Sylvie Ferrando

LIVRES OUVERTS N° 1

LIVRES OUVERTS
Périodique édité sous la direction de Carole Détain et
Sylvie Ferrando
Livresouverts2015@gmail.com
06

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Reliures : Dos carré collé

Formats : 11x17 cm

Pages : 74

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LIVRES OUVERTS
N°1

Octobre 2015




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Extrait du roman Les Antipodes de Désirée Boillot.

Pour la petite Parisienne accoutumée aux ciels de cendre, prononcer le seul nom de Tahiti revenait à envoyer voleter trois syllabes-papillons au-dessus du Pacifique. Après avoir travaillé durant tout l'été à servir des repas dans le quartier de l'Opéra à des touristes qui ne lésinaient pas sur les pourboires, j'avais réuni la somme pour m'offrir mon aller simple. Trente heures de voyage plus tard, l'avion atterrissait au petit jour, au moment où le soleil se couchait en Europe.
Tout, absolument tout me semblait nouveau, à commencer par les couleurs. Le seul fait de regarder autour de moi suffisait à m'émerveiller. Jamais je n'aurais pu imaginer des levers du jour semblables, où le bleu et le rose se mélangent comme sur une palette de peintre.
En sortant de l'aéroport, une Tahitienne à la peau parfumée me passa autour du cou un collier de fleurs blanches en forme d'étoiles. J'étais la bienvenue dans les îles.
Je pris un bus brinquebalant à destination du centre-ville. Alors que nous roulions, j'apercevais la ligne écumeuse de la barrière de corail marquant la frontière entre le bleu dur de l'océan et le lagon turquoise. Durant le trajet, une femme entre deux âges portant un foulard rouge noué sur le côté de la tête ne cessa de me dévisager. Nous rejoignîmes Papeete une heure plus tard.
J'avais peu dormi durant le vol, la fatigue pesait sur mes paupières. Je déambulais sur le port avec mon sac à dos trop lourd, sans autre intention que celle d'observer les allées et venues des bateaux, lorsque je me fis aborder par un homme aux cheveux blancs. Il devait avoir une soixantaine d'années. Il avait un bon visage débonnaire sous son chapeau de paille enfoncé sur le front. Il portait un tee-shirt usé aux manches sur un bermuda délavé. Un bracelet de fibres végétales ornait son poignet gauche ; ses pieds disparaissaient dans des espadrilles décolorées. Son allure générale me fit penser à ces baroudeurs tannés par le soleil, dégagés de toute préoccupation matérielle, aussi affranchis des contingences qu'attachés au pays qui les a accueillis. Sans doute mon sac à dos et ma peau très pâle avaient-ils attiré son attention.
' Ia ora na' Bienvenue dans les îles du Sud où le vent ne souffle pas toujours dans le bon sens ! Je sais de quoi je parle, croyez-moi. Cela fait plus de trente ans que je vis là' Vous m'avez l'air de débarquer. Je me trompe ?
''
' Allons bon. Une muette. Remarquez, je peux me passer du son de votre voix' Attendez. Laissez-moi deviner... 10 contre 1 que vous venez de l'hexagone.
' C'est cela, fis-je, sortant de ma réserve.
' Et Parisienne, en plus ! J'ai deviné juste ?
' Mais oui.
' Je ne suis pas devin, rassurez-vous, mais j'ai une assez bonne oreille. Et j'ai vécu suffisamment de temps à Paname pour reconnaître l'accent des Parigots.
' Je vois ça'
' Et bien entendu, vous cherchez un point de chute où passer la nuit.
' C'est dans mes projets...
Il me tendit une main calleuse.
' Toine' Votre nom ?
' Arielle.
' Enchanté' Si cela peut vous intéresser, je connais un endroit pas très loin d'ici qui héberge les gens de passage. Vous pouvez y aller de ma part. La patronne s'appelle Ta'ha. Vous vous souviendrez ? Dites-lui simplement que c'est Toine qui vous envoie.
Il tira d'une poche un petit carnet, sortit de l'autre un bout de crayon avec lequel il griffonna un plan approximatif.
' Une petite maison bleue sur un étage, avec une porte en bois, à côté d'une boulangerie. Laissez-vous guider par l'odeur du pain. Vous ne serez pas dépaysée, Ta'ha parle très bien français.
Je bredouillai un remerciement. Il me retint par le bras.
' La vie n'est pas facile, ici. Il suffit de quelques cocotiers, d'une belle plage déserte et c'est parti, le rêve est en marche' La liberté se mérite. Il faut être prêt à faire des sacrifices.
Il plongea la main dans sa besace, en sortit une petite bouteille :
' Prenez cette eau avec vous. La chaleur est forte aujourd'hui.
Je le remerciai.

