22 juin

JAC BARRON, Les Cicatrices - Interview






Jac Barron 

Interview de Jac Barron, auteur du thriller Les Cicatrices, juin 2009


Racontez-nous un peu qui est Jac Barron


Je suis un « self made man ». Pour un Français, c’est amusant, mais c’est l’expression qui se rapproche le plus de ma réalité. Tout d’abord, je me nomme bien Jacques Barron, dit Jac Barron. Je suis né dans les Deux-Sèvres. … À douze ans, je lisais « Christine » de Stephen King, « Shining », « Marche ou crève »… À moi, il me semblait que la vie était plus vraie  en dehors des lycées. Je voulais découvrir le monde et les gens grâce à la vie, plutôt qu’à travers les… livres scolaires!! Dès l’âge de 18 ans, je décide de prendre ma vie en main. Mes parents se sont d’abord montrés réticents, ce qui peut se comprendre, mais vu ma détermination, ils ont fini par accepter mon départ. J’ai trouvé un emploi au restaurant Drouant à Paris. Tout en travaillant, je passe en candidat libre et obtiens un CAP de serveur de salle de restaurant. L’autonomie m’enthousiasme. Je  découvre la vie : la sexualité, les galères, les fêtes aussi. Je découvre les films, puis  les romans, de toutes sortes. Je travaille dans l’événementiel, pour les décors de tournages de films publicitaires, puis, après une année d’armée à la Gendarmerie,  je travaille  au  Virgin  sur les Champs-Élysées. Plus tard je rencontre Bertrand Le Page dans un restaurant. C’est un manager très connu qui devient mon meilleur ami. Il est découvreur de talents de cette époque : Axel Bauer, Jackie Quartz, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Il possède aussi l’art d’être hystérique avec un verbe cinglant. Il est fauché, perdu, seul, alcoolique et autodestructeur, un homme qui n’arrive pas à supporter le manque. Je n’oublierai jamais Bertrand. Il croyait que j’étais un chanteur, mais il se rend finalement à une évidence que je connaissais déjà : « Tout ça, Jac, tout ce que tu vis, c’est pour écrire !  Je me suis fait avoir ! » (Et il riait). Au moins, il a compris pourquoi je refusais de chanter! Je commence un atelier d’écriture et je découvre mon désir profond : écrire ! Alors là, tout démarre. Je reprends des études, via le CNED, et obtiens le Bac études section littéraire. J’enchaîne avec des études en criminologie que je poursuis encore. J’écris des nouvelles… que je mets en ligne  sur Internet. Un midi, j’apprends  le suicide de Bertrand Le Page. Il l’a fait symboliquement, un  jour avant la sortie de l’album « Innamoramento » de M. Farmer. Je me sens seul, il me manque beaucoup à cette époque; cependant, paradoxalement je n’arrive pas à  aller à son enterrement en Bretagne. Je n’y suis parvenu que deux ans plus tard. Je continue de travailler, d’écrire… Après une rupture affective, j’entame un travail psychanalytique chez un lacanien et réorganise tout mon désir. J’arrête de fumer, et l’argent que je dépensais pour les cigarettes, je l’investis dans un atelier d’écriture. À la fin d’un contrat bien rémunéré, ayant mis de l’argent de côté, je me suis dit : « Lance-toi,  écris un roman en entier, tu en es capable. » Je rencontre Dominique Devillard qui se propose pour faire les corrections, lectures et relectures de mon travail. Je suis heureux. Le projet de « La Trilogie des Pulsions© » est né. Le roman « Les Cicatrices » est écrit. Je le fais lire à un metteur en scène avec lequel je travaille sur la réécriture de pièces de théâtre, pour  avoir son avis. Puis lui-même le prête à l’actrice Evelyne Bouix qui demande à me rencontrer rapidement… Actuellement, je travaille de nuit sur le  Centre des Relations Clients des Taxis G7, une entreprise très dynamique et saine,  ce qui me laisse le temps en journée pour enquêter, écrire, travailler sur la Trilogie des Pulsions© et autres futurs projets… L’équilibre est stable, vif, très productif avec ces deux métiers.



Votre livre rencontre un franc succès, il n'y a qu’à lire les commentaires de vos lecteurs sur TBE. Comment appréhendez-vous ce succès naissant ? Cela vous met-il la "pression" pour la suite ?


Cela me touche bien  plus que ça ne me met la pression. Cette dernière, je la ressens sans arrêt lorsque j’écris. Je crois avoir été un lecteur et un observateur assidus avant même de devenir écrivain. Je me rappelle certains romans achetés récemment qui commençaient vraiment bien et dont la fin était totalement bâclée, la chute complètement alambiquée… Je me suis juré que je ferais toujours en sorte que ça n’arrive jamais dans mon travail. J’aime soigner les « fins », les chutes. Ce travail est  pour moi aussi important que l’intrigue et le psychisme des personnages. J’aime me surprendre, me faire peur aussi, dans ce que j’écris. Je pars à la découverte. Je laisse faire les personnages, je les laisse évoluer autour d’une intrigue précise. Je suis sincèrement heureux d’avoir réussi le challenge d’écrire « Les Cicatrices », un roman très sombre, mais à la trame  humaine. Une histoire qui traite de beaucoup de sujets dont un certain nombre de tabous. Mais ce qui est encore mieux pour moi, c’est que le roman est lu et apprécié par un nombre grandissant de lectrices et de lecteurs. C’est quelque chose de très intime, de très intense, qui opère en retour de tout mon travail d’écriture. Ça confirme la pertinence de ce que je fais : j’écris tous les jours pour être lu par des lecteurs !!! Je dois le respect à cette alchimie. Ça passe par la  pression de la qualité d’écriture au service d’histoires inattendues, d’images prégnantes, des flips  et sursauts, des dénouements, de la réflexion, du plaisir et des déclics. Il y a un travail et ses conséquences. Si les conséquences ne me conviennent pas, alors il faut que je change ma  façon de travailler ou l’améliorer… Les critiques des  lecteurs sont les meilleurs indices ! Finalement, choisir le métier d’écrire, c’est, implicitement,  accepter les pressions.



Horreur, psychologie fine, enquête… L’effroi et, parallèlement, l’engouement que vous suscitez chez vos lecteurs est considérable, et chaque chapitre rend la lecture de plus en plus oppressante : quelles ont été vos influences ?


Mon influence est plutôt américaine dans la structure d’écriture et la trame du suspense. Dans mon travail, je ne laisse aucun répit pour le lecteur.  L’imaginaire  fiévreux est très développé dans mes romans, il constitue 80% du travail fini. Écrire, ce n’est ni un luxe ni un don, c’est avant tout une sensibilité assumée et énormément de travail, de recherches, de constructions, auxquels s’ajoute une autre activité professionnelle  pour gagner ma vie ! Je suis fan de Dan Simmons. Il est, pour moi, l’écrivain majeur de ce siècle. Son travail est impressionnant, ses histoires des défis permanents. J’aime aussi beaucoup  Poppy Z. Brite, Keith Ablow, Toni Morrison, Stephen King, Clive Barker… et bien d’autres encore ! En France, il n’y a que Jean-Christophe Grangé qui me touche vraiment.  Bien que ses fins de roman soient inégales, j’aime son travail. En France, on ne prête qu’aux auteurs connus. La crise n’épargne pas l’édition, donc cette dernière se rabat davantage sur les auteurs qui vendent, c’est tout à fait normal. Si vous n’êtes pas connu, vous n’êtes pas considéré comme un écrivain, et encore moins comme quelqu’un pour qui une maison va prendre un risque éditorial en cette période difficile. Mon impératif le plus important est mon exigence. Si la lecture de mon roman « Les Cicatrices »  est oppressante, c’est que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour qu’il en soit ainsi. Je voulais une histoire à l’ambiance unique, humaine, qu’on n’oublie pas « comme ça », qui touche, qui dérange et qui nous pousse dans nos retranchements.  Les lecteurs me confirment que j’y ai réussi. C’est un très beau cadeau. Merci à vous !



Est-ce votre premier livre ? Penchez-vous pour une suite ?


