ludo venu ouvrir en caleçon, se vit violemment repoussé à l’intérieur. Des gendarmes tellement armés et casqués que cela en était presque comique. Il peinait à les prendre au sérieux, les pandores, avec cet air martial qu’affichaient certaines jeunes recrues. Le plus triste, fut, quand l’un d’entre eux, pointa son pistolet mitrailleur sur le lit de la plus petite en lui demandant ce qu’elle cachait sous ses draps.
— Mon nounours, répondit elle avec l’innocence des enfants encore si ignorants de l’envers du décor humanitaire.
La Tine, forte d’un atavisme qui en avait vu d’autres, était calme et Ludo réfléchissait pendant qu’on le menottait maladroitement. Les pandores semblaient encaisser un dépit de plus en plus visible avec la fouille qui ne donnait rien. Il croisa même le regard d’un vieux brigadier que cette perquisition inutile semblait fatiguer. Celui-ci, connaissait ses clients et ne les savaient pas assez stupides pour s’encombrer d’un objet compromettant. Ludo n’ouvrit la bouche qu’une fois dans le fourgon de la gendarmerie ; il était seul et sa nouvelle famille à l’abri. Il demanda ce qu’on lui reprochait et dans la phrase haineuse, pleine de suffisance de celui qui lui répondit, il comprit qu’ils n’avaient pas grand-chose de concret. Il passa le reste du voyage à se préparer mentalement à répondre à un interrogatoire serré.
Puis une porte claqua sur une cellule en béton et il perdit lentement la notion du temps. Ne pouvant dormir à cause du lit en ciment râpeux, il s’efforça de léviter en rêvant éveillé. Lorsque la porte s’ouvrit, la soif, la faim et le froid, avaient fait leur œuvre, apportant cet état vaseux que Ludo avait bien connu lors des longues marches menant au bord de l’épuisement. On le menotta à nouveau et on l’emmena dans un couloir gardé par un planton. Ludo émergea lentement de la langueur provoquée par le froid de la cellule. Une douce chaleur remontait en lui, prenant la forme d’une froide haine qui commençait à l’emplir d’une force intérieure. Il se sentait les idées claires à présent, en phase avec un temps qui ne comptait plus. La force de celui qui a rompu avec l’extérieur, l’impression de voir son destin flotter et, maintenant, celui des pandores, lui paraissait bien étriqué.
À l’effervescence qui régnait dans les couloirs, son cas ne semblait plus à l’ordre du jour. Ludo entendait surtout des éclats de voix, le bourdonnement, d'un bureau à l'autre, des gendarmes à l’air mal réveillés. Ludo affaissa ses épaules, déverrouilla son cou et ses vertèbres, se concentrant pour saisir des bribes de conversations. Il réussit à entendre les mots, fusillades, barrages, Adalé, et surtout le mot, décédé. Son cerveau faisait des efforts intenses pour reconstituer un possible puzzle. Une jolie femme maghrébine sortit d’un bureau en larmes. Elle n’était pas menottée et le gendarme qui la soutenait, était plutôt affable avec elle.
À présent, il en était quasiment certain, sa présence ici relevait de l’affaire des magnétoscopes et il était plus que probable, que le tunisien était mort.

