Tout est politique, et même ceux qui veulent s'en affranchir sont historiquement rattrapés à tous les coups. Battisti est un très médiocre auteur de polar, et dans les milieux autorisés, on sait depuis longtemps qu'il ne fut qu'un égaré dans le terrorisme qu'on lui reproche, que Vargas à force de se chercher des héros pour combler une vie d'auteure somme toute bien bourgeoise, s'est fourvoyée dans cette cause. Elle semble n'y avoir trouvé de plus ni inspiration ni crédibilité. Si cela vous intéresse, j'ai dans mes relations épistolaires quelques amies d'une toute autre trempe. Camille de Vitry par exemple, ma passionara préférée dont le livre ""l'or négre" est tout simplement passionnant. Belle plume en plus, un style en devenir, comme quoi ce n'est pas incompatible : le livre brulot et le beau style.
Moi, je dirai Zola et Flaubert : même combat. On peut se contenter de narrer sur un mode mondain, et être subliminalement subversif, non ?
Pour rebondir sur votre dernier argument concernant la futilité des scénarios actuels. C'est une bombe à retardement, vous savez ! On écrit pas toujours pour le lecteur qui achète le livre au moment présent. Exemple, je fourgue régulièrement de mes bouquins lors de soirées à des gens dont je sais pertinemment que de par leurs profils sociaux, conviction politiques ou morales : ils ne comprendront rien aux histoires que je raconte, que ça les ennuiera vu l"éloignement sociétal ( des histoires de manouches et de grand banditisme, hein, 90% de la population s'en tape complétement, et préfèrera un truc qui fait boum boum, ou une petite intrigue policière bidon). Il y a certes les très bonnes surprises, telle Edmonde (synovie) qui a tout compris sur un sujet dont elle ignorait tout peut-être au départ. Le film ""un prophète"et neuf césars,je suis ému ( écoutez l'interview d'Audiard, politique?).Fuck Tarentino et ses merdes...
Non, on sera jugé un jour longtemps après nos disparitions, par un jeune gars qui choppera ce livre tout jauni chez un bouquiniste, et pourra comprendre avec le recul de l'histoire, certaines composantes de ce qui fit notre époque. Sans doute, confrontera -t-il avec d'autres livres et pourra-t-il ainsi se faire une petite idée autre que celle des livres d'histoires. Exemple,le livre de Rousseau sur la légion étrangère, seul et unique livre décrivant de façon réaliste cette secte militaire,( restent à coté,les livres des officiers à la botte du pouvoir, tissus de conneries hissés à la gloire de l'institution).
C'est très compliqué à ce niveau, car pour reprendre ce débat exemplaire des auteurs de polar de l'après guerre. Deux cas de figure avec Brigneau qui laisse un bouquin illisible pour notre époque : racisme épouvantable, écriture argotique minable, mais dont cependant l'inscription pour comprendre ce qui fit les racines du polar, est importante - valeur historique et pédagogique.
Bastiani, ex-truand notoire, accusé d'avoir torturé, laisse des écrits exempts de toute idéologie, mais flamboyant d'une écriture qui ne peut de par sa beauté, n'avoir ne pas inspiré tout auteur se recommandant du roman noir.
On sera -je suppose- d'accord pour convenir que l'écriture est avant tout une zone grise se passant très bien du noir et du blanc.