« Les Cicatrices » est mon premier roman fini. Il constitue aussi le premier d’une trilogie. Je viens de terminer « Plasma », la suite  directe du roman « Les Cicatrices ». On y retrouve certains personnages, mais on évolue aussi avec des nouveaux. « Plasma » a été plus dur encore à écrire, car c’est un roman « pivot ». Il apporte les réponses restées en suspens dans le premier opus et, en ce sens, « Plasma » termine « Les Cicatrices », mais il raconte aussi une histoire unique, terrifiante, à la lisière du thriller fantastique. La fin de « Plasma » est totalement inédite, elle ouvre les portes pour le troisième volet « Impulsions » que je suis actuellement en train de rédiger. Je travaille également sur un autre projet, à venir  après « La Trilogie des Pulsions© ».



Comment avez-vous appréhendé l’écriture de ce thriller, où chaque chapitre est l’occasion de donner la parole aux différents acteurs de ce scénario ?


Je voulais créer l’empathie chez le lecteur, en même temps qu’un film visuel 16/9ème (rire). C’est très dur de travailler un chapitre en le scénarisant, tout en poussant le lecteur à se mettre dans la peau d’un personnage, et de garder la trame du suspense intact parmi les détails semés par une mise en scène « éclatée ». Parfois le lecteur se trouve à la place d’une femme, d’un homme, d’un monstre sexuel, ou d’une victime… Le lecteur est le témoin unique  d’une histoire aux angles schizophréniques. Toute la Trilogie est écrite en ce sens, au « je ». La lecture est le  ressenti de chacun des personnages. C’est un défi, il me stimule et m’oblige à réajuster mes réflexions, mes propres limites et mon savoir. Je connais beaucoup de spécialistes dans divers domaines psychiques et autres. Je leur confie mes épreuves pour, en retour, savoir si je ne suis pas « tombé » à côté de ce que je voulais dire! Je crois aussi que c’est assez agréable de changer de peau en lisant un roman, de connaître de nombreuses sensations appartenant à des personnages différents. Au bout d’un moment, le lecteur se dit : « Mince, ils ont tous des trucs pas clairs ! (Le sommes-nous tous et toutes ?) Les scènes sont bien là… mais… Qui est réellement dingue parmi eux ? »  Et une fois que le lecteur sait, il remarque qu’il lui  reste 80 pages  encore à lire, et là il se dit : « Ok, je ne suis pas arrivé au bout de mes peines ! » Et selon moi, il a tout à fait raison ! (Rires.)



Comment avez vous fait la découverte de TheBookEdition ? Que pensez-vous de l'autoédition ?


Il est une phrase que j’aime énormément : « Vivre, c’est apprendre à décevoir les autres ». Si vous voulez avancer dans la vôtre, vous devez décevoir certaines personnes de votre entourage, et en ce sens, les aider à accuser le coup. Beaucoup de mes amis et lecteurs sont déçus de ne pas me voir « encore »  à la Fnac . J’ai eu des contacts avec des maisons d’éditions et j’ai envoyé des manuscrits. Une maison d’édition très connue m’a dit que « Tout est vraiment bien écrit, mais que les raisons de la violence ne sont pas expliquées à la fin du roman. » Non, évidemment puisque c’est une trilogie et que tout est dit sur trois romans. Bref, ils n’ont rien voulu savoir d’autre… Et puis il y a les « On vous rappelle ! » des uns, les « On veut tout, tout de suite » des autres… !  Je suis conscient que mon travail peut déranger aussi bien que fasciner. La crise est à prendre en compte aussi. Mais, dans l’édition, on accepte plus facilement la violence quand elle vient des USA. Quand elle arrive de Paris, évoquée par un  écrivain français parfaitement inconnu, c’est une autre histoire. Non, je ne suis pas avocat, ni policier, ni procureur, ni psychiatre, et comme Jac Barron, dans le milieu littéraire c’est avant tout  un personnage du roman de Norman Spirad « Jack Barron et l’éternité », on croit que je n’existe pas vraiment ou que je suis une sorte d’amateur, alors que j’existe bel et bien et que mon travail est tout sauf de l’amateurisme. Mais comme cette violence se passe à Paris, ça broie la distance qu’un lecteur peut avoir avec une histoire qui se déroule à New York. De plus, je parle de pulsions humaines, de sujets sensibles, de cultures différentes, de sexualités et des différentes façons d’aimer ou de haïr quelqu’un. Je parle aussi de la foi sous un angle particulier, ce qui ne plait pas forcément non plus ! Alors, en attendant que les choses se mettent en place, j’ai décidé de faire lire mon travail. Car, en fin de compte, qui fait un éditeur et un écrivain ? Le lecteur !! Sans lui, les deux autres structures ne peuvent tout simplement pas exister ! TheBookEdition est arrivé à point, si j’ose dire, entre ma réflexion et mon besoin de critiques. Entre temps, j’ai rencontré Carinne Castet, dite « K.Station », maquettiste et graphiste  aux talents hallucinants. Elle réalise les couvertures de mes romans en haute définition, car là aussi l’autoédition permet d’être plus créatif. Les premiers lecteurs du site ont eu droit à une couverture représentant des racines, que j’aimais bien. Mais les maquettes de Carinne créent un lien esthétique évident entre les trois romans : son travail est extra. Toutefois, si j’ai l’occasion de revoir ces « romans racines », ça me touchera vraiment. J’espère les dédicacer un jour. J’aimerais bien en rencontrer les lecteurs. Je suis fier d’avoir proposé  mon travail  sur le site TBE. Bon d’accord, il manque le pelliculage de la couverture et les codes barres ISBN (y avez-vous pensé ?), mais c’est un site agréable et idéal pour se faire connaître ainsi que pour avoir un retour des lecteurs. En attendant mon site personnel (un site en construction,  très beau, fait par mon ami Max Garbarini), je trouve que l’autoédition est bien souvent la seule façon de décevoir légèrement son entourage mais aussi de découvrir des lecteurs, de véritables talents nouveaux et, aussi peut-être, permettre la rencontre avec une maison d’édition  plus classique, qui osera prendre un risque avec un auteur qui s’est fait connaître des lecteurs (plus si inconnu que ça, le débutant) via  ce système d’autoédition. C’est toujours moins hasardeux et moins coûteux que d’envoyer des  manuscrits  qui ne seront sans doute jamais lus… ou pire encore : dont on n’aura pas compris qu’il s’agissait d’une trilogie (premier mot écrit en gros quand même sur la couverture !) Ce n’est pas parce qu’une maison d’édition n’ose pas vous publier que vous devez priver les lecteurs de votre travail ! C’est ça qui est génial aujourd’hui ! Cette vérité prend un sens intéressant et totalement productif. C’est toujours plus bénéfique pour le lecteur et son auteur. Inversement, pour ceux et celles qui veulent être écrivains sans passer par la case « travail et critiques », le site de l’autoédition est là aussi pour les aider. La confrontation avec les résultats des « non ventes »  et les « non critiques » sont des indices, quoi qu’on en dise ou pense, c’est une réalité qu’il faut prendre en compte pour la travailler en conséquence et réajuster son  désir d’écrire et d’être lu. Les deux, assumés pleinement, permettent largement de rééquilibrer les déceptions.



Ecrit le 22 juin 2009 à 11h26 dans la rubrique Les interviews
19 mai

La mise en page de votre livre

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Tout ce qu'il vous faut savoir pour rendre impeccable la présentation intérieure de votre ouvrage, sans bavardage ni considérations inutiles. C'est court, c'est concentré, sans prétention, dans un langage concret et accessible à tous, et ça vous fera gagner des années de recherche !