On se souvint enfin de sa présence. Un jeune gendarme mal rasé le fit asseoir devant son bureau. Il le reconnut, comme étant celui du pistolet mitrailleur. Ludo eut alors un sourire intérieur en apercevant l’album photos de famille qui trônait entre l’ordinateur et le téléphone. Il se pencha en avant, feignant une crampe, et constata que le pandore avait, lui aussi, une petite fille. Cela rendit Ludo dubitatif sur cet aspect des choses. L’interrogatoire commença par des banalités administratives, nom du père et de la mère. Ludo en éluda la moitié par ruse et par ignorance. Non, il ne savait pas la date de naissance de ses parents. Non, il ne se souvenait plus du nom de jeune fille de sa mère. Cette ignorance familiale semblait révolter son enquêteur. Un criminologue en herbe, tout juste issu d’une école de gendarmerie, avec, de plus, des théories personnelles sur le profil du délinquant type. Pendant que l'un s'agaçait et l’autre calculait, c’est Ludo qui commença par avoir une petite idée du profil de son interlocuteur. Le gros téléphone gris sonna. À l'attitude du gendarme, Ludo eut soudainement l’intuition que ce dernier n'attendait que ce coup de fil en cette matinée. Ludo ne le quittait plus des yeux et ce qu’il voyait, entendait, était dorénavant transparent. Ce fonctionnaire, avait perdu sa superbe de la veille. Certes, la tenue était moins guerrière, le pull bleu foncé lui donnait l’air d’un simple gardien de prison, au lieu du treillis de la veille qui élargissait la carrure, mais il avait, en plus, des traits tirés qui trahissaient l’angoisse. Sa petite dernière avait été prise de fièvre subite et hospitalisée dans la nuit. Ludo ne ressentit aucune compassion, comparant cet homme avec celui de la veille. Il regardait droit devant lui, glacial. L’autre venait de raccrocher le combiné, hagard, lorsque la porte s’ouvrit à la volée sur un officier qui observa la scène quelques secondes.
— Un problème ?
— Oui, capitaine, d’ordre familial !
— Cela ne va pas mieux ?
— Non, au contraire, fit l’autre de plus en plus livide.
— Allez y, mon vieux, je vous relève.
Ben voyons, se dit Ludo. Le nouvel arrivant semblait plus frais, affichant un air ennuyé de devoir reprendre la procédure. Il téléphona à son tour, échangeant à mots couverts. Puis il le contempla, pensif, avant de sortir machinalement des documents d’un épais dossier. Une photo grand format et un peu floue de Talensac où on l’apercevait face au tunisien.
— Tu vois, pas la peine de nier, lui souffla le poulet !
Ludo cogita à toute allure. Il était quasiment certain que la mort d’Adalé était venue contrarier toute la stratégie policière. Autrement, ils auraient été au bout de leur filature avec un flagrant délit en bonne et due forme à la livraison de la marchandise ; de manière à pouvoir afficher dans la presse, une photo de la prise. Alors, il décida de les prendre à leur propre jeu :
— Nier quoi, capitaine ?
— Que tu ne connais pas le gars sur la photo !
— Vous auriez pu vous économiser tout ce cirque en me posant la question d’entrée de jeu.
— Cet homme est venu me proposer un lot de fringues. Je suis commerçant et il est fréquent que des grossistes ou des vendeurs me contactent. Est-ce illégal ?
— Hum, je suis quand même intéressé par la suite de ta conversation avec lui ?
— Rien, pas intéressé. Je n’ai pas voulu savoir ce qu’il vendait pour ne pas être tenté vu que j’étais déjà fort stocké. Vous pouvez vérifier ma comptabilité.
— C’est déjà fait, répondit le pandore, qu’on sentait dépité.

On voyait bien qu’il n’y croyait plus lui-même. Il soupira et enregistra la déclaration de Ludo. Un autre gradé entra, circonspect. Il interrogea son collègue du regard, puis se tournant vers Ludo :
— On vient d’avoir le magistrat en charge de l’affaire. Il abandonne les poursuites, décès du protagoniste. On n’a rien de tangible contre toi. On va donc te libérer
On lui ôta les menottes immédiatement et il eut même droit à un sandwich avec une bière en boîte. Ce dernier fonctionnaire était relativement sympathique, allant jusqu'à lui confier qu’il faisait régulièrement ses courses à Talensac. Ludo resta sur ses gardes, pensant qu’on cherchait à le tamponner comme on disait. Mais non, il dégustait lui aussi son sandwich, semblant simplement content d’en avoir fini. Il patienta encore une bonne heure, avant qu’on vienne le chercher, non point pour le libérer, mais pour la scène de prise d’empreintes et de photos. La deuxième fois en un an, se dit-il. Pour la seconde fois de l’année aussi, il rejoignit la rue, libre. Il faut dire que la porte de la gendarmerie était pratiquement en face de celle de la maison d’arrêt. Tout en philosophant sur le mince fil qui séparait une libération, d’une incarcération, il refit le même parcours que lors de sa première libération. D’ailleurs pour s’en persuader, il interpella un passant, fort courtoisement, lui demandant la date et l’heure. Un 20 avril 1980 et il était près de 16 heures. Celui-ci ne s’attarda pas ; un détraqué, devait-il penser de lui. Il se fit appeler un taxi du même bar que l’autre fois, et fut déçu de ne pas revoir la même 604. Pour un homme qui croyait en son destin, il en guettait toujours les mêmes signes protecteurs.

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#36
Pseudo : novi
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ET pour finir par une petite histoire marrante ;-)))

C'était un truand de dimension internationale descendu sur Paris à fin d'investir dans quelques affaires immobilières. On était en plein boum "spéculatoire". À Roissy, ses faux-vrais papiers n'avaient été qu'une formalité, et il se rendit dans le café où devait se tenir son rendez-vous avec un agent immobilier un peu marron. Mais un autre fromage l'attendait, celui d'une souricière en place depuis le matin ; simple affaire de faux travellers chéques gérée par une brigade territoriale. Un poulet fût aussitôt persuadé qu'il s'agissait de son homme à cause d'une ressemblance physique, le tout concordant avec des témoignages, ainsi qu'une puce téléphonique provenant d'un même lot du marché noir.