Les Antipodes (nouvelles), Zonaires, 2015, 230 pages, livre papier 15, commander à contact@zonaires.com ou à desireeboillot@outlook.fr

Nouvelle Impulsions de Mireille Bonnardel.
Auteurs lus dernièrement par M. B. : Jaume Cabré (Confitéor) - Christine Angot (Un amour impossible) - Wirginia Woolf (Orlando) ' Marc Dugain (Avenue des géants) ' Jean-Philippe Toussaint (Fuir) ' Jérôme Ferrari (Où j'ai laissé mon âme) ' Michel Tournier (La goutte d'Or)
Résonance littéraire de Impulsions (Carole Détain) : J. Joyce

Je dépose ou ne dépose pas ses étrennes à la concierge ? Mais où est-elle encore passée ? Que fait la poubelle devant la porte cochère ? Et si je faisais l'impasse sur sa gratification de fin d'année ? Nous allons lui verser trente-trois mille euros d'indemnités pour son départ à la retraite, n'est-ce pas suffisant ? Un appel ? Déjà ? Et si je laissais sonner ? Pourquoi n'ai-je pas encore modifié cette sonnerie métallique qui heurte mes oreilles à huit heures du matin ? Et ce sac en chevreau rouge ? Pourquoi l'ai-je acheté alors qu'il ne possède pas de poche pour mon portable ? Où s'est-il encore glissé celui-là ? Si tonton Max m'appelle, me listant pour la énième fois les désagréments des verres progressifs que je lui ai prescrits, vais-je enfin le diriger vers un confrère ophtalmo ?

Allô Camille ? Pourquoi t'es toute stressée ? Parce que t'as des phobies d'impulsion ? C'est quoi ça ? Une crainte obsédante de tuer ? T'en as parlé avec ton thérapeute ?
Mais qui as-tu peur de tuer grand Dieu ? Ton chat persan ?

