Pseudo : Laurent64
Localisation : Nantes
Inscrit le : 19/08/2009
Messages : 71
Localisation : Nantes
Inscrit le : 19/08/2009
Messages : 71
Une petite nouvelle de quelques lignes que je viens d’écrire comme ça, pour les auteurs, et lecteurs qui se croisent ici, sur thebookedition.
Marina veut s’enfuir
Marina s’éveilla vers trois heures du matin.
Un léger mal de crâne remplissait les cellules de son cerveau. Elle sentait comme des clous qu’on enfonce sévèrement, au niveau des tempes.
En raison de la chaleur de cette nuit d’été, elle avait laissé la fenêtre et les volets ouverts. La pleine lune projetait sa lueur blafarde dans la pièce, et son regard noisette fixait alors le plafond, où les branches des arbres extérieurs promenaient leurs ombres mouvantes, comme des bras effilés et désarticulés. Elle resta un long moment étendue sur le dos, attendant que la douleur ravageant sa tête finisse par s’atténuer, et elle savait parfaitement à quoi était dû ce mal de crâne épouvantable. La chose était revenue cette nuit, pour s’emparer de son être.
Marina vivait seule.
Pourtant c’était une jolie fille de vingt-sept ans. Du moins c’est ce qu’on lui disait. Elle possédait une longue crinière blonde aux reflets d’or, un teint légèrement bronzé, de jolis yeux s’étirant en amande, un nez fin, une bouche pleine, aussi sucrée qu’une fraise bien mûre qu’on vient de cueillir.
Sa silhouette aguichante attirait les hommes bien sûr, mais à chaque fois ses amours étaient éphémères comme l’existence d’un papillon. Elle les tuait aussi vite que son cœur succombait au charme d’un jeune homme. A chaque fois la chose était intervenue.
Elle connaissait Paul depuis sept jours, mais tout en fixant continuellement les ombres tanguer au-dessus d’elle, elle savait. Elle savait que Paul était mort. Le mal de tête, qui venait de l’éveiller, était un signe irrévocable.
Il était mort. Elle en eut la certitude lorsqu’elle leva sa main droite au-dessus de son regard. Grâce aux reflets de la lune, elle vit ses doigts et sa paume tachés d’un liquide noir et poisseux. Du sang. Le sang de Paul.
Des larmes brillèrent dans ses yeux, les perles roulèrent vers ses tempes douloureuses pour se noyer sur l’oreiller.
Elle reposa lentement la main droite sur son ventre nu, puis tourna légèrement la tête vers la gauche. Oui Paul était mort. Le flingue qui reposait sagement sur la table de nuit, qui la narguait de son orbite sombre du canon, l’informait qu’il y avait trois douilles vides dans son barillet. Les trois balles se trouvaient actuellement dans le cœur de Paul. Elle savait cela aussi.
La chose inconnue et impitoyable l’aimait. Non, elle l’adorait. Dès que Marina faisait la connaissance d’un nouveau jeune homme, et qu’elle venait d’en tomber amoureuse, la chose pointait non nez. Elle sortait de l’ombre alors qu’elle dormait profondément. De sa force maléfique, elle s’emparait de son corps, prenait possession de ses organes, enveloppait ses muscles, ses nerfs. Cette force contrôlait le moindre de ses gestes. La chose la commandait.
La chose balayait son cerveau de toute notion rationnelle. Une immense vapeur brûlante remplissait son crâne, pour lui soumettre une seule idée, un seul acte à commettre. Un crime. Le crime de l’homme dont la chose était jalouse.
Dépourvue de tout sens tangibles, Marina, sous l’emprise de la chose devenait une meurtrière assoiffée de sang. Elle s’emparait alors du revolver que l’être impur avait déposé sur sa table de nuit.
Marina se souvint subitement d’avoir tué Paul. L’arme et le sang sur sa main lui confirmaient qu’elle lui avait bien fait une petite visite pendant la nuit.