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Ecrit le 19 mai 2009 à 15h19 dans la rubrique Les conseils d'Alain Jamot
6 avr

JC Mornard - l'actualité littéraire d'un auteur de TheBookEdition.com

Jean-Claude Mornard 

Interview de Jean-Claude Mornard, auteur de
- L’archet et la flèche
- Que faisait vraiment Sherlock Holmes ?
- Dernières nouvelles de l'autre monde
- Les couleurs du silence
- Histoires drôlement horribles
- Une étude ardente
- Tranche de mer au bord de la vie
- Nouillorque, Nouillorque

Avril 2009

Intriguée par votre profil qui précise votre animal préféré… pourquoi une lamproie ? Et qu’est-ce donc ?
Une lamproie, c'est une espèce d'affreuse bestiole. Un poisson avec une bouche qui ressemble à une ventouse et qui doit contenir environ sept milliards de dents. On a rarement vu d'animal plus moche et plus antipathique. Mais, allez savoir pourquoi, j'aime le mot. Il y a des mots qui n'ont strictement rien de drôle mais dont la sonorité me fait rire: lamproie, gnou, yak... (Souvent des noms d'animaux, d'ailleurs.) Je suppose qu'un psy pourrait écrire six bouquins et demi sur ce sujet. Mais ça risquerait de ne pas faire un gros succès de librairie.

Que feriez-vous avec les Marx Brother à Casablanca ?
Je suivrai le mouvement. Et comme il est probable que, selon leur habitude, ils foutraient le souk, je foutrais le souk aussi. Et, dans la foulée, j'essayerai de faucher le klaxon de Harpo pour le revendre à un collectionneur fou qui ferait ma fortune.

Plus sérieusement, pourquoi Sherlock vous suit-il à la semelle comme ça ? Qui mène, entre vous deux, votre jeu de piste ?
Sherlock Holmes, c'est une vieille histoire, une fascination qui remonte à l'enfance et qui a été en s'empirant. Le plus drôle, c'est que je ne sais pas expliquer exactement ce qui me fascine...pour certains c'est l'aspect purement policier, pour d'autres c'est le côté scientifique (méthodes d'investigation etc.). Pour moi, je crois que c'est un tout: une atmosphère, une écriture, des personnages hors normes, une époque et un décor particulièrement propices au mystère. Un côté "so british". Du coup, quand, beaucoup plus tard, je me suis mis à fréquenter les milieux holmésiens, j'ai commencé à écrire des pastiches et des parodies (et à dessiner des gags). C'est là que je me suis vraiment rendu compte qu'il existait un potentiel humoristique énorme au niveau des relations Holmes-Watson. Il existe des milliers de parodies, bien sûr mais...ben, j'avoue que je les trouve rarement drôles. Soit, c'est très référentiel, très "private joke" (il faut connaître les aventures de Holmes par cœur pour les apprécier), soit, on retombe toujours sur les mêmes clichés (Watson et Holmes qui couchent ensemble etc.) Attention, je ne permettrais pas dire que c’est mauvais. Juste que ça ne me fait pas souvent rire. Alors, j'ai décidé d'écrire les histoires que j'aurais voulu lire. Mi pastiches, mi parodies. Quant à savoir qui mène le jeu de piste... on est deux. Il est clair que, quand on s'attaque à Sherlock Holmes, il y a une certaine codification des personnages qu'il faut respecter un minimum. Là, c'est l'immense Conan Doyle qui mène le jeu. Et puis, une fois les codes établis mis en place, il faut les égratigner, voire les dynamiter. Et là, bien sûr, c'est moi qui mène le jeu. En essayant que ça soit drôle pour tout le monde et pas seulement pour les spécialistes. Je crois qu'à partir du moment où l'on sait (et tout le monde le sait) que Holmes est détective et qu'il vit avec Watson, on en sait assez pour (peut-être) apprécier mes bêtises holmésiennes. En gros, j'essaye que mes histoires ressemblent très vaguement à ce que Conan Doyle aurait pu écrire (il y a une "vraie" intrigue... dans deux cas sur trois en tout cas) s'il avait vachement abusé du whisky la veille et que Jerôme K. Jerôme avait corrigé sa copie à sa façon. C'est du Conan Doyle souffrant de gueule de bois, quoi.

Avec vous, j’ai le sentiment qu’on pleure plutôt de rire… une façon de vivre ?
En tout cas, j'essaye de ne pas prendre les choses sérieuses trop au sérieux. On peut dire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux. Dire un truc intelligent au beau milieu d'une pyjama party d'anciens prix Nobel, c'est cool. Dire un truc intelligent avec humour au beau milieu d'une pyjama party d'anciens prix Nobel, c'est mieux ! Ceci dit, juste pour le fun, dire un truc con au milieu d'une pyjama party d'anciens prix Nobel, ça ne doit pas être mal non plus. Mais, dans l'ensemble, je ne suis pas vraiment le rigolo de service: aux enterrements, en général, on croit que je suis l'employé des pompes funèbres. Dans les mariages, j'ai l'air tellement sinistre qu'on pense que je suis le marié. Pendant les communions, c'est moi le mec qui essaye d'étrangler l'oncle débiteur de blagues. En fait, je crois que je ne suis pas très sociable. J'envisage les choses avec humour sans être un gros déconneur pouêt-pouêt. Pour ceux qui ont lu mes petites histoires, il y a beaucoup de moi dans le personnage de Marc Saratov. Que dis-je ? Marc Saratov, c'est moi. Et Madame Bovary, c'est Flaubert. Et Zorro, c'est don Diego mais il ne faut pas que ça se sache. Chuuut !

Comment vous diffusez-vous ? Avec tant d’œuvres à votre actif, trouvez-vous facilement votre public ?
Euh... je place des liens, des bannières, par-ci, par-là. Je commande mes propres zœuvres afin de les distribuer à mes potes en leur donnant un bisou sur le front. Mais, il ne faut pas oublier que je n'ai "tant d'œuvres à mon actif" que depuis trois mois. Apparemment, les gens qui lisent mes histoires aiment plutôt ça. Je n'en demande pas plus pour le moment. Bon là-dessus, je ne me plaindrais pas si Saratov devenait une sorte de Bridget Jones au masculin, faisait un tabac, me permettait d'acheter une ile dans le Pacifique (non, plutôt au large de la Norvège vu que je ne supporte pas la chaleur), d'abandonner mon boulot de prof (que j'adore...mais, après vingt ans, on a un peu l'impression de tourner en rond dans une pièce carrée) et toutes ces sortes de choses. Mais, disons que pour le moment, je me contente du plaisir d'écrire. Et du plaisir pris quand on me parle de mes histoires. Même si c'est en comité assez restreint. La bouche à bouche...oups ! Le bouche à oreille finira bien par atterrir dans la bonne bouche...oups! La bonne oreille ! Et si ce n'est pas le cas, ce n'est pas grave. Rien n'est grave, sauf la voix d'Orson Welles. Ce qui me plait, c'est juste de faire ce qui me plait quand ça me plait. Pas de rêve de gloire. Mais, comme je le disais, si mes scribouillages pouvaient me permettre d'envoyer paître certains trucs qui commencent à me peser, je n'aurais rien contre.

Vous aussi, mêlez l’art de la peinture et l’art de la littérature… lequel choisiriez-vous ?
Sans l'ombre d'une hésitation, la peinture. J'adore écrire mais la peinture c'est ma vie depuis près de trente ans (et avant ça, je dessinais déjà... je suis tombé dedans quand j'étais petit, comme Obélix dans la potion magique). C'est un truc qui m'est aussi nécessaire que l'air que je respire. J'écris quand ça me prend mais je ne peux pas rester sans peindre ou dessiner. C'est un besoin physique. Je ne peux pas voir une surface blanche sans barbouiller quelque chose dessus (d'ailleurs je m'habille en noir pour éviter de peindre sur mon t shirt dans un moment d'exaltation!) En fait, si j'écris c'est simplement pour raconter des histoires que la peinture ne me permet pas de raconter. Il y a des choses qui ne peuvent être exprimée qu'avec les mots...la couleur ou le trait sont impuissants à les traduire. Et la réciproque est vrai: il y a des émotions, des sensations, qui ne peuvent pas être exprimées avec des mots mais bien avec la couleur ou le trait. Avant tout, j'ai toujours été un homme d'images. D'ailleurs, même quand j'écris, je crois que le style est très imagé. Bien sûr, il y aurait moyen de concilier les deux... avec la BD, par exemple (surtout à l'heure actuelle, où les approches de la BD sont beaucoup plus variées, moins codifiées, et que certaines planches sont littéralement peintes). Mais, bon...une BD c'est très contraignant: on se met à sa table et on se dit: "Pendant les six prochains mois, voire pendant l'année à venir, je ne vais faire QUE ça." Et là, j'ai du mal. Les projets de longue haleine c'est pas trop mon truc. Je ne suis à l'aise que dans l'urgence: je commence, je finis. D'une traite. Quitte à ne pas dormir, ne pas regarder Derrick et ne pas bouffer pendant deux ou trois jours. En écriture comme en peinture.

