Lise Lasnère

Portes et fenêtres ouvertes -Livre 1 -

Portes et fenêtres ouvertes est le récit de vie d'une femme entre deux étés, le temps d'une année scolaire. Sont évoqués ses relations avec so

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Reliures : Dos carré collé

Formats : 11x17 cm

Pages : 203

Impression : Noir et blanc

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Portes et fenêtres ouvertes -Livre 1 -
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Portes et fenêtres ouvertes est le récit de vie d'une femme entre deux étés, le temps d'une année scolaire. Sont évoqués ses relations avec so

Autour de Lise Lasnère

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Résumé
Portes et fenêtres ouvertes est le récit de vie d'une femme entre deux étés, le temps d'une année scolaire. Sont évoqués ses relations avec son mari, avec ses enfants, ses efforts pour qu'ensemble la vie ne se délite pas, pour qu'elle garde du sens. Ces pages sont aussi le récit d'une recherche entreprise pour s'efforcer, au sein de contraintes définies et choisies, d'affirmer sa liberté propre. La question se pose, pour cette femme, de savoir si, entre ces deux étés (l'année de terminale de son fils aîné, l'année de troisième de son plus jeune fils), elle parviendra, à partir des fenêtres de sa vie, limitées, imposées, à atteindre son ciel, infini et libre. Une telle quête réside, sans doute, au coeur de chacun de nous.
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Portes et fenêtres ouvertes

Livre 1
















DU MEME AUTEUR








Un avenir ouvert


Vers mon père



Mais aussi l'émotion (livres 1 à 3)











Extrait (pages 1 à 11) :
Juillet 2007
Antagonisme

Bertrand Pailloux, centralien, dont le père fut receveur des postes, souriant, jovial, affiche un franc tempérament méridional. Il demeura, depuis son enfance jusqu'au terme de sa vie d'étudiant, un excellent élève. Il se hissa, seul, honnêtement, moralement, très au-dessus de sa condition sociale d'origine et mène actuellement une carrière brillamment ascendante au sein de Réseau-Télécom. Trois ans plus tôt, il débauchait Thibault Valente de la direction financière, lui proposant de le rejoindre au sein de l'équipe stratégique de l'entreprise. Un dossier d'envergure les avait réunis autour de différentes tables de négociations. Thibault Valente est un homme facile à repérer. A l'issue des débats, il est le maître du jeu. Les contradicteurs se trouvent sans voix, piégés, roulés dans la farine. A l'époque Thibault, aussi, était impressionné (et donc menacé) par les apparentes performances intellectuelles de son futur patron.

Il avait déjà croisé, dans son passé professionnel, des concurrents « à risques » mais, toujours, il les avait surpassés, de très peu parfois, une avance imperceptible, dans certains cas de l'ordre de l'épaisseur d'un cheveu, mais elle existait. Le fait revêtait une importance considérable et, de la sorte, la situation demeurait confortable. Il n'aurait pas apprécié que les rapports de force soient inversés, le travail étant, il ne l'oublie jamais, un combat, où l'essentiel est de disposer d'un coup d'avance, où il est indispensable de comprendre et de maîtriser.

A chaque fois que Thibault avait vécu des expériences où il avait frôlé le risque d'être surpassé par certaines mécaniques intellectuelles, les situations s'étaient révélées plutôt excitantes. Croiser le fer, échanger, approfondir, jouer le jeu attendu de l'apparente cordialité l'avaient amusé, au fond. Ces schémas se développaient lorsqu'un dossier de taille révélait son urgence. Thibault, alors, s'ennuyait un peu moins qu'à l'ordinaire. Ces périodes étaient fastes.

Ce fut le cas lorsqu'il rejoignit Bertrand Pailloux dans les services stratégiques de l'entreprise. Les négociations, alors, étaient serrées avec les polytechniciens délégués par le gouvernement qui composaient une commission de régulation. Thibault était diverti. Il en oubliait presque la nature de son travail au sein de la grande entreprise publique, qui consistait à défendre les intérêts de la structure, alors que la reconnaissance personnelle est, en retour, anecdotique, voire inexistante. Activité nécessairement vaine. A plusieurs reprises Thibault, financier et négociateur avec les banques, les fournisseurs, les clients, avait déjà fait gagner de fortes sommes à l'entreprise, évaluées à plusieurs millions d'euros en raison d'un taux soigneusement choisi, d'un argument original, d'une astuce favorable à Réseau-Télécom. Les contrats s'étalant jusqu'à trente ou quarante ans, d'infimes écarts de paramètres proposés par Thibault Valente, avec effets multiplicateurs et itératifs sur de longues périodes donnaient lieu à de magistraux bénéfices, à échelle humaine, du moins, dans tous les cas, comparés au type de revenu (ou de patrimoine) de Thibault Valente. Il éloigne la question qui, parfois, a tendance à lui traverser l'esprit : et s'il travaillait pour ses propres affaires ? L'intérêt financier serait tout autre. Parfois il plaisante (à demi) avec Maude, son épouse' et si je percevais une commission, tu imagines, un pourcentage même infime, tu mesures les sommes en jeu ?... Il souffre d'être salarié. Il aurait préféré infiniment, travailler pour son compte, être rémunéré en conséquence. A ses yeux, la course en quête d'un pseudo-pouvoir à l'ordre du jour dans une entreprise comme Réseau-Télécom, d'envergure nationale, contrôlée par les pouvoirs publics, n'a pas d'intérêt.

A l'époque où il changeait de direction pour rejoindre Bertrand Pailloux, Thibault se prenait (presque) au jeu. Il quittait le cynique, déloyal et obèse Joël Delbourt. Son nouveau patron semblait apparemment pourvu d'une certaine morale. Il pouvait même, dans la durée, se révéler un réel concurrent. Les sensations d'ennui et d'inanité se faisaient alors plus discrètes. Il se tenait sur ses gardes.

Thibault entame maintenant sa troisième année auprès de Bertrand Pailloux qui, de son côté, avait également craint la proximité de son nouveau collaborateur. L'embauche d'un homme performant est à double tranchant. Ses capacités renforcent l'équipe mais le supérieur hiérarchique risque de voir le nouveau venu mener un jeu dangereux et tenter, selon la terminologie des recruteurs de haut niveau, de « tuer le chef ». Ces derniers avaient d'ailleurs interrogé Thibault sur le sujet lors de l'entretien qu'il avait subi avant sa mutation, sensé définir s'il était vraiment un « cadre à haut potentiel ». Il avait éludé la question, qui avait clos l'entrevue : « M. Valente, êtes-vous prêt à tuer votre chef ? » Il n'avait pas répondu mais avait entendu le message, auquel il était, normalement, tenu d'adