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Inscrit le : 13/05/2008
Messages : 1216
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Si un jour, me reste un peu de temps pour mourir, alors je sifflerai Driftin' pour voir défiler ma vie...( Ecrivain Clandestin)
Il n’y a pas grande chose à faire dans une cour de prison, si ce n’est de fixer le ciel pour tenter de suivre un nuage. Aucune poésie dans l’exercice, quand au fil des jours, des semaines, des mois, des années, par cette étrange fatalité de la fonction qui fait l’organe, les yeux doivent eux aussi chercher à s évader pour continuer à être capable d’atteindre l’horizon. Etrange univers carcéral où bien plus qu’à l’extérieur, la philosophie, le savoir, sont richesses, quant au contraire : le commerce, le travail, ne peuvent enrichir.
Cour des condamnés, corridor ouest, aucun bruit ne filtre et la lumière semble rétrécie. Appuyé au mur du mirador ouest, le maître des livres observe l’ancien et l’ancien regarde le ciel. Promenade de l’après midi et pas de nuages aujourd’hui. Pourtant l’ancien sourit, le regard dans le vide et la tête dans des nuages qui n’existent pas.
Le maître des livres se déplace en souplesse, plus furtif que l’ombre qui oscille dans la diagonale des quatre murs. Tandis qu’il s’accroupit en tailleur, il se demande si l’ancien a senti sa présence soudaine, puis il plisse les yeux en regardant le ciel à son tour. L’ancien sent toutes les vibrations de l’air, même celles de l’intérieur.
Ni les lèvres ni le moindre pli du visage n’ont bougés tandis qu’une voie douce et flûtée a dit :
-Je t’ai amené trois livres, un d’Emma Goldman, et deux avec des couvertures noires, ceux que tu aimes bien.
Seul une imperceptible vibration en forme d’approbation trouble un air trop tiède pour être honnête. Sur la poitrine de l’ancien, quelques grammes d’or dessinent une île.
-Doumé ! Dis moi ton secret ? Qu’est ce qu’il y a dans ce putain de ciel ?
L’ancien a tourné la tête, regardant avec tendresse les doigts posés sur son épaule. D’immenses yeux bleus dans lesquels on pourrait lire toute l’intelligence du monde, et toutes les tempêtes et les naufrages de l’histoire.
-Le secret, quel secret ! Le secret, c’est la vie ! Ce n’est point tant la prison qui enlève tout, mais la vieillesse. Je ne bande plus, donc je ne peux plus baiser. Mes organes sont usés, donc le péché de gourmandise me suiciderait plus vite que ces maudits murs. Je fais bien un peu de sport encore, mais du Yoga pour moins souffrir du dos en me levant le matin. Je suis sans doute devenu un peu sourd, mais ce n’est pas vraiment gênant dans la mesure où je ne parle guère avec personne. Les jeunes ont des illusions que je n’ai plus.
-Pourquoi regardes–tu le ciel alors ?
-Pour ne pas perdre ce qui me reste de vue. Ici, la vision se rétrécit à l’image des murs et peu à peu, l’idée même d’une perspective se perd. Je lis encore un peu, des livres qui me parle de mon époque. Parce qu’un jour petit, c’est tout ce qu’il reste. Plus besoin d’aller au cinéma pour voir des films, je m’assois ici, face à la lumière vraie, et défile dans le bleu ou le gris du ciel, des milliers de films : ceux de ma vie.
En ce début d’après midi d’un été qui s’annonçait incertain pour la société des hommes, Ils restèrent un moment silencieux, le maître des livres et l’ancien. Seul un brigadier les regardait au loin à travers un hublot ; un homme qui ignorait tout de la philosophie, mais se demandait bien ce que ces deux là – le jeune et le vieux- pouvaient comploter comme trafic.
********
Le petit matin éclaire la porte du cercle de jeux, et le maître des livres contemple dubitatif son cigare éteint. Il soupire et le jette d’un moulinet gracieux, puis remonte le col de son pardessus, tout en remontant la rue d’un pas tranquille. Par moment, il esquisse quelques pas de danse et chantonne d’une voie brisée par l’émotion.
I'm drifting and drifting, just like a ship out on the sea.