Que se passe-t-il ? Mon précieux téléphone a-t-il des ailes pour se retrouver avec la soudaineté d'un éclair et l'agilité d'une hirondelle dans les mains de ce jeune homme qui court devant moi sur le trottoir ? Que fait ce monsieur qui arrive en sens inverse ? Est-il fou de jouer au preux chevalier, avec son costume noir des grands jours et son écharpe blanche en tentant de barrer la route à mon pickpocket ? Il veut se faire renverser ? Se retrouver à l'hôpital avec un col du fémur cassé ? Comment est-ce possible que mon voleur l'esquive en prenant appui d'une seule main sur le capot d'une voiture, garée le long de la chaussée, pour voltiger par-dessus et s'enfuir dans la rue ? Est-ce un rappeur ce mec ? Se prend-il pour le caïd de la bande des quatre gars plantés à côté de moi qui se réjouissent sans vergogne de la scène et de mon infortune ?
- Votre pote me vole mon portable, mes contacts, et vous restez figés sur place à rigoler sans retenue ? Comment se fait-il que votre compère stoppe sa course au bout de la rue ? Il vous attend ? Mais qu'attendez-vous pour lui crier de revenir ? Si j'arrête de m'exciter vous l'appelez ? Pouvez-vous essayer s'il vous plait ?
Je rêve ou est-ce mon chapardeur qui rapplique en se dandinant nonchalamment ? Se croit-t-il un gentleman pour oser me faire un baise-main en me rendant mon téléphone ? Et vlan qu'est-ce qui m'a pris ? Pourquoi n'ai-je pas maîtrisé ma main disponible et retenu mon envie de flanquer une gifle à ce filou ? Dans quelle intention toute la bande m'encercle-t-elle ? Y a pas âme qui vive à l'horizon, aïe aïe aïe dans quelle situation me suis-je mise ? Pourquoi l'un d'eux m'attrape-t-il sans ménagement pour me plaquer brutalement contre lui et m'enserrer de ses bras face à mon voleur et aux trois autres acolytes ? Vont-ils me tabasser ? Je suis toute estourbie, je vacille, vais-je m'affaler après les deux claques magistrales que le gentleman voleur vient de m'infliger ?
Est-ce possible d'être ainsi bouleversée ? D'être saisie de tremblements incontrôlables ? Et cette envie de vomir ? Et ces coups bizarres, inquiétants qui cognent dans ma cage thoracique ? Vont-ils bloquer ma respiration ? Mon c??ur va-t-il lâcher ? Que se passe-t-il au niveau de mon plexus ? Une boule de feu qui me consume ? Va-t-elle embraser ma raison ? Et si je me traînais chez les pompiers au bout de la rue pour qu'ils m'aident à me calmer ? Qu'est-ce que je décide ? Les pompiers ? Et s'ils m'envoient au dispensaire médico-psychologique juste en face ? Ai-je envie, comme ma s??ur, de parler avec un psychiatre ? D'absorber des pilules ? N'est-il pas plus judicieux de me traîner jusqu'au bistrot ?
- Pardon ? De quoi vous mêlez-vous ? Un double scotch ne se consomme pas à cette heure-là ? Vous connaissez une potion magique pour oublier que j'ai cinquante ans aujourd'hui, que ma s??ur veut tuer son chat et que je viens de me faire agresser ? C'est vous qui avez commandé ce Doliprane et cette Badoit que le serveur dépose devant moi ? Pourquoi approchez-vous votre table ? Ne sentez-vous pas que votre insistance à me coller est déplacée ? Avec mon visage défait, mon maquillage qui a dû couler, pouvez-vous imaginer que je n'ai pas la tête à badiner ? Comment faut-il vous dire que je me contrefiche que mon désarroi vous subjugue ? Que faites-vous ? Vous êtes sûr qu'au contact de vos mains, les miennes vont se réchauffer ? Mais pourquoi les dames en état de choc vous attirent-elles ? Comment se fait-il que votre discours ampoulé sur les femmes matures arrive à me faire rire ? Franchement vous n'aimez pas les jeunes filles ? Savez-vous que vous me détendez ? Que vous êtes plus efficace que votre Doliprane et votre Badoit avec votre voix aux intonations de Samy Frey ? Vous faites un jogging tous les jours pour entretenir votre forme audacieuse ? J'exagère ? Vous n'avez pas soixante ans ? Pourquoi porter un costume noir et la Légion d'Honneur si vous voulez faire jeune ? Vous allez peut-être à un enterrement ? Me permettez-vous de regarder vos yeux de près ? Vous n'avez pas remarqué qu'ils trahissent le temps qui passe, que leur couleur bleue pâlit, qu'une fine pellicule gêne l'acuité de votre regard sur les gens ? Si je suis sérieuse ? J'ai faim, voulez-vous prendre un petit déjeuner avec moi avant que j'appelle mon secrétariat ?

- Allo ? Chloé ? Qu'est-ce que vous ne comprenez pas ? Que je ferme le cabinet pour huit jours ? Que vous annulez mes rendez-vous ? Que j'en ai assez de ne voir des gens que leurs yeux à problèmes ? Que mes pulsions de vie prennent le dessus ? Vous ne saisissez pas ce qui prend le dessus ? Peut-être que moi non plus mais pouvez-vous imaginer que j'ai besoin de plonger dans le bleu profond de la mer ? D'admirer la faune aquatique et que je file à l'aéroport ?

