Vos commentaires sur le livre "La Lune entre les dents"
Le profil de "Patrick Boutin"
Comme Simone de Beauvoir, je n'ai jamais su tracer un portrait, surtout le mien ; à peine craché, il est ravalé. Voilà ce que je peux en dire pourtant, c'est que faire des vers à 20 ans c'est avoir 20 ans et en faire à 40 c'est être un poète (dixit Francis Carco). Vivant à Paris, marié, 2 enfants, et poète quadragénaire, j'ai le démon de midi, celui de la littérature, un midi que j'aime partager étant claudelien. Est-ce que ma tête dort ? Non, toujours je rêve et sans cesse à l'enfance avec une flèche de douleur dans le cœur : il ne faut pas l'arracher sinon c'est mourir, dit Kierkergaard. « Le sommeil de l'enfance s'achève en oubli », écrit Hugo dans L'homme qui rit, qui rit comme je ris. Mais ma lippe distordue par la joie n'est pas qu'une cicatrice qui boursouffle un visage. C'est la franche rigolade ironique et parfois cynique, mais toujours candide. Si on pense alors à Voltaire, pensons aussi à Flaubert qui trouvait que le texte d'Arouet avait une « conclusion tranquille, bête comme la vie ». Et oui, la vie est bête et il faut faire des bêtises. Je suis né pas très loin de Cambrai d'ailleurs, et près de cette Manche qui borde aussi les rives du pays évangélisé par Maewyn Sucat, ce saint dont Artaud avait la canne, le bâton pour se faire battre. Bon sang ne saurait mentir : dans les veines, un enfant a du lait et de la poudre. Du lait car dans le sang coulent des voies lactées. La poudre pour faire exploser le bon sens dans tous les sens et surtout celui de l'humour. Et il faut en avoir de l'humour pour supporter de fêter son anniversaire le jour de la mort du maître de la déconne, Jean Yanne. Oui, revendiquons le droit de pouvoir mettre un peu de poivre sur les plaies qui piquent, et de mettre notre grain de sel pour appâter les baleines. Car c'est en elles qu'on trouve les pantins de bois, presque de chair mais pas encore. La route est longue, il faut cracher sur son enfance, un peu, quitter la ville natale, crier plus fort que les loups avant qu'ils ne dévorent les grands-mères. Moi, je pleure tous les jours la mienne, qui n'a jamais fait entendre à ses enfants qu'étant de vilains petits canards, ils pouvaient pourtant parler la langue des cygnes...