Desproges : « On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui."… Qu’en est-il dans notre société actuelle, selon vous ?
On peut toujours rire de tout. A condition d'être enfermé dans les toilettes, seul chez soi, en ayant condamné les portes et bien vérifié qu'il n'y a pas de micros planqués dans les pots de fleurs ou derrières les oreilles des chats. Non, sans rire... je crois qu'on est dans une époque très politiquement correcte. Les humoristes sont de plus en plus gentillets, dès qu’ils lâchent un pet de travers, c'est le procès assuré. Un Desproges ou un Coluche, aujourd'hui, il serait lapidé (là dessus, dans le cas de Coluche, beaucoup de ceux qui crient au génie aujourd'hui sont probablement les mêmes qui s'offusquaient de sa "vulgarité" quand il était en vie.) Aujourd'hui, c'est un peu "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (et, rien à voir avec le film féroce de Jean Yanne !) Bien sûr, il reste des dinosaures qui gardent le cap et tapent là où ça fait mal (l'humour, c'est aussi un moyen de dénoncer ce qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre) mais ils deviennent de plus en plus rare face à l'invasion de petits lapins roses. Là dessus, il y a des petits lapins roses qui me font marrer malgré tout, je ne crache pas dans la soupe. Mais les grands méchants loups, ça devient une denrée rare.

Finalement… « Quelle heure est-il au bord de votre vie ? »
L'heure d'avoir quitté le bord depuis un bail. Là, j'ai de l'eau jusqu'à la taille. Et c'est très bien comme ça. J'ai la chance d'avoir réalisé pas mal des choses que je voulais faire quand j'étais gamin et, l'un dans l'autre, d'avoir toujours plus ou moins fait ce qui me plaisait. L'enseignement artistique m'a permis de mener ma carrière de peintre comme je le voulais... n'étant pas tributaire de la peinture, grâce à mon salaire, pour acheter du cassoulet, j'ai toujours pu faire mes choix en toute liberté, peindre selon mes envies, sans tomber dans le commercial pour pouvoir vivre. Et puis, grâce à des rencontres dans le milieu artistiques (où il y a plein de lamproies mais aussi des chics types), j'ai prêté ma voix à des personnages de dessins animés (autre rêve d'enfance.) Dans un autre genre, j'ai été cowboy dans un ranch pour touristes et je suis devenu un illustrateur connu des amateurs de Sherlock Holmes. Bref, là où beaucoup de gens courent après leurs rêves toute leur vie, j'ai pu en rattraper quelques uns. C'est plutôt cool. Et si j'ajoute que je suis parfaitement heureux avec mon épouse Daniela (peintre également) et mes cinq chats, que demande le peuple ?
Ecrit le 6 avril 2009 à 10h0 dans la rubrique Les interviews
23 mars

Dranéouf, Interview par Julien Falgas de Webcomics.fr

Draneouf Banniere

Interview de Dranéouf, auteur de Wonder Lapin, par JiF - Mars 2009

Bonjour Dranéouf. Afin de mieux te connaître, peux-tu nous dire ce que tu fais de beau lorsque tu ne dessines pas les aventures de Wonder Lapin ?
Bah disons que 8h par jour je me transforme en graphiste-illustrateur dans une boîte de com'. Pub, affiche, journaux, plaquettes… sont mon quotidien. Mais dès que ces journées se terminent, je me transforme en Dranéouf, dessinateur de lapins en costume !

Qui est Wonder Lapin ?
C'est un Super-héros aux grands pouvoirs qui impliquent de grandes responsabilités !… Heu, mhm ! Ok ! Je m'égare ! C'est donc un super-héros qui avec l'aide de ses deux compères (Power-Puceron et Super-Hamster) combat le crime dans la ville de Karot'City (La plupart du temps à cause de l'infâme et stupide Bad-Rabbit !) Qui est-il dans la vraie vie ? Ça reste un mystère, même pour moi ! Je ne lui ai jamais trouvé de nom pour les moments où il se retrouve en civil ! Ça viendra peut-être un jour… mais pour le moment, ça ne gène pas pour l'histoire !

"Quels sont ses pouvoirs" est aussi une question que l'on me pose souvent ! Et là, je m'empresse de répondre : "Je ne sais pas vraiment ! Un jour, il a une super ouïe, l'autre une méga-arme !". Disons que des fois il est plus proche d'un Batman et d'autres fois d'un Superman !

Comment en vient-on à créer des comicstrips avec un héros à grandes oreilles lorsqu'on arrive du milieu du graphisme professionnel ?
Wonder est en fait né en 1999 dans un fanzine de BD, "le Loufoque". Nous étions 5 à gérer ce fanzine et il fallait donc jongler entre l'écriture de scénarii pour les autres et l'écriture et le dessin pour moi ! J'ai donc créé un max de personnages ! Un matin, en panne d'idée, je me suis amusé à dessiner des petits lapins sur une feuille A4… à la fin de la journée la feuille était remplie de plus d'une centaine de lapins, tous avec des expressions ou postures différentes (il est bon de noter qu'à cette époque, j'étais à la l'université et que j'avais cours ce jour-là… mais je n'ai pas vu le temps passer et ai dessiné pendant 8 heures non-stop mes petits lapins, et ce sans manger !)

Ces petits lapins m'ont ensuite donné l'idée de les mettre en place dans une de mes BD pour le fanzine… Et c'est tout bêtement que j'ai créé pour ces lapins un protecteur de la forêt : Super-Lapin (et oui, à l'époque, il s'appelait Super-Lapin et Super-Hamster s'appelait Wonder-Hamster !) Le but de Super-Lapin était donc de combattre Bad-Rabbit et ses Carottes Mutantes.

Puis un jour, le fanzine s'est arrêté… je suis rentré aux Beaux-Arts de Caen, j'ai passé mon diplôme et commencé des tas de BD ! Mais aucune ne me plaisait réellement… J'ai donc décidé de fouiller dans mes archives et ai ressorti de là Wonder-Lapin… J'avais changé entre-temps de style graphique… De l'encre j'étais passé au vectoriel ! Petit à petit j'ai pris plaisir à lui inventer des histoires… et voilà ! tadiiiinnnnnn !

Quelles sont tes influences ?
Mes influences… arf ! Elles sont très vastes… Je citerais forcément en tout premier, Franquin… ensuite je pourrais te citer pleins d'auteurs commeTrondheim, Bertschy, Midam, Arthur de Pins, Larcenet… mais aussi Jean Giraud, Bilal, Loisel… enfin toute cette trempe d'auteurs !Mais il y a aussi et surtout en ce moment tous les auteurs que l'on croise sur des plate-formes comme Webcomics.fr


Tu as déjà plus de 50 strips à ton actif, t'es-tu imposé un rythme de parution particulier ?
En fait, j'en ai toujours en réserve… j'ai commencé par publier quotidiennement mais avec mon taf de graphiste-illustrateur et celui que je pratique en freelance chez moi, j'ai dû freiner le rythme…


Désormais j'essaie de publier 1 à 2 strips par semaine et d'en produire tout autant chaque week-end ! Je suis arrivé d'ailleurs, à ce moment précis, à la moitié du tome 2 !