Dogoana (nouvelles), Thebookedition, 2013, 146 pages, livre papier 5 euros, picholine@hotmail.fr


Extrait du roman Mon cadavre brait en pays de Bray de Jean Calbrix.
Références littéraires de J. C.: les auteurs du XIXe siècle (Hugo, Flaubert, Balzac, Zola, Maupassant') et également les polars (Agatha Christie, Simenon, Roald Dahl')


Le policier Serge Limard est accusé d'une bavure policière. Il est donc en prison.

Serge connut la prison, le passage humiliant par le greffe où l'on vous dépouille d'une part de vous-même. Grotesque renversement de situation. Il rencontra le regard goguenard des détenus, certains étant là grâce à son action efficace lors d'enquêtes les ayant mis en cause. Il fut placé dans une cellule de neuf mètres carrés avec un autre prévenu, un type de vingt-cinq ans qui avait tabassé une vieille dame pour lui soutirer ses économies. Etre à deux dans la geôle était un tarif de faveur car, crise du logement oblige, nombre de ces cellules exiguës prévues pour une personne, étaient occupées par trois taulards.
Il eut la visite de son avocat, maître Leclerc. Celui-ci lui suggéra de plaider coupable, que c'était un accident et que, entendant derrière lui l'arrivée de l'homme au costume à carreaux, il avait tiré par mauvais réflexe sans vouloir atteindre le gamin. Serge avait sèchement mis fin à la discussion en envoyant promener l'homme de loi.
Sa femme Philomène vint le voir au parloir. Elle avait de grands yeux larmoyants sous sa chevelure rousse en bataille. Le métier de son mari la rendait folle de peur, et cette dernière péripétie l'avait complètement anéantie. Elle lui répéta sans cesse qu'elle ne comprenait pas pourquoi il avait tiré, ce qui eut le don d'exaspérer le prisonnier. Alors il s'était emporté et l'avait insultée. Elle avait fondu en larmes pendant que les gardiens emmenaient son mari qui gesticulait, hors de lui.
Il s'était couché sur sa paillasse, celle du haut dans ce lit à étages meublant la cellule, et avait décidé de ne plus en bouger. Il s'était bourré les oreilles de papier hygiénique pour ne pas entendre son colocataire qui mettait la télé à fond et qui passait son temps à faire du tam-tam sur un tabouret. Sa caboche tournait à vide. La version de Marc Pineau paraissait sans faille. Il se disait que, étant données les petites frictions qu'il avait eues avec son collègue, celui-ci avait saisi l'occasion de se venger de lui. Pire, que c'était lui qui avait abattu Bruno. Mais non, cela ne tenait pas debout. Pineau se trouvait en haut des marches quand Bruno Malicourt s'était précipité dans la cour. Il n'avait pas pu avoir le temps matériel de dévaler l'escalier, de ramasser l'arme et de viser le gamin. De plus, c'est l'homme au costume à carreaux qu'il aurait descendu, cet homme mystérieux qu'apparemment, personne ne connaissait dans le squat.
Il se convainquait que, consécutivement au coup qu'il avait reçu sur le crâne, son pouce avait ôté le cran de sécurité de son pistolet et que son index avait appuyé sur la gâchette. Mais pourquoi Pineau affirmait-il que cela s'était produit avant ce coup ? Il mentait pour lui nuire et on l'avait cru !
Il était vrai qu'il y avait eu des antécédents fâcheux. Le jeune Pineau avait fait foirer certaines arrestations par des initiatives intempestives. En particulier, Serge traquait Jules Dupin, un violeur de femmes multirécidiviste. Tout était au point. On savait le lieu et l'heure où il avait rendez-vous avec une femme ayant bien voulu servir d'appât. Pineau avait devancé tout le monde. Il s'était pointé avec son gyrophare, cinq minutes avant l'heure. Résultat des courses, il avait fait fuir le gibier. Le divisionnaire Leblanc était hors de lui. Il avait passé un savon au jeune flic. Celui-ci vit son avancement bien compromis. Il s'en était tiré en accusant Limard de lui avoir donné l'ordre d'agir comme il l'avait fait, ce qui prouvait que le fringant lieutenant savait très bien mentir. Et lui, Serge, eut droit aux remontrances du divisionnaire.
Par ailleurs, les enquêteurs examinèrent minutieusement les états de service de Limard. Il avait un beau palmarès qui pouvait déboucher, à brève échéance, sur une nomination au grade de commandant. Or, ils dénichèrent des actions musclées qui en temps ordinaire auraient été interprétées comme de brillants faits d'arme, mais qui à la lumière de la « bavure », se retournaient contre son auteur. N'avait-il pas tiré sur Jo le dingue, tueur patenté, lors d'une descente dans son repaire ? Il avait été plus rapide que lui et lui avait collé une balle entre les deux yeux. L'enquête de l'IGPN conclut alors que Limard avait la gâchette un peu trop facile.
Ce qui le rongeait le plus, c'est que Philomène, sa femme, l'amour de sa vie, croyait aux ragots des journaux plutôt qu'à ses paroles. Les larmes lui venaient. Il regrettait amèrement d'avoir crié après elle. Cette situation le rendait fou.
Il pensait aussi à Shura, ce commissaire, ami et mentor, qui l'avait formé et qui lui avait tout appris. Hélas, il était parti à la retraite depuis deux ans et devait se la couler douce en Corse. S'il avait été encore là, sûr, il l'aurait sorti de ce mauvais pas.