Sitôt arrêté et placé en garde à vue, mais comprenant vite combien l'affaire pouvait être bénigne vis à vis de sa fiche interpol : il reconnut les faits au plus vite, jouant le pauvre type recruté à la dernière minute comme intermédiaire. Il ne tenait point à leur laisser le temps ou l'idée d'investigations supplémentaires. Ce qu'on appelle un bon client pour le fonctionnaire poulet, et pour l'autre fonctionnaire dit d'instruction qui se l'écroua vite fait, bien fait - sont toujours débordés ces gens-là.

6 mois fermes en audience de flagrant délit, on dira, et un détenu modèle en pleine crise de reconstruction : il s'inscrivit au cours, demanda illico une visiteuse assistance sociale à qui il indiqua une vieille cousine oubliée depuis le temps qu'il était SDF. La cousine habitait loin, beaucoup plus loin qu'on l'aurait imaginé, mais délégua néanmoins un avocat qui fournit un emploi, un domicile possible, et cet homme qui parlait cinq langues, mais dont son prof ne tarissait pas d'éloges quant à ses efforts à améliorer son écrit - il a même réalisé un CV, c'est dire si la réinsertion est possible, Msieur le juge d'application des peines !

D'ailleurs, ce matin du 6 Juin : une Mercedes classe S noire attendait au bout de l'avenue, le numéro d'écrou 5600, libéré sous le régime de la conditionnelle.

Un peu plus tard dans les limbes veloutées de nuages clairsemés au dessus de Roissy, tandis que s'estompait le vacarme des réacteurs, le passager AF 2502 du vol Air-France du jour en direction de Caracas, murmura quelque chose d'incompréhensible pour sa voisine de siège, et qui devait se traduire à peu près par "" quel pays de merde, je vais investir ailleurs, c'est plus sûr"".

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#37
Pseudo : Marjorie
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Messages : 16
Bonjour,

J'ai commencé à lire les messages avec beaucoup d’intérêt et je continuerai un peu plus tard (il y en a des infos !), merci à tous pour ces informations.
Je n'écris pas de roman policier, mais c'est toujours intéressant d'en apprendre plus sur le système judiciaire et policier français.

"L'écriture est une occupation solitaire qui accapare votre vie. Dans un certain sens, un écrivain n'a pas de vie propre. Même lorsqu'il est là il n'est pas vraiment là." - Paul Auster

#38
Pseudo : Charette1796
forum auto-edition Charette1796
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Inscrit le : 17/06/2011
Messages : 83
Bonjour à tous,