Tu publies tes strips à la fois sur un blog, deux hébergeurs de BD en ligne (Webcomics.fr et Webamag)... Ne crains-tu pas de te disperser?
Je suis en effet sur Webcomics.fr, Webamag et mon blog (bien évidemment je ne te parle pas des forums !) Mais je ne pense pas me disperser loin de là. Comme je l'expliquais, ce qui me motive, me fait avancer c'est la rencontre avec tous ces auteurs de talents que je peux rencontrer sur ces plate-formes. L'échange est simple, amical, funky ! Chaque jour on découvre de nouveaux auteurs, de nouveaux personnages… On peut même voir des auteurs faire des "crossover"… on retrouve du Wonder chez Rabbit Jacob (http://rabbit-jacob.webcomics.fr/), ou encore en illustration comme celle de Noël réalisée par Crazy_Cat (http://www.webcomics.fr/member/Crazy_Cat) et LeN (http://www.webcomics.fr/member/LeN).


Bref, cela me permet de faire découvrir et de découvrir en même temps… que demander de mieux ! Je vais donc profiter de cette question pour remonter à celle de mes influences en citant d'autres auteurs donc je suis fan : Mac O'Neill (http://www.webcomics.fr/member/Mac_Oneill), Crazy_Cat (http://www.webcomics.fr/member/Crazy_Cat), Monkey-One (http://www.webcomics.fr/member/Monkey-One), LeN (http://www.webcomics.fr/member/LeN), louis16art (http://www.webcomics.fr/member/louis16art) ou encore notre Dr_Folaweb (http://www.webcomics.fr/member/Dr_Folaweb) pour ne citer qu'eux !

Wonder Lapin est aussi disponible sur papier, comment définis-tu le rapport entre cette édition "traditionnelle" et la publication sur Internet ?
Je reste un fou de la BD papier même si le webcomic permet beaucoup de choses ! Lorsque j'ai sorti la version papier du tome 1 de Wonder Lapin, j'ai complètement redécouvert le personnage, l'histoire et les gags… j'ai même ri devant des strips que j'avais fait et vu et revu sur le net !Je pense que maintenant la BD "traditionnelle" a besoin de la publication internet pour exister. Il est clair que le maximum des gens qui ont découvert Wonder, l'ont découvert sur Webcomics.fr ou mon blog. Ils ont ensuite eu envie de se le procurer en papier ! Et on voit très bien maintenant que les auteurs "confirmés" tiennent au courant leurs lecteurs de l'avancée d'une BD grâce à la publication par le net. Il suffit de prendre l'exemple de la désormais très célèbre Pénélope Bagieu (http://www.penelope-jolicoeur.com/) !


Je pense donc que l'édition papier a besoin des plate-formes telles que Webcomics.fr pour exister ! 
 


Tu as sorti le livre Wonder Lapin avec TheBookEdition.com. Deux éditions cohabitent, pourquoi ?
J'ai en effet sorti le premier tome des aventures de Wonder Lapin "100% pur jus de carottes" chez TheBookEdition.com en novembre dernier et plus récemment une édition légèrement différente au mois de janvier. Cette dernière est en réalité une commande d'un revendeur Apple pour en faire cadeau à ses clients (sorte de cadeau publicitaire et original de nouvelle année). Pour cette version Apple, j'ai simplement recréé une couv' personnalisée ainsi que la page préface et quelques strips modifiés pour y incruster des éléments du logo du revendeur ! Cette édition est limitée à 100 exemplaires. Il est même arrivé que certains lecteurs de Wonder Lapin sur le net achètent la version limitée juste pour le plaisir de savoir que peu d'exemplaires sont disponibles !


Un scoop : d'ici mai ou juin le tome 2 "les carottes sont cuites" sera dispo chez TheBookEdition.com…
Ecrit le 23 mars 2009 à 18h6 dans la rubrique Les interviews
25 fév

Dr_Folaweb, Interview par Julien Falgas de Webcomics.fr

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Interview du Dr_Folaweb, auteur de Deo Ignito, par JiF - Mars 2009
Dr_Folaweb sera sur le stand 227 de TheBookEdition.com à la Foire du Livre de Bruxelles jeudi 5 mars de 15h à 19h

Bonjour Pierre Matterne, ou devrais-je dire Dr_Folaweb ?
Oui, je préfère Dr_Folaweb. C'est mon pseudo après tout...

Ton parcours t'a largement préparé à la création de bandes dessinées...
En même temps, ce n'est pas comme si c'était le fait du hasard. J'ai choisi de faire de la bande dessinée :)

Depuis longtemps, je savais que j'aurai un métier dans le dessin artistique, et plus particulièrement, dans la bd. À l'école, je n'arrêtais pas de dessiner avant, pendant et après les cours, mais plus pour passer le temps qu'autre chose. Après mes études secondaires, c'est logiquement que je m’inscris à St-Luc (Bruxelles) dans la section "bandes dessinées". C'est là que je commence véritablement à faire des planches.

Je découvre à Bruxelles beaucoup de nouvelles bds que je ne connaissais pas et dont je ne soupçonnais même pas l'existence, tout un pan de culture à construire.

C'est aussi dans ces années que je découvre Internet et que j'ouvre ma première boite à mail, qui fixe définitivement mon pseudo. J'ouvre une galerie personnelle, et je m'intéresse sans y toucher encore au site Bdamateur.com.

Après St-Luc, je termine trois autres années d'études, en infographie 3D cette fois, parce que cela m'intéressait et que je pensais garder cela comme une sortie possible vers un emploi. Mais ce monde ne m'a pas plu et quelques mois après avoir obtenu le diplôme, je reviens définitivement à la bd.

As-tu des "maîtres" ou des auteurs qui t'ont particulièrement influencé ?
Toutes mes lectures dans mon enfance m'ont influencé, forcément, au moins dans la décision de faire de la bd. J'ai toujours bien aimé en lire et j'en ai toujours eu à portée de la main: il y avait les classiques: Lucky Luke, Astérix, Kid Ordinn, Bob et Bobette, Achille Talon, Tintin, Le concombre masqué, Spirou, Gaston et le Spirou magazine,... mais aussi des bds plus adultes, comme "Les compagnons du crépuscule" et "les passagers du vent" de Bourgeon, la série "Orn" de Patrick Cothias et Olivier Taffin, ou encore "Delirius" de Philippe Druillet et "La foire aux immortels" de Bilal... Celles-la m'ont marqué.

Plus tard, comme beaucoup d'ado, j'ai copié quelques mangas qui me plaisaient ("Gunnm", "Apple Seed", "Dragon Ball"). J'ai même commencé à apprendre un peu le japonais, avant de très vite abandonner: je n'étais pas à ce point fanatique. Arrivé à St-Luc, sur les conseils d'un de mes profs d'atelier, j'ai abandonné cette influence. Avec le recul, je crois que c'était une bonne chose: ça m'a permis de chercher mon propre style plutôt que d'apprendre à copier et reproduire celui des autres.

Cela dit, avec Internet, je ne me suis pas totalement déconnecté du Japon. J'ai conservé longtemps dans mes favoris des listes de liens vers des centaines de galerie d'auteurs, allant parfois très loin dans leurs délires graphiques. Je m'en suis progressivement désintéressé mais j'ai conservé quelques adresses où trouver Guro, Furry et Yiff et je télécharge de temps en temps des scanlations des mangas de Shintaro Kago, Junji Ito et Juan Gotoh.

Ces dernières années, je me suis intéressé également aux comics, et notamment aux dessins de Mignola, d'Adam Huges et d'Humberto Ramos.

Je continue d'acheter des bds, pourvu que j'y trouve quelque chose qui m'intéresse d'un point de vue dessin ou couleur, mais d'aussi loin que je me rappelle, je ne pense pas avoir eu de "maîtres". Cela me manque néanmoins. Je commence à m'en chercher quelques-uns. En ce moment, je lorgne du côté de Moebius, Mignola et de Roger, le dessinateur de la série "Jazz Maynard".

Ton webcomic Deo Ignito (http://deoignito.webcomics.fr) a fêté ses deux ans il y a peu si je ne m'abuse ?
En effet. Le 30 janvier cela faisait deux ans exactement. Tout ce temps déjà !

À l'origine, c'était un "petit" projet, un amuse-bouche avant d'attaquer un autre chantier qui me tenait plus à cœur, mais pour lequel je ne me sentais pas prêt. J'ai donc créé Deo Ignito pour m'entraîner au dessin, à la couleur, à la narration, pour me confronter aux difficultés d'une production autonome sur le long terme.