Mon cadavre brait en pays de Bray (roman policier), éditions Charles Corlet, 2015,295 pages, livre papier 12 ', Jean.calbrix@free.fr


Extrait de la nouvelle Le Départ de Madeleine Combes.

Résonances littéraires du recueil de nouvelles Le départ (mentionnées par Carole Détain) : Les archives du nord de Marguerite Yourcenar (quête relative aux ascendants de l'auteur), Henry James (peinture psychologique des personnages)


La Coquille, printemps 1934
Il y avait ce jour-là sur le quai, un homme, élancé, la chevelure blonde, blanchissante au-dessus d'un front dégagé, une jeune femme grande aussi, au beau visage encadré par des cheveux bruns presque noirs. L'un et l'autre mesuraient la gravité de l'instant, sachant qu'il était unique, que le départ si longtemps différé était maintenant définitif. Il avait usé de toute son intelligence, mobilisé toute sa force de persuasion pour qu'elle reporte une fois encore ce départ à défaut de l'empêcher. La détermination de la jeune femme l'avait finalement emporté sur les arguments patiemment sollicités pour essayer de l'entamer. Avec douceur mais fermeté, il s'était appliqué à tenter de lui démontrer qu'il s'agissait peut-être d'un entêtement. Il l'avait mise en garde contre la probabilité que celui-ci ne gagnât en force qu'à la seule fin de s'opposer, construisant ainsi un mur imperméable à tout entendement. Elle s'était arc-boutée tout d'abord sur ses positions, la volonté de vaincre devenant impérieuse, au point de prévaloir sur le désir d'accomplissement de ce qu'elle appelait sa vocation. Et puis elle avait fini par céder. Elle avait accepté ce qu'elle avait considéré comme une nouvelle mise à l'épreuve et pris la peine d'envisager que son choix pût ne pas être le bon. Il avait réussi à contourner les aspérités de son opposition. Elle avait examiné puis exploré une autre voie comme il l'avait exhortée à le faire. Ainsi cinq ans avaient passé qu'elle avait consacrés à des études, qui n'avaient en rien altéré sa conviction. Aujourd'hui force lui était de constater qu'il n'avait plus d'arguments à lui opposer. C'était à son tour de s'incliner. Que pouvait la puissance paternelle face au désir d'une jeune femme qui avait su prendre patience et se plier aux conseils de son père le temps qu'il fallait ? Elle ne s'était pas laissé prendre au piège de ses arguments. Elle savait à quel point il l'aimait. Elle avait éprouvé cent fois la tendresse et l'affection qu'il lui portait. Elle ne lui en voulait pas d'avoir utilisé ce qui pouvait paraître un subterfuge pour essayer de l'empêcher de poursuivre le chemin qu'elle s'était tracé.
Il regarda sa montre. Quelques minutes encore, quelques minutes qu'il ne pouvait pas retenir. Elle se tenait là devant lui toute droite, sa valise posée à côté d'elle. Ce n'était pas une bien grande valise pour un voyage qui se voulait sans retour. Un grondement sourd recouvrit le silence L'homme tourna la tête vers un point sombre qui grandissait. Quelques mots se perdirent sur ses lèvres, étouffés par le rugissement du train qui ralentit puis s'arrêta dans un grincement de bielles et de freins. Il n'y eut pas d'étreinte. Il saisit la valise qu'il porta jusqu'au marchepied sur lequel elle avait déjà pris place. Dans son regard à lui, l'amorce d'une bénédiction ponctua son impuissance. Juste un signe de la main en guise d'adieu qui se prolongea quand la porte se referma. Il ne vit plus que la porte close et une forme derrière la vitre qui bientôt disparut alors que le train s'ébranlait puis s'éloignait sous une banderole de fumée emportant ses passagers vers le Nord pour ne plus être qu'un point noir qui finit par se perdre dans les ramures cotonneuses en ce début d'avril.

