Roman d'enfance - très partiellement autobiographique - "Gones des traboules" n'est cependant pas destiné aux enfants. Quelques précisions quant au titre : à Lyon, dans les vieux quartiers, on appelle "traboules" des passages dans les immeubles, reliant une rue à l'autre en cheminant parfois par des cours intérieures. Elles sont fréquemment visitées pour l'architecture des voûtes, les piliers, les puits, les galeries et bien d'autres détails. Les gones sont les enfants (ou les natifs de la ville) dans le parler lyonnais. Pour le reste, je préfère laisser la parole à l'un des premiers lecteurs de ce roman :
"Il est des époques magiques et bénies qui portent en elles leur propre nostalgie sans que nous en ayons vraiment conscience, tant nous ne pouvons imaginer qu'elles ne vont pas durer éternellement. Ce fut le cas des Trente Glorieuses, au beau milieu desquelles se situe l'action de "Gones des traboules".
"Souvenez-vous ! L'ombre tutélaire de De Gaulle planait sur la France, la guerre d'Algérie tirait à sa fin, le plein emploi régnait, les casquettes à l'envers ne faisaient pas encore la loi dans les rues...
"En ce temps-là, les enfants ne mettaient pas de casque pour aller à vélo, se passaient allègrement de l'indispensable téléphone portable et ne parlaient pas à la manière artificielle des présentateurs de télévision, accessoire par ailleurs rarissime à l'époque (et en noir et blanc !) Leur langage était celui de Rabelais, Villon, Céline, bien qu'ils ignorassent totalement ces auteurs. Ce langage que nous sommes nombreux à déguster cru et vert - "couillu" auraient probablement ajouté les petits gones ! - pourvu qu'il soit haut en couleur et pittoresque. Les épées en bois remplaçaient les "pléstécheunes" et les traboules de Lyon constituaient des terrains de plaisirs ludiques autrement plus romantiques et jubilatoires que les jeux vidéo sans âme d'aujourd'hui.
"C'est le grand mérite de Jean-Louis Larochette-Prost de nous faire revivre ces moments privilégiés, à travers les aventures de cette bande de copains à l'insolence à fleur de lèvres, mais à la générosité chevillée au coeur. Nous suivrons donc avec émotion les efforts qu'ils déploient pour distraire leur petite amie atteinte de la poliomyélite tout en souriant de leurs aventures et mésaventures. Les voir en train de faucher dans les magasins nous remettra aussi à l'esprit que nous-mêmes, jadis...
"L'auteur a eu en outre le talent subtil d'imprégner son livre de ce particularisme lyonnais si savoureux, par le choix des termes employés dans les dialogues, dignes de la mère Cottivet qu'aimait tellement le cher San Antonio, probablement le plus célèbre des Lyonnais d'adoption.
"La lecture de ces aventures agira sur le coeur des sexagénaires, mais aussi, n'en doutons pas, des plus jeunes, tout comme la petite musique obsédante de cette superbe chanson de Renaud, "Mistral gagnant", aux paroles qui s'harmonisent si bien avec l'histoire contée par l'auteur :
"Te raconter surtout les carambars d'antan et les cocos boer
"Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres
"Et nous niquaient les dents
"Et les Mistrals gagnants..."
CF.