Paul lui avait ouvert la porte de son appartement. Une fois dans la chambre, après avoir fait l’amour avec une certaine frénésie, Marina avait trouvé une excuse pour fouiner dans son sac. Elle y récupérait le gros flingue noir. Elle orientait le canon vers le cœur de son amant, pour le pulvériser de trois balles. Puis elle remettait l’arme dans son sac, et la chose à l’intérieur d’elle-même la guidait vers la cuisine, pour s’emparer cette fois d’un couteau. Toujours le plus gros qu’elle trouvait sous la main. Celui possédant une lame la plus tranchante, la plus pointue, la plus aiguisée comme une lame de rasoir.
Alors Marina retournait dans la chambre. La chose pilotait Marina, par l’intermédiaire de son regard en amande. Des yeux devenus deux faisceaux rouges. La chose admirait le corps nu et sans vie de Paul étendu sur le lit. Mais trois balles n’étaient pas suffisantes. Marina s’approchait du lit. La chose guidait sa main crispée sur le manche du couteau pour lacérer le corps de Paul. Encore et encore. Jusqu’à ce que les draps ne soient plus qu’une éponge de sang chaud qui s’égouttèrent sur le parquet laqué, en émettant de petits « floc-floc » interminables.
Marina fixait toujours le trou noir du canon du revolver posé sagement sur la table de chevet. Son regard rempli de larmes ne pouvait plus s’en détacher. Jamais. Tant que la chose l’aimerait, elle n’aurait jamais de compagnon. Cette présence qui s’infiltrait en elle comme un voleur, lui interdisait toute relation avec un homme, et ceci jusqu’à la fin de ses jours, elle en était persuadée. Marina n’en pouvait plus. Elle était à bout de ses larmes. A bout de ses crimes involontaires. Elle était à bout du mal qui lui rongeait le cerveau.
Marina leva de nouveau sa main tachée de sang. Elle la fixait d’un regard de haine. Elle l’étira vers la crosse du revolver. Elle l’empoigna fermement. Elle dirigea le canon vers sa tempe droite, dont la douleur était toujours présente et insoutenable.
Elle pressa lentement la détente.
Le coup partit.
Un seul.
Une seule balle suffit pour lui défoncer la cervelle en une fraction de secondes.
Marina pouvait enfin rejoindre Paul, et vivre avec lui pendant une éternité sans être harcelée par la chose invisible et meurtrière.
Mais la chose, Elle, n’avait peut-être pas dit son dernier mot ?
© Laurent Chaudeler 14 janvier 2010
Marina veut s’enfuir
Marina s’éveilla vers trois heures du matin.
Un léger mal de crâne remplissait les cellules de son cerveau. Elle sentait comme des clous qu’on enfonce sévèrement, au niveau des tempes.
En raison de la chaleur de cette nuit d’été, elle avait laissé la fenêtre et les volets ouverts. La pleine lune projetait sa lueur blafarde dans la pièce, et son regard noisette fixait alors le plafond, où les branches des arbres extérieurs promenaient leurs ombres mouvantes, comme des bras effilés et désarticulés. Elle resta un long moment étendue sur le dos, attendant que la douleur ravageant sa tête finisse par s’atténuer, et elle savait parfaitement à quoi était dû ce mal de crâne épouvantable. La chose était revenue cette nuit, pour s’emparer de son être.
Marina vivait seule.
Pourtant c’était une jolie fille de vingt-sept ans. Du moins c’est ce qu’on lui disait. Elle possédait une longue crinière blonde aux reflets d’or, un teint légèrement bronzé, de jolis yeux s’étirant en amande, un nez fin, une bouche pleine, aussi sucrée qu’une fraise bien mûre qu’on vient de cueillir.
Sa silhouette aguichante attirait les hommes bien sûr, mais à chaque fois ses amours étaient éphémères comme l’existence d’un papillon. Elle les tuait aussi vite que son cœur succombait au charme d’un jeune homme. A chaque fois la chose était intervenue.
Elle connaissait Paul depuis sept jours, mais tout en fixant continuellement les ombres tanguer au-dessus d’elle, elle savait. Elle savait que Paul était mort. Le mal de tête, qui venait de l’éveiller, était un signe irrévocable.
Il était mort. Elle en eut la certitude lorsqu’elle leva sa main droite au-dessus de son regard. Grâce aux reflets de la lune, elle vit ses doigts et sa paume tachés d’un liquide noir et poisseux. Du sang. Le sang de Paul.