Il se retourna. Hanna était là. Il avait oublié qu'elle était près de lui. Hanna, les yeux rougis qui murmurait:
«Que veux-tu! Souhaitons que ce soit pour le mieux!» Elle semblait s'incliner devant le choix de sa fille. Il ne pouvait s'y résoudre. Pour lui qui était rompu à la diplomatie et à la pédagogie, notaire de province apprécié pour ses capacités d'écoute et la qualité de ses conseils, c'était une défaite. Il n'en avait pas l'habitude. Mais s'agissait-il vraiment d'une défaite? L'un et l'autre s'en retournaient lentement, le dos courbé, hésitants, comme s'ils avaient du mal à abandonner l'espace où quelques minutes auparavant ils étaient trois, où maintenant ils n'étaient plus que deux. Ils n'avaient pas su, ils n'avaient pas pu la retenir. Ne devait-il pas admettre qu'une autre force s'était mise en mouvement qui le dépassait...




Table

Extrait du roman Les Antipodes de Désirée Boillot. 5
Nouvelle Impulsions de Mireille Bonnardel. 7
Extrait du roman Mon cadavre brait en pays de Bray de Jean Calbrix. 11
Extrait de la nouvelle Le Départ de Madeleine Combes. 14
Extrait du roman Ailleurs, se retrouver de Christelle Daniel-Chabredier. 17
Début du roman Les enfants de demain de Daniel-Philippe De Sudres. 20
Extrait du roman Dire le monde de Carole Détain. 24
Extrait du récit Le souvenir du père de May Duhameaux-Lefresne. 27
Extrait du recueil Les petits cailloux de Christine Marie Eva. 30
Extrait du roman Les Vies aléatoires de Sylvie Ferrando. 32
Début de la nouvelle Une Stella de Denis Fleurot. 36
Extrait de Haïkus perchés de Mario Fukchignoni. 38
Extrait de Tribulations, livre 1 de Pete Giordano. 41
Extrait du roman L'amour au fond du puits de Jeanne Guizard. 45
Extrait du roman Incognito de Ioana L. 48
Extrait de Femmes du Monde Entier de Pôl. 51
Extrait des Contes de Kallisté de Séverine Martin-Bellet. 53
Extrait du roman L'étudiante de Isabelle Moreno. 57
Poèmes De Julie Presles. 60
Extrait du roman Les Athlètes de Hélène Rodger. 62
Extrait de la nouvelle Une étrange expérience de Jean Sousselier. 66
Nouvelle Aux bennes de Marielle Taillandier. 69









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