Puis, presque malgré moi, la bd a pris de l'ampleur. La narration s'est ralentie du fait de la quantité d'informations que je veux donner. L'introduction n'est pas encore terminée après plus de cent pages ! Scénaristiquement parlant, j'ai encore du chemin à faire :)

C'est un drôle de mariage ce style "ligne claire" et l'univers infernal de ton histoire...
Ha bon ? Il y a une règle qui dit que l'enfer ne peut pas être représenté en ligne claire ? Si c'est le cas, je me serais empressé de la transgresser de toute façon :) Ce mariage n'est pas un mariage forcé: l'enfer n'aurait pas pu être autrement conçu et dessiné par moi. Comme tout le monde, j'ai une certaine façon d'être, de faire, qui influence inévitablement mes productions. Si j'avais commencé un webcomics avec une forte exubérance graphique, un dessin trash ou que sais-je, je ne m'y serais pas retrouvé, ce n’aurait pas été moi.

Ce qui frappe à la lecture de Deo Ignito, c'est le côté "feuilleton" : chaque planche hebdomadaire est un micro-événement qui n'en dit pas trop tout en donnant envie d'en savoir plus.
Cet équilibre est nécessaire, vu la longueur du récit et le rythme de publication (une page par semaine). Si le lecteur se lasse après une dizaine de pages, il va voir ailleurs et ne revient plus. L'affirmation selon laquelle une scène doit soit faire avancer l'intrigue, soit en dire plus sur les personnages, est on ne peut plus vraie. Une scène qui n'apporte pas ces informations est inutile, et peut/doit être supprimée ou retravaillée.

Le plus difficile (et ce n'est pourtant pas grand chose) c'est de jongler avec les deux types de lectures possible: un feuilleton à parution régulière, dans lequel on avance peu d'une semaine à l'autre, mais aussi une histoire qui se lit d'une traite, car les archives restent en ligne, disponibles pour une relecture.

J'improvise l'intrigue au fur et à mesure que le récit avance. J'ai un plan général, mais le détail est inventé le jour même de la réalisation de la planche. Ça fonctionne assez bien pour le moment. C'est un peu comme un puzzle: les pièces qu'on a déjà posées servent à en placer de nouvelles et la construction prend quasiment forme d'elle-même. Je dois juste faire l'effort d'ajouter une ou deux pièces chaque semaine.

Aujourd'hui tu exerces le métier de coloriste, pas étonnant lorsqu'on voit la qualité des ambiances colorées de ton webcomic.
En fait, chronologiquement, c'est l'inverse qui s'est produit. J'ai commencé à colorier pour les Humanoïdes Associés avant de me lancer sur Deo Ignito. Du coup, tous les bons conseils des éditeurs ou des auteurs reçus pour les albums coloriés, je les applique aussi pour moi-même. Avec néanmoins moins de zèle: il n'y a pas (encore) d'argent en jeu, je peux me permettre plus de liberté, ou de laxisme. Je pourrais d'ailleurs me permettre plus d'audace aussi.

...Mais tes aspirations sont entièrement tournées vers la BD en ligne, pourquoi ?
Question d'affinité, rien d'idéologique là-dessous: je consomme autant de bandes dessinées en ligne que de bandes dessinées papier, mais je vois des avantages à la bd en ligne que n'offre pas le papier. En tant que lecteur d'abord, c'est la régularité de contenu neuf: il ne faut pas attendre un an ou deux entre deux épisodes. La quasi-gratuité également: inutile d'être fortuné pour découvrir une dizaine de séries dans leur entièreté. En tant qu'auteur ensuite: la proximité avec le lecteur qui peut réagir et influencer directement ou indirectement le récit, ce qui rend la production beaucoup plus "vivante" d'une certaine manière. La bande dessinée papier est; elle, quasiment à sens unique, de l'auteur vers le lecteur. Autre avantage de publier pour l'écran: l'espace colorimétrique est plus large (mais plus aléatoire également puisque le résultat sera différent sur tous les écrans).

Malgré ton affection pour la publication sur Internet, tu as édité les premiers chapitres de Deo Ignito sous forme de recueil...
Comme produit dérivé de la série diffusée sur le net, oui. Le livre est forcément différent. C'est une adaptation. Aucun commentaire, pas d'interaction. Mais il permet de lire l'ensemble de la première partie de DI sans devoir être assis face à un écran. J'aime bien lire des bds au lit. Avec l'ordi, c'est un peu compliqué. C'est un livre souvenir. Une archive durable, mais qu'on pourrait aussi qualifier d'encombrante à l'ère du numérique, où l'acquisition d'un bien n'est plus nécessaire pour apprécier l'œuvre. Mon exemplaire va rejoindre les autres bds qui accumulent patiemment la poussière sur une étagère.
Ecrit le 25 février 2009 à 18h3 dans la rubrique Les interviews
25 fév

TheBookEdition sera au Salon du Livre de Paris !

Porte de Versailles XVème arrondissement, (Pavillon 1), du 13 au 18 mars, retrouvez TheBookEdition.com stand F014 !

A l'heure du numérique, alors que le livre reste le produit le plus vendu en France, il est plus que jamais essentiel de mettre en avant les alternatives aux maisons d'édition traditionnelles.
Depuis octobre 2007, plus de 5000 auteurs nous ont fait confiance, en adoptant le réflexe TheBookEdition : aucun engagement, aucune contrainte, des marges qui vous reviennent intégralement, c'est ça, le choix TheBookEdition.

C'est donc avec joie et honneur que nous vous invitons, si vos disponibilités vous le permettent, à venir faire un tour au coeur du plus Grand Salon du Livre de France, aux côtés de plus de 160 000 visiteurs, pour découvrir les romans d'aujourd'hui et demain, mais aussi pour rencontrer les auteurs qui animent votre communauté TBE.
"Chacun son truc", "La déchéance du futur", "La rue", "Venus a deux visages", "Il parait que la grossesse epanouit", "L'hiver des innocents", "Wolf Racing, un loup en Formule 1", "Eloges photographiques", "Pas possible, dites-vous ?", "Indomptables murmures", "Jean-Jacques Goldman", "Attitude XL", "La maison de l'ombre", "Le Guide de la profession libérale", "Destin du château de Sallegourde"... Ces livres ne vous sont pas inconnus ? Venez rencontrer leurs auteurs !

Aux côtés de l'équipe TheBookEdition.com, il sera expliqué à toutes et à tous comment, de votre chef-d'oeuvre sous format word, vous pouvez sans aucun frais le publier, le faire éditer et le distribuer aux quatre coins de France et Navarre.

Les horaires des journées grand public sont les suivantes :
Vendredi 13 mars 2009 de 9h30 à 20h00
Samedi 14 mars 2009 de 9h30 à 20h00
Dimanche 15 mars 2009 de 9h30 à 20h00
Lundi 16 mars 2009 (journée professionnelle) de 9h30 à 18h30
Mardi 17 mars 2009 de 9h30 à 22h
Mercredi 18 mars 2009 de 9h30 à 17h

Envie de rencontrer un auteur en particulier :

Vendredi 13 mars
9h30 - 15h = Claire Fessart
15h - 20h = Jean-Paul Tortelier
17h - 20h = Jean-Marc Segard

Samedi 14 mars
9h30 - 13h = Jean-Marc Segard / Virginie Nottola
13h - 15h = Alain Jamot / Kerfendal
15h - 17h = Jean-Paul Tortelier / Kerfendal
17h - 20h = Jean-Paul Tortelier / Myriam Laffont

Dimanche 15 mars
9h30 -13h = Jean-Paul Tortelier
11h - 15h = Philippe Parrot
12h - 17h = Kerfendal
15h - 20h = Anne Cossé
17h - 20h = Frédérick Llorens

Lundi 16 mars
13h - 18h30 = Anne Cossé

Mardi 17 mars
11h - 13h = Mycha
11h - 15h = Yannick Boutot
15h - 17h = Armelle Carbonel / Mycha
17h - 22h = Philippe Parrot

Mercredi 18 mars
11h - 13h = Anne Chauvin
13h - 15h =Anne H / Anne Chauvin
15h - 17h = Armelle Carbonel / Anne H

Venez nombreux !