I'm drifting and drifting, just like a ship out on the sea.
Well I ain't got nobody in this world to care for me.





Il n’y a pas grande chose à faire dans une cour de prison, si ce n’est de fixer le ciel pour tenter de suivre un nuage. Aucune poésie dans l’exercice, quand au fil des jours, des semaines, des mois, des années, par cette étrange fatalité de la fonction qui fait l’organe, les yeux doivent eux aussi chercher à s évader pour continuer à être capable d’atteindre l’horizon. Etrange univers carcéral où bien plus qu’à l’extérieur, la philosophie, le savoir, sont richesses, quant au contraire : le commerce, le travail, ne peuvent enrichir.
Cour des condamnés, corridor ouest, aucun bruit ne filtre et la lumière semble rétrécie. Appuyé au mur du mirador ouest, le maître des livres observe l’ancien et l’ancien regarde le ciel. Promenade de l’après midi et pas de nuages aujourd’hui. Pourtant l’ancien sourit, le regard dans le vide et la tête dans des nuages qui n’existent pas.
Le maître des livres se déplace en souplesse, plus furtif que l’ombre qui oscille dans la diagonale des quatre murs. Tandis qu’il s’accroupit en tailleur, il se demande si l’ancien a senti sa présence soudaine, puis il plisse les yeux en regardant le ciel à son tour. L’ancien sent toutes les vibrations de l’air, même celles de l’intérieur.
Ni les lèvres ni le moindre pli du visage n’ont bougés tandis qu’une voie douce et flûtée a dit :
-Je t’ai amené trois livres, un d’Emma Goldman, et deux avec des couvertures noires, ceux que tu aimes bien.
Seul une imperceptible vibration en forme d’approbation trouble un air trop tiède pour être honnête. Sur la poitrine de l’ancien, quelques grammes d’or dessinent une île.
-Doumé ! Dis moi ton secret ? Qu’est ce qu’il y a dans ce putain de ciel ?
L’ancien a tourné la tête, regardant avec tendresse les doigts posés sur son épaule. D’immenses yeux bleus dans lesquels on pourrait lire toute l’intelligence du monde, et toutes les tempêtes et les naufrages de l’histoire.
-Le secret, quel secret ! Le secret, c’est la vie ! Ce n’est point tant la prison qui enlève tout, mais la vieillesse. Je ne bande plus, donc je ne peux plus baiser. Mes organes sont usés, donc le péché de gourmandise me suiciderait plus vite que ces maudits murs. Je fais bien un peu de sport encore, mais du Yoga pour moins souffrir du dos en me levant le matin. Je suis sans doute devenu un peu sourd, mais ce n’est pas vraiment gênant dans la mesure où je ne parle guère avec personne. Les jeunes ont des illusions que je n’ai plus.
-Pourquoi regardes–tu le ciel alors ?
-Pour ne pas perdre ce qui me reste de vue. Ici, la vision se rétrécit à l’image des murs et peu à peu, l’idée même d’une perspective se perd. Je lis encore un peu, des livres qui me parle de mon époque. Parce qu’un jour petit, c’est tout ce qu’il reste. Plus besoin d’aller au cinéma pour voir des films, je m’assois ici, face à la lumière vraie, et défile dans le bleu ou le gris du ciel, des milliers de films : ceux de ma vie.
En ce début d’après midi d’un été qui s’annonçait incertain pour la société des hommes, Ils restèrent un moment silencieux, le maître des livres et l’ancien. Seul un brigadier les regardait au loin à travers un hublot ; un homme qui ignorait tout de la philosophie, mais se demandait bien ce que ces deux là – le jeune et le vieux- pouvaient comploter comme trafic.
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Le petit matin éclaire la porte du cercle de jeux, et le maître des livres contemple dubitatif son cigare éteint. Il soupire et le jette d’un moulinet gracieux, puis remonte le col de son pardessus, tout en remontant la rue d’un pas tranquille. Par moment, il esquisse quelques pas de danse et chantonne d’une voie brisée par l’émotion.
I'm drifting and drifting, just like a ship out on the sea.
I'm drifting and drifting, just like a ship out on the sea.
Well I ain't got nobody in this world to care for me.




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