Voici un petit extrait de ce livre qui bénéficie d'une nouvelle mise en page...
"Sa première journée avait été remplie de surprises et de moments agréables. Que seraient les jours suivants ? Il ne se coucha pas très tard, il avait passé une partie de la nuit précédente dans le train, et il ne s’était guère reposé. Il soupira d’aise, étendu seul dans ce lit immense et si confortable. Mamie Jenny lui avait conseillé de laisser la fenêtre ouverte :
— Tu verras, c’est si agréable d’être réveillé par le chant des oiseaux !
Il fut, en effet, réveillé par les oiseaux et par une délicieuse odeur de pain grillé. Il n’était que sept heures et pourtant il se sentait en pleine forme. Il retrouva mamie Jenny dans la cuisine qui l’accueillit avec un : « On se fait un bisou ? » Ce qu’il n’aurait pas apprécié la veille, à son arrivée, lui fut bien agréable ce matin-là. Il sentit qu’il faisait vraiment partie de la famille, mamie Jenny ne l’avait pas invité juste pour se glorifier d’une bonne action. Ses vacances pouvaient se poursuivre, il se sentait bien.
Les jours s’écoulèrent avec pour Justin de formidables occasions de découvrir une autre forme de vie. Avec mamie Jenny, tout pouvait arriver ! Elle n’avait pas son pareil pour vous surprendre. Elle partageait chacun de ses instants avec Justin, alors bien sûr, il fut étonné plus d’une fois. Elle fit avec lui les menus pour les semaines à venir. Il devait donner son avis, chercher des recettes originales. Il fouilla ainsi dans tous ses livres de cuisine – n’était-ce pas un moyen détourné de lui faire faire un peu de lecture ? Elle lui apprit les rudiments de la diététique, ils préparèrent des menus équilibrés. Il fit avec elle des tartes, de la confiture, il pleura en épluchant les oignons, il pétrit, avec toute sa force, la pâte à pain. Il apprit à reconnaître les herbes aromatiques, il ramassa les haricots verts, il cueillit les fraises. Il joua les peintres, repeignant le portail, pendant que mamie Jenny ponçait les volets.
Même le ménage, chez mamie Jenny, se faisait dans la bonne humeur. Elle le coiffait, comme elle, d’un foulard multicolore et, ensemble, ils partaient en guerre contre la poussière. Du matin au soir, elle écoutait de la musique, des chansons. Là, pour le ménage, elle choisissait des airs entraînants et chantait à tue-tête, encourageant Justin à l’accompagner. Bientôt, il connut tout un répertoire des années 60.
À la rentrée ses copains le trouveraient changé, c’est évident. Il y avait au fond de lui, comme un grand bonheur qui s’épanouissait, mamie Jenny lui apprenait la vie, tout simplement. Physiquement aussi, il se transformait. Peu à peu, sa peau avait perdu sa pâleur pour devenir dorée, couleur de miel. La vie au grand air lui avait ouvert l’appétit, il s’était développé, ses épaules s’étaient renforcées.
Après les tâches de la maison, mamie Jenny lui fit partager bien d’autres plaisirs. Un jour, ils descendirent vers le torrent, avec tout le nécessaire de peinture. Elle lui installa un chevalet, à côté du sien, et sans recommandation aucune, elle lui tendit un pinceau :
— Tu vas voir, installés au même endroit, nous allons pourtant peindre des toiles très différentes.
— Je ne sais pas peindre, je n’y arriverai pas.
— Ne te laisse pas impressionner. Regarde autour de toi, laisse tes yeux photographier le paysage, laisse tes mains te guider, ne réfléchis pas trop, c’est l’élan naturel qui donne la force et la qualité d’une œuvre. Oui, je dis bien, une œuvre, car quel que soit le résultat ce sera ton œuvre.
Justin s’était concentré, s’était laissé emporter par la beauté de cette nature qui l’entourait. Il s’était pris au jeu, s’amusant à rechercher, sur la palette de couleurs, la teinte exacte du vert des sapins, du bleu du ciel. Demandant des conseils à son professeur, comment, par exemple, retrouver la clarté et la transparence de l’eau ? Mamie Jenny proposait mais n’imposait jamais rien, elle était là pour l’épauler mais en aucun cas pour le diriger. Le temps passa vite et Justin fut surpris de voir tout à coup que le soleil avait disparu, ce n’était plus la même lumière.
— Nous allons rentrer, déclara mamie, tu as vu, la luminosité a changé, nous finirons demain. Sincèrement pour une première toile, je la trouve très réussie. Regarde, tu as bien capté la lumière qui s’infiltrait à travers les feuilles. Tu sais, tu devrais l’envoyer à tes parents lorsqu’elle sera sèche, je suis sûre que cela leur ferait très plaisir.
Car c’était cela aussi mamie Jenny. Elle savait si bien se préoccuper du bonheur des autres ! Plusieurs fois par semaine, elle aidait Justin à écrire et à raconter ses journées. Elle tenait beaucoup à ce qu’une lettre parte tous les deux ou trois jours.
— Tes parents sont sans doute très contents que tu passes ce mois ici, mais tu dois terriblement leur manquer."
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