Ecrit le 25 février 2009 à 16h43 dans la rubrique Les nouveautés
25 fév

TheBookEdition à la Foire du Livre de Bruxelles

Du 5 au 9 mars, TheBookEdition.com exposera aux côtés des éditeurs les plus reconnus du monde littéraire belge.

La localisation frontalière de TheBookEdition, dont les locaux sont situés à une centaine de kilomètres de la capitale bruxelloise, a été déterminante dans notre présence à cet événement annuel unique à cette échelle.
En octobre 2007, lors de sa création, TheBookEdition n'escomptait pas toucher un si large public, ni dépasser les frontières françaises. Or, Belges, Algériens, Suisses, Canadiens, (et autres !) se sont peu à peu montrés sur notre site, pour se regrouper au sein d'une communauté francophone unique, amoureuse de notre langue et prête à tous les dépassements de frontières pour publier et être lue.

Aujourd'hui, TheBookEdition est admise à exposer parmi les plus grands : cette légitimité, nous vous la devons, et nous ferons tout pour la mériter en expliquant à chaque visiteur combien vous nous avez aidés à asseoir notre réputation de 1ère plate-forme francophone d'auto-édition.

Pour nous rendre visite lors de la Foire du Livre de Bruxelles, qui se déroulera à Tour & Taxis - Avenue du Port, 86C à Bruxelles
Retrouvez-nous stand 227 aux côtés des auteurs de TheBookEdition :
Jeudi 5 mars
10h - 11h = Claudec
11h - 13h = Quentin Pauluis
13h - 15h = Eugénie Aimée
15h - 19h = Dr_Folaweb

Vendredi 6 mars
10h - 11h = BAC
11h - 13h = BAC / Philippe Vens
13h - 15h = Philippe Vens / Jean Mathias
15h - 17h = Philippe Parrot/ Michel d'Herbigny
17h - 19h = Philippe Parrot/ Alex Pier de Silesie

Samedi 7 mars
10h - 13h = Philippe Parrot
13h - 15h = Ben LH
15h - 17h = Alex Pier de Silesie
17h - 19h = Alain Jamot / Bernard Wasterlin

Dimanche 8 mars
10h - 13h = Virginie Nottola
13h - 17h = Philippe Parrot
17h - 19h = Alain Jamot

Lundi 9 mars
11h - 15h = Jean-Bernard Delbauve
15h - 19h = BAC

Les horaires des journées grand public :
Jeudi 5 mars 2009 de 10h00 à 22h00
Vendredi 6 mars 2009 de 10h00 à 22h00
Samedi 7 mars 2009 de 10h00 à 19h00
Dimanche 8 mars 2009 de 10h00 à 19h00
Lundi 9 mars 2009 de 10h00 à 19h00

A très bientôt !

TheBookEdition.com


Ecrit le 25 février 2009 à 15h34 dans la rubrique Les nouveautés
10 fév

Philippe Parrot, Vénus a deux visages, Interview

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Interview de Philippe Parrot, auteur de Vénus a deux visages, février 2009

Votre ouvrage Vénus a deux visages porte en son cœur les aléas de l’amour, avec toute sa complexité : vos expériences vécues ont-elles guidé cette écriture ?

Le dilemme auquel Nino est confronté correspond certes à une époque de ma vie, mais j'espère avoir réussi à ce que personne ne s'en aperçoive à la lecture du roman. Si l'aventure amoureuse de Nino touche, je voudrais que ce soit parce qu’elle exprime des sentiments dans lesquels les lecteurs se reconnaissent, non parce qu'elle dévoile mes émotions personnelles. Mon objectif est simple. Je veux noyer dans l'épaisseur des personnages et les péripéties d'une histoire ce qui me trahit. A travers l'écriture, je veux transformer un ressenti personnel en une nouvelle émotion qui touche à quelque chose d'universel.Confirmer que mes expériences sentimentales ont contribué à l'écriture de « Vénus a deux visages » m'amène à conclure par une pirouette: « Suis-je parvenu à me faire suffisamment oublier pour que l'aventure de Nino traduise avec justesse les « aléas de l'amour » tels que la plupart des hommes et des femmes les vivent ? Si le livre rencontre au fil des mois des lecteurs toujours plus nombreux, je pourrai peut-être répondre « oui » à cette interrogation.

Vous traitez des sujets rarement associés les uns avec les autres : cirque, enquête, double jeu de l’amour… est-ce pour vous démarquer ?

La construction de « Vénus a deux visages » s'est faite au fil des mois sans qu'il n'y ait jamais de ma part la volonté de me démarquer. Les thèmes qui constituent la trame de l'histoire ont trouvé leur place au cours d'un cheminement qui s'est imposé naturellement. En fait, ce roman est d'abord le fruit de ma rencontre avec un portrait posé derrière la devanture d'un salon de coiffure ! Saisi par la beauté du visage, j'ai réalisé que cette femme était inaccessible parce qu'il y avait, entre elle et moi, la vitrine qui nous séparait. Le personnage de Nelly venait de s'imposer et je n'avais plus qu'à laisser mon imagination vagabonder... Si Nino résout les « aléas de l'amour » en voyageant au-delà du miroir, existe-t-il dans la réalité un lieu ouvert sur le merveilleux où pourrait se produire ce phénomène ? Le cirque ! Si les « aléas de la vie » obligent parfois à emprunter des chemins tortueux, y a-t-il quelqu'un qui pousserait Nino à se révéler à lui-même ? Un détective contrôle bien la vie des autres ! Et voilà Boris Zakowski qui surgit.Lorsque les décors et les personnages furent ainsi plantés, écrire a consisté à me laisser porter par eux. Sans l'avoir vraiment voulu, de nouveaux personnages comme de nouvelles situations se sont imposés qui ne résultaient pas de ma volonté d'aller dans telle direction mais de l'histoire elle-même qui se développait à son rythme. Ce n'était pas moi qui conduisais le récit mais les personnages eux-mêmes qui m'obligeaient à me plier aux vicissitudes de leur existence. Ce n'était pas moi qui faisais surgir les différentes problématiques mais les personnages eux-mêmes prisonniers de leur propre histoire.Si le roman se démarque par la combinaison des thèmes abordés, c'est parce que Boris, Nino, Hannah, Nelly et tous les autres m'ont obligé à aller là où ils se devaient d'aller et non là où je les aurais volontiers emmenés. Au final, en les servant avec constance, ce sont eux qui ont réussi à se démarquer au fil de leurs aventures et de leurs choix.

Comme le découvrira le lecteur, l’intrigue de votre livre Vénus a deux visages contient plus d’un rebondissement : d’où vous vient cette connaissance du monde des jurés, des enquêtes et des procès ?

Bien que cela puisse paraître surprenant, ma connaissance des jurés, des enquêtes et des procès est très superficielle. Je n'ai jamais fréquenté les Palais de Justice, les commissariats ou les prisons. Ce sont les romans que j'ai pu lire ou les films que j'ai pu voir qui m'ont permis de me forger une idée de ce monde particulier. Tous ces détails - dont je ne me suis jamais soucié de savoir s'ils étaient vrais ou non - ne sont là que pour créer une atmosphère. En somme, il s'agit d'éléments glanés au hasard et façonnés à ma façon, uniquement pour mettre en évidence la personnalité de mes héros.  

Pour vous, l’autoédition est-elle un choix volontaire de sortir des chemins battus de l’édition traditionnelle ?

