Bonjour à tous,
Comme convenu avec Isabelle, je viens ici pour vous parler un peu de mon quotidien de policier en PTS.
Tout d'abord, je tiens à m'excuser de cette intervention tardive, j'ai en effet été confronté à quelques soucis de la vie et à une surcharge de travail. Bref, me voilà.
J'ai pris le temps de lire vos messages et je me rends compte qu'en effet, il réside dans les esprits une admiration de cette filiale de la police.
Avant toute chose je vais brièvement me présenter. J'ai 41 ans, je suis fonctionnaire de police depuis 1994. Je suis entré dans la police en passant le 1er concours de PTS. J'ai été affecté sur Paris et ensuite j'ai été délocalisé en 1996 sur Ecully, en région lyonnaise. Là, pour des raisons personnelles j'ai souhaité passer le concours de gardien de la paix. Après une scolarité d'un an j'ai été affecté sur Paris en commissariat. Deux ans plus tard, on m'a recruté en SLPT ( service local de police technique) car mon dossier intéressé un patron. Depuis ce temps, j'ai pris du galon, mon ancienneté et mon expérience m'ont propulsé responsable adjoint d'un service où j'occupe aussi la fonction de formateur en PTS (prestige de l'ancienneté !).
Je vais maintenant vous parler de mon quotidien tout en respectant mon droit de réserve.
Avant toute chose, il faut bien comprendre que la PTS est pratiquée par 2 corps de policiers. D'une part il y a les "actifs" (gardien de la paix, brigadier et officiers..) et d'autre part, vous pouvez trouver des "personnels scientifiques" (ASPTS, techniciens et ingénieurs). La différence entre les deux corps réside dans la le recrutement, la formation (il n'y a pas d'école pour les scientifiques) et le salaire !
Lorsque j'ai débuté, j'étais scientifique, j'ai eu la chance de partir à Ecully où l'accent été mis sur la PTS, j'ai pu donc participer à des opérations intéressantes qui ont été au cœur de l'actualité.
Cependant, nous étions au début de la PTS et les moyens utilisés étaient souvent loin de nous convenir.
Nous avions un gros retard à combler vis à vis des autres pays d'Europe et grâce à un effort des dirigeants, nous sommes aujourd'hui un exemple pour de nombreux pays. Malgré tout, nous sommes soumis, comme d'autres, à une volonté de restriction et ceci n'aide pas à faire avancer les enquêtes.
Pour ce qui est de l'activité de la PTS en SLPT ( il y en a 1 par département, voir 2 ou 3 suivant les départements), nous intervenons sur de nombreuses infractions de vols (variés) homicides, petites délinquances, trafics divers, mais aussi sur des accidents importants. Nous réalisons des albums photographiques, des recherches de traces digitales et palmaires et ADN, des autopsies (je ne découpe pas, j'oriente l'enquête !!). Bref, tous les travaux techniques (j'insiste sur le mot technique) pouvant faire avancer l'enquête.
Alors, il est vrai que nous sommes loin des séries TV, mais après tout, elles sont là pour nous distraire et nous faire rêver. En ce qui me concerne, je ne les regarde pas. Je n'ai pas envie de retrouver le boulot à la maison et en plus j’énerve mon entourage par mes critiques. (c'est peut être de la jalousie !).
Non, en fait, la façon de procéder aux USA est totalement différente de la nôtre.
En France, la PTS ne peut pas diriger seule ses affaires (sauf à Ecully, à l'IJ de Paris et chez les gendarmes à Rosny). Par exemple, mon service travaille avec les commissariats de tout le 92 et certains services spécialisés. Nous ne faisons qu'apporter un outil technique à l'enquête en aidant un officier de police judiciaire, qui lui, dirige son affaire en relation avec le parquet.
Quand nous effectuons une comparaison entre un indice, une trace avec un suspect, nous engageons notre expérience au moment de donner le résultat. C'est pour cette raison que nous sommes formés sérieusement par des stages spécifiques.
Par exemple, il m'arrive régulièrement d'être sollicité par un officier pour effectuer une comparaison avec une trace papillaire trouvée sur une scène d'infraction et un auteur interpellé. Quand je donne ma réponse, je dois être sûre de moi, mais en cas de doute, je consulte mes collègues.
Alors, effectivement, comme l'a bien dit Isabelle, nous disposons d'outils pour améliorer notre travail mais la réponse finale est toujours validée par une personne qualifiée, du moins en France.
Je sais qu'aux USA, ils font plus confiance à la machine et qu'ils mènent leurs affaires jusqu’au bout. Mais ils sont formés pour ça et surtout, ils sont recrutés directement en université. On va chercher les meilleurs. Et de ce fait, on est assez loin du beau mec et de la jolie poupée qui dirigent l'enquête (encore de la jalousie !?).
A propos des organisations, il existe en effet des "bases techniques" en commissariat, où des fonctionnaires font un travail de PTS qui ne demande pas trop de technique comme les signalisations des individus, les faits de dégradations divers et certains cambriolages. Il peut y avoir des personnels scientifiques en commissariat, d'ailleurs ceci devient à la mode.
Il existe 3 centres de traitement des empreintes, 1 à Ecully, 1 à Paris et 1 pour nos amis gendarmes à Rosny. On y trouve les fameux FAED (fichier automatisé des empreintes digitales).
Il y a aussi des laboratoires implantés à Paris (x2), Lille, Lyon, Marseille, Toulouse avec qui nous travaillons.
Sachez aussi que nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons, n'oubliez pas que nous sommes la terre des droits de l'homme. Nous sommes soumis à des contrôles de la CNIL par exemple.
Je pourrai encore inonder ce forum mais je vais m'arrêter là et je m'engage à vous donner certaines précisions pour vos écritures, dans la limites de mon droit de réserve.
Pour résumer, je peux me targuer d'avoir vu la naissance de la PTS en France et d'y avoir participé activement. Notre système de travail est particulier et franchouillard mais il fait ses preuves. Nous sommes totalement différents de nos amis américains mais nous n'avons rien à leur envier.
Il est certain que les séries TV restent des divertissements et même si les scénaristes s'inspirent de la réalité, il y a parfois de quoi bien rire. (Non je ne regarde pas !! mais des collègues sont fans et ils me racontent !).
En attendant je vous salue.
A bientôt.





