Le blog thebookedition.comTruands"Story




#1
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Si un jour, me reste un peu de temps pour mourir, alors je sifflerai Driftin' pour voir défiler ma vie...( Ecrivain Clandestin)

Il n’y a pas grande chose à faire dans une cour de prison, si ce n’est de fixer le ciel pour tenter de suivre un nuage. Aucune poésie dans l’exercice, quand au fil des jours, des semaines, des mois, des années, par cette étrange fatalité de la fonction qui fait l’organe, les yeux doivent eux aussi chercher à s évader pour continuer à être capable d’atteindre l’horizon. Etrange univers carcéral où bien plus qu’à l’extérieur, la philosophie, le savoir, sont richesses, quant au contraire : le commerce, le travail, ne peuvent enrichir.

Cour des condamnés, corridor ouest, aucun bruit ne filtre et la lumière semble rétrécie. Appuyé au mur du mirador ouest, le maître des livres observe l’ancien et l’ancien regarde le ciel. Promenade de l’après midi et pas de nuages aujourd’hui. Pourtant l’ancien sourit, le regard dans le vide et la tête dans des nuages qui n’existent pas.

Le maître des livres se déplace en souplesse, plus furtif que l’ombre qui oscille dans la diagonale des quatre murs. Tandis qu’il s’accroupit en tailleur, il se demande si l’ancien a senti sa présence soudaine, puis il plisse les yeux en regardant le ciel à son tour. L’ancien sent toutes les vibrations de l’air, même celles de l’intérieur.

Ni les lèvres ni le moindre pli du visage n’ont bougés tandis qu’une voie douce et flûtée a dit :
-Je t’ai amené trois livres, un d’Emma Goldman, et deux avec des couvertures noires, ceux que tu aimes bien.
Seul une imperceptible vibration en forme d’approbation trouble un air trop tiède pour être honnête. Sur la poitrine de l’ancien, quelques grammes d’or dessinent une île.
-Doumé ! Dis moi ton secret ? Qu’est ce qu’il y a dans ce putain de ciel ?
L’ancien a tourné la tête, regardant avec tendresse les doigts posés sur son épaule. D’immenses yeux bleus dans lesquels on pourrait lire toute l’intelligence du monde, et toutes les tempêtes et les naufrages de l’histoire.
-Le secret, quel secret ! Le secret, c’est la vie ! Ce n’est point tant la prison qui enlève tout, mais la vieillesse. Je ne bande plus, donc je ne peux plus baiser. Mes organes sont usés, donc le péché de gourmandise me suiciderait plus vite que ces maudits murs. Je fais bien un peu de sport encore, mais du Yoga pour moins souffrir du dos en me levant le matin. Je suis sans doute devenu un peu sourd, mais ce n’est pas vraiment gênant dans la mesure où je ne parle guère avec personne. Les jeunes ont des illusions que je n’ai plus.
-Pourquoi regardes–tu le ciel alors ?
-Pour ne pas perdre ce qui me reste de vue. Ici, la vision se rétrécit à l’image des murs et peu à peu, l’idée même d’une perspective se perd. Je lis encore un peu, des livres qui me parle de mon époque. Parce qu’un jour petit, c’est tout ce qu’il reste. Plus besoin d’aller au cinéma pour voir des films, je m’assois ici, face à la lumière vraie, et défile dans le bleu ou le gris du ciel, des milliers de films : ceux de ma vie.

En ce début d’après midi d’un été qui s’annonçait incertain pour la société des hommes, Ils restèrent un moment silencieux, le maître des livres et l’ancien. Seul un brigadier les regardait au loin à travers un hublot ; un homme qui ignorait tout de la philosophie, mais se demandait bien ce que ces deux là – le jeune et le vieux- pouvaient comploter comme trafic.

********

Le petit matin éclaire la porte du cercle de jeux, et le maître des livres contemple dubitatif son cigare éteint. Il soupire et le jette d’un moulinet gracieux, puis remonte le col de son pardessus, tout en remontant la rue d’un pas tranquille. Par moment, il esquisse quelques pas de danse et chantonne d’une voie brisée par l’émotion.

I'm drifting and drifting, just like a ship out on the sea.

I'm drifting and drifting, just like a ship out on the sea.

Well I ain't got nobody in this world to care for me.