Lorsqu'un écrivain a donné corps à ses différents personnages, mettre un terme à son roman est une étape importante. Le bonheur d'avoir « donné la vie » laisse pourtant sur sa faim. La présence des lecteurs manque pour parachever cette naissance. Les rencontrer est néanmoins une entreprise difficile. Les maisons d'édition traditionnelles qui inscrivent leur ligne éditoriale dans une logique commerciale cherchent à maximiser les profits en minimisant les risques. Or, d'un point de vue financier, le plus grand risque est bien d'éditer un inconnu ! Au nom de la rentabilité, le jeune auteur essuie donc souvent un refus.Reste l'auto-édition. En s'engageant dans cette voie, le romancier sait qu'il ne pourra bénéficier de la logistique des maisons d'édition classiques et qu'il devra endosser tous les rôles. Ce travail qui le transforme en un commercial empiète parfois sur l’écriture. En fait, l'auto-édition témoigne plus de l'opiniâtreté de l'auteur dans son combat pour faire reconnaître son livre que d'une volonté délibérée de sortir des chemins battus. Car, inconsciemment ou non, le rêve de beaucoup d'auteurs est de parcourir la voie royale de l'édition classique.Mais l'avènement d'internet est en train de bouleverser cet équilibre et ces rapports de force. Désormais l'auteur auto-publié sur la toile, au même titre qu'une diffusion dans les librairies, peut espérer, d'une seul coup de clic, bénéficier d'une audience nationale. Et, là où je suis actuellement, sur « Thebookedition.com », je me sens parfaitement à ma place et heureux de participer à cette évolution.

Qu’espérez-vous de l’avenir ?

Je répondrai par une boutade. A priori j'espère beaucoup de l'avenir bien qu'a fortiori je n'en attende strictement rien ! Passé et avenir sont des mots, rien de plus. Si le premier permet de donner une épaisseur à nos vies, en nous aidant à répondre à la question: « Qui suis-je ? », le second permet de leur donner une direction, en nous aidant à répondre à la question: « Que vais-je faire ? ». Ces notions, en donnant du sens à nos existences, masquent pourtant que la seule réalité, c'est l'instant. Et cet instant, nous l'assumons d'autant mieux que nous l'embellissons avec nos souvenirs et que nous le confortons avec nos projets. Moi le premier...J'ai ainsi plusieurs objectifs. Je veux que Vénus a deux visages rencontre son public; je veux terminer la rédaction de mon second roman et faire bien d'autres choses encore. Toutefois, je sais que ces projets personnels, familiaux ou professionnels, même s'ils sont déterminants, sont de fragiles constructions. Ils existent à condition que mon présent demeure. Voilà pourquoi je n'attends rien de l'avenir. Ce « demain » auquel je me fie est une illusion qui voudrait me faire oublier qu'à tout moment la vie peut m'échapper. Je veux donc privilégier le présent. Même s'il est porté par les images que ma mémoire a préservées, même s'il témoigne d'un sens que mon esprit lui a donné, je sais que lui seul existe. Je vis avec lui, en suspens et en sursis, nourri des faux-semblants du passé et des espoirs trompeurs de l'avenir. C'est pourtant une force d'être ainsi ! Prendre conscience de la fragilité de nos existences, c'est ressentir à quel point l'instant présent est un miracle, à quel point c'est une chance d'être là, ici et maintenant.

Vous êtes l’homonyme d’un peintre d’un XIXème siècle : l’art par la peinture est-il semblable, selon vous, à l’art littéraire ? Quelles sont les réelles différences, ainsi que les points communs entre ces deux styles d’expression artistique ?

L'activité artistique permet, à mes yeux, de sublimer deux sentiments. Le premier, c'est l'impression d'être en permanence étranger au monde qui est le sien, comme s'il y avait en soi une blessure qui empêche d'occuper sa place d'homme. Le second, c'est le malaise qui en résulte et qui pousse à espérer autre chose que la vie ne peut offrir. A travers l'art, l'artiste ne cherche pas à échapper à son destin, en se réfugiant dans le labyrinthe de son imagination, mais au contraire à l'accomplir pleinement. Par sa démarche, il cherche à se réconcilier avec le monde pour être en accord avec lui-même et avec les autres. Qu'il s'agisse d'écrire ou de peindre, l'artiste cherche à rebâtir le monde selon un ordre harmonieux et à redonner du sens à un univers qui semble en être dépourvu. En fait, il tente de reconstruire un autre monde à travers le langage universel de l'émotion qui permet une lisibilité immédiate des choses et des êtres. Il y a enfin un désir plus sourd. L'artiste cherche à assouvir son besoin de reconnaissance et d'amour, en s'immisçant dans les esprits et dans les cœurs. Mais, s'il souhaite délivrer sa propre vision du monde, ce n'est pas pour l'imposer mais pour la faire partager dans la communion. Si l'écriture et la peinture expriment ces espoirs et ces enjeux, elles se distinguent sur deux points. L'oeil du peintre saisit les êtres et les choses dans l'espace, en les figeant dans un instant précis, saisi sur la toile. La main de l'écrivain décrit les êtres et les choses dans le temps, en les déployant dans une durée indéterminée, couchée sur le papier. Le peintre immortalise l'espace à travers un angle de vue, l'auteur immortalise le temps à travers un vécu. La peinture est cependant un art plus universel. Comme la musique, elle fait appel à nos sens qui sont des modes de connaissance intuitifs, partagés par tous les hommes. A l'inverse, l'universalité de l'écriture est relative puisqu'elle est tributaire de la langue du romancier, même si la traduction contribue à surmonter ce handicap.

Face à un tel épilogue, on ne peut qu’espérer retrouver votre prose au plus vite… Envisagez-vous de nouvelles publications en 2009 ? Si oui, quels thèmes vous tiennent à cœur ?

Je ne suis pas un auteur qui n'aurait qu'à s'asseoir à son bureau pour que l'inspiration vienne. Mon imagination s'active par périodes, attendant que mes personnages surgissent du néant. Mon rapport aux mots est laborieux et ingrat. Je ne vis pas l'écriture comme une vocation mais comme un travail. Écrire une phrase, assembler des paragraphes, construire des chapitres représentent un exercice de longue haleine, un labeur rendu d'autant plus difficile que je suis perfectionniste. J'aime chercher le mot juste, m'attacher aux décors, travailler mes personnages, bref, ciseler mon texte pour que le lecteur puisse, comme dans un film bien scénarisé, visualiser l'histoire. C'est dire que je ne terminerai pas, en 2009, mon second roman dont la trame générale est pourtant construite. Il me faudra patienter jusqu'en 2010 pour l'achever.Intitulé Âmes errantes et vies perdues, ce second roman rompra avec les thèmes abordés dans Vénus a deux visages. Axé sur l'époque contemporaine, plus précisément sur le génocide cambodgien opéré par les khmers rouges dans les années 1975/1979, il ne s'agira pas de décrypter l'ambiguïté du sentiment amoureux ou d'accorder une place importante au rêve mais de démonter les mécanismes qui permettent, au nom d'un avenir meilleur, de légitimer la violence et d'exterminer un peuple. Dès qu'il s'agit, au nom d'un idéal politique, de gravir un échelon sur l'échelle de la souffrance et de l'humiliation, l'imagination dans la cruauté s'avère sans limites et la déraison dans la monstruosité sans retenue. Ce second roman sera particulièrement sombre puisqu'à travers mes deux personnages principaux, le lecteur découvrira la logique destructrice des régimes totalitaires et la noirceur de l'âme humaine.
Ecrit le 10 février 2009 à 13h32 dans la rubrique Les interviews
26 janv

Festival de la BD d'Angoulême

Du 29 janvier au 2 février a lieu comme tous les ans le prestigieux Festival de la BD d'Angoulême.

Nouvelle preuve que TheBookEdition.com fait des émules... et des heureux ! Pascal Hamel, notre auteur communautaire qui suite aux ventes de sa trilogie "Sonia", " Le Paradis" et "Venu d'ailleurs" nous avait régalé de son somptueux hors-série de ses plus belles dédicaces , "Sonia Dédicace".

Un délice pour les yeux que l'auteur aura le plaisir de présenter au Festival d'Angoulême 2009.Festival BD Angouleme
Ecrit le 26 janvier 2009 à 18h23 dans la rubrique La promotion
2 janv

BONNE ANNEE !!

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Toute l'équipe de TheBookEdition.com est heureuse de vous souhaiter une très belle année 2009.
Puisse t'elle vous apporter, ainsi qu'à vos proches, joie, prospérité, bonheur et inspiration !


Ecrit le 2 janvier 2009 à 10h10 dans la rubrique Les nouveautés