Comme convenu avec Isabelle, je viens ici pour vous parler un peu de mon quotidien de policier en PTS.
Tout d'abord, je tiens à m'excuser de cette intervention tardive, j'ai en effet été confronté à quelques soucis de la vie et à une surcharge de travail. Bref, me voilà.
J'ai pris le temps de lire vos messages et je me rends compte qu'en effet, il réside dans les esprits une admiration de cette filiale de la police.
Avant toute chose je vais brièvement me présenter. J'ai 41 ans, je suis fonctionnaire de police depuis 1994. Je suis entré dans la police en passant le 1er concours de PTS. J'ai été affecté sur Paris et ensuite j'ai été délocalisé en 1996 sur Ecully, en région lyonnaise. Là, pour des raisons personnelles j'ai souhaité passer le concours de gardien de la paix. Après une scolarité d'un an j'ai été affecté sur Paris en commissariat. Deux ans plus tard, on m'a recruté en SLPT ( service local de police technique) car mon dossier intéressé un patron. Depuis ce temps, j'ai pris du galon, mon ancienneté et mon expérience m'ont propulsé responsable adjoint d'un service où j'occupe aussi la fonction de formateur en PTS (prestige de l'ancienneté !).
Je vais maintenant vous parler de mon quotidien tout en respectant mon droit de réserve.
Avant toute chose, il faut bien comprendre que la PTS est pratiquée par 2 corps de policiers. D'une part il y a les "actifs" (gardien de la paix, brigadier et officiers..) et d'autre part, vous pouvez trouver des "personnels scientifiques" (ASPTS, techniciens et ingénieurs). La différence entre les deux corps réside dans la le recrutement, la formation (il n'y a pas d'école pour les scientifiques) et le salaire !
Lorsque j'ai débuté, j'étais scientifique, j'ai eu la chance de partir à Ecully où l'accent été mis sur la PTS, j'ai pu donc participer à des opérations intéressantes qui ont été au cœur de l'actualité.
Cependant, nous étions au début de la PTS et les moyens utilisés étaient souvent loin de nous convenir.
Nous avions un gros retard à combler vis à vis des autres pays d'Europe et grâce à un effort des dirigeants, nous sommes aujourd'hui un exemple pour de nombreux pays. Malgré tout, nous sommes soumis, comme d'autres, à une volonté de restriction et ceci n'aide pas à faire avancer les enquêtes.
Pour ce qui est de l'activité de la PTS en SLPT ( il y en a 1 par département, voir 2 ou 3 suivant les départements), nous intervenons sur de nombreuses infractions de vols (variés) homicides, petites délinquances, trafics divers, mais aussi sur des accidents importants. Nous réalisons des albums photographiques, des recherches de traces digitales et palmaires et ADN, des autopsies (je ne découpe pas, j'oriente l'enquête !!). Bref, tous les travaux techniques (j'insiste sur le mot technique) pouvant faire avancer l'enquête.
Alors, il est vrai que nous sommes loin des séries TV, mais après tout, elles sont là pour nous distraire et nous faire rêver. En ce qui me concerne, je ne les regarde pas. Je n'ai pas envie de retrouver le boulot à la maison et en plus j’énerve mon entourage par mes critiques. (c'est peut être de la jalousie !).
Non, en fait, la façon de procéder aux USA est totalement différente de la nôtre.
En France, la PTS ne peut pas diriger seule ses affaires (sauf à Ecully, à l'IJ de Paris et chez les gendarmes à Rosny). Par exemple, mon service travaille avec les commissariats de tout le 92 et certains services spécialisés. Nous ne faisons qu'apporter un outil technique à l'enquête en aidant un officier de police judiciaire, qui lui, dirige son affaire en relation avec le parquet.
Quand nous effectuons une comparaison entre un indice, une trace avec un suspect, nous engageons notre expérience au moment de donner le résultat. C'est pour cette raison que nous sommes formés sérieusement par des stages spécifiques.
Par exemple, il m'arrive régulièrement d'être sollicité par un officier pour effectuer une comparaison avec une trace papillaire trouvée sur une scène d'infraction et un auteur interpellé. Quand je donne ma réponse, je dois être sûre de moi, mais en cas de doute, je consulte mes collègues.
Alors, effectivement, comme l'a bien dit Isabelle, nous disposons d'outils pour améliorer notre travail mais la réponse finale est toujours validée par une personne qualifiée, du moins en France.
Je sais qu'aux USA, ils font plus confiance à la machine et qu'ils mènent leurs affaires jusqu’au bout. Mais ils sont formés pour ça et surtout, ils sont recrutés directement en université. On va chercher les meilleurs. Et de ce fait, on est assez loin du beau mec et de la jolie poupée qui dirigent l'enquête (encore de la jalousie !?).
A propos des organisations, il existe en effet des "bases techniques" en commissariat, où des fonctionnaires font un travail de PTS qui ne demande pas trop de technique comme les signalisations des individus, les faits de dégradations divers et certains cambriolages. Il peut y avoir des personnels scientifiques en commissariat, d'ailleurs ceci devient à la mode.
Il existe 3 centres de traitement des empreintes, 1 à Ecully, 1 à Paris et 1 pour nos amis gendarmes à Rosny. On y trouve les fameux FAED (fichier automatisé des empreintes digitales).
Il y a aussi des laboratoires implantés à Paris (x2), Lille, Lyon, Marseille, Toulouse avec qui nous travaillons.
Sachez aussi que nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons, n'oubliez pas que nous sommes la terre des droits de l'homme. Nous sommes soumis à des contrôles de la CNIL par exemple.
Je pourrai encore inonder ce forum mais je vais m'arrêter là et je m'engage à vous donner certaines précisions pour vos écritures, dans la limites de mon droit de réserve.
Pour résumer, je peux me targuer d'avoir vu la naissance de la PTS en France et d'y avoir participé activement. Notre système de travail est particulier et franchouillard mais il fait ses preuves. Nous sommes totalement différents de nos amis américains mais nous n'avons rien à leur envier.
Il est certain que les séries TV restent des divertissements et même si les scénaristes s'inspirent de la réalité, il y a parfois de quoi bien rire. (Non je ne regarde pas !! mais des collègues sont fans et ils me racontent !).
En attendant je vous salue.
A bientôt.

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Le livre Mémoire de Brigande

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