Le livre L\'épopée nomade

Le livre Les Frères de la Côte

Le livre Le soleil se lève à l\'est

#2
Pseudo : auteur008
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Bonjour,
Comme d'habitude, je me suis laissé emporté par vos phrases, pleine de poésie,de rêve et de réalité. On s'y croirait, et même les bruits extérieurs sont étouffés par ces sublimes lignes. Quel talent! Vous êtes le Hyde et Jekil ( je ne sais pas si c'est la bonne orthographe) de l'écriture.
Cordialement.
auteur008.

#3
Pseudo : novi
forum auto-edition novi
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Merci, l'Auteur

Dans cette manie -cette habitude- d'éparpiller mes fragments de textes ci et là sur le ouébe, comme des graffitis sous l'arche d'un de ces pont qui parsèment nos cités : j'y vois un clin d'oeil respectueux à ce qui est fondateur de l'écrit. Je fais parti de ceux qui pensent que le ouébe est originel et ne peut donc étre propriétaire de qui que ce soit ( vive le hack qui rend vaine la pseudo compétence de l'informaticien) ; qu'il existe pour enregistrer dans sa mémoire gigantesque des parts d'histoires ; internet est le meilleur des coffres forts et la seule clef doit en rester l'intelligence.

Il m'arrive ( le cambrioleur javanais de Manuel Ruiz sur FB) parfois, d'entrer par effraction sur l'un de ces forums dont j'ai été interdit pour de mesquins intérèts commerciaux, et d'y laisser un texte mystérieux que seuls les initiés peuvent décrypter. C'est tellement drôle le pied de nez à la bétise.

Il y a peu, je suis tombé par hasard sur une série amerloque d'une intelligence rare de par sa lecture à plusieurs niveaux - ce qui est carrément surréaliste vu la débilité de leurs séries habituellement. Il s'agissait de Son's of Anarchy, l'histoire feuilletonesque d'un gang de bikers, avec et c'est le plus étonnant, des références profondes aux mythes fondateurs de ces mouvements. Dans un univers ou les gens ne lisent pas ou plus à cause de la décadence en forme de futilité de la littérature ! Il se sont servi du théme du graffiti ,du tag inscrit sur des murs de zones industrielles pour distiller des références à Thoreau et à Emma Goldman.

Je me suis dit devant la pensée de ces gens : comment sans nous connaitre, ni n'avoir la même affinité historique et géographique..., a-t-on pu avoir une telle convergence dans la vision de notre époque, et dans le message à transcrire.

Il y a aussi probablement que je suis un de ces écrivains purement issu du ouébe, et non point du manuscrit papier, et que j'ai besoin d'afficher mes textes sur du support virtuel pour pouvoir les corriger, en apprécier la force ou la futilité. Il y a une fracture sociale en ce moment entre les auteurs de polars estampillés et les clandestins.
Pierre Lemaître vient d"écrire dans son dernier ouvrage à propos du ouébe "" on était sûr d'y trouver tout ce qu'il y a de plus moche et de plus laid dans l'étre humain"" - certes ! je dirai, mais à qui la faute ?
Son roman pour une fois détonne dans l'univers médiocre du polar français en osant aborder un angle social de façon carrée, presque un coté chef d'oeuvre, puis il sombre dans la deuxiéme partie avec une intrigue à la noix, coutumiére de cette génération d'auteurs - à qui la faute ?

DOA vient d'avouer publiquement que FleuveNoir le contraignait à modifier la fin de ses livres - à qui la faute ? ( perso, je ne signerai jamais aucun contrat avec FN, ils éditent de la merde, et je me refuse de figurer dans un catalogue aussi clownesque).

Manotti vient de sortir un éniéme polar nous promettant une critique sociale digne du roman noir, or je n'ai vu que des personnages grotesques et caricaturaux pour le moins, du binaire en noir et blanc.

Vous m'imaginez deux minutes sur un salon, devant discuter entre le fromage et le café avec ces gens-là. Que pourrai-je bien leur dire d'ailleurs puisque nous ne parlons même pas la même langue. Il me semble d'ailleurs qu'Annie non plus ne comprend pas grand-chose dans la démarche. Tant mieux d'ailleurs aussi.

Plus j'avance, plus le concept d'Ecrivain Clandestin me parait s'inscrire dans l'époque avec des mots balbutiants traçés à la peinture rouge sur des murs ( marrant sur FB, on dit un ""mur"" aussi).
Le livre L\'épopée nomade

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