Des larmes brillèrent dans ses yeux, les perles roulèrent vers ses tempes douloureuses pour se noyer sur l’oreiller.
Elle reposa lentement la main droite sur son ventre nu, puis tourna légèrement la tête vers la gauche. Oui Paul était mort. Le flingue qui reposait sagement sur la table de nuit, qui la narguait de son orbite sombre du canon, l’informait qu’il y avait trois douilles vides dans son barillet. Les trois balles se trouvaient actuellement dans le cœur de Paul. Elle savait cela aussi.
La chose inconnue et impitoyable l’aimait. Non, elle l’adorait. Dès que Marina faisait la connaissance d’un nouveau jeune homme, et qu’elle venait d’en tomber amoureuse, la chose pointait non nez. Elle sortait de l’ombre alors qu’elle dormait profondément. De sa force maléfique, elle s’emparait de son corps, prenait possession de ses organes, enveloppait ses muscles, ses nerfs. Cette force contrôlait le moindre de ses gestes. La chose la commandait.
La chose balayait son cerveau de toute notion rationnelle. Une immense vapeur brûlante remplissait son crâne, pour lui soumettre une seule idée, un seul acte à commettre. Un crime. Le crime de l’homme dont la chose était jalouse.
Dépourvue de tout sens tangibles, Marina, sous l’emprise de la chose devenait une meurtrière assoiffée de sang. Elle s’emparait alors du revolver que l’être impur avait déposé sur sa table de nuit.
Marina se souvint subitement d’avoir tué Paul. L’arme et le sang sur sa main lui confirmaient qu’elle lui avait bien fait une petite visite pendant la nuit.
Paul lui avait ouvert la porte de son appartement. Une fois dans la chambre, après avoir fait l’amour avec une certaine frénésie, Marina avait trouvé une excuse pour fouiner dans son sac. Elle y récupérait le gros flingue noir. Elle orientait le canon vers le cœur de son amant, pour le pulvériser de trois balles. Puis elle remettait l’arme dans son sac, et la chose à l’intérieur d’elle-même la guidait vers la cuisine, pour s’emparer cette fois d’un couteau. Toujours le plus gros qu’elle trouvait sous la main. Celui possédant une lame la plus tranchante, la plus pointue, la plus aiguisée comme une lame de rasoir.
Alors Marina retournait dans la chambre. La chose pilotait Marina, par l’intermédiaire de son regard en amande. Des yeux devenus deux faisceaux rouges. La chose admirait le corps nu et sans vie de Paul étendu sur le lit. Mais trois balles n’étaient pas suffisantes. Marina s’approchait du lit. La chose guidait sa main crispée sur le manche du couteau pour lacérer le corps de Paul. Encore et encore. Jusqu’à ce que les draps ne soient plus qu’une éponge de sang chaud qui s’égouttèrent sur le parquet laqué, en émettant de petits « floc-floc » interminables.
Marina fixait toujours le trou noir du canon du revolver posé sagement sur la table de chevet. Son regard rempli de larmes ne pouvait plus s’en détacher. Jamais. Tant que la chose l’aimerait, elle n’aurait jamais de compagnon. Cette présence qui s’infiltrait en elle comme un voleur, lui interdisait toute relation avec un homme, et ceci jusqu’à la fin de ses jours, elle en était persuadée. Marina n’en pouvait plus. Elle était à bout de ses larmes. A bout de ses crimes involontaires. Elle était à bout du mal qui lui rongeait le cerveau.
Marina leva de nouveau sa main tachée de sang. Elle la fixait d’un regard de haine. Elle l’étira vers la crosse du revolver. Elle l’empoigna fermement. Elle dirigea le canon vers sa tempe droite, dont la douleur était toujours présente et insoutenable.
Elle pressa lentement la détente.
Le coup partit.
Un seul.
Une seule balle suffit pour lui défoncer la cervelle en une fraction de secondes.
Marina pouvait enfin rejoindre Paul, et vivre avec lui pendant une éternité sans être harcelée par la chose invisible et meurtrière.
Mais la chose, Elle, n’avait peut-être pas dit son dernier mot ?
© Laurent Chaudeler 14 janvier 2010

Une petite nouvelle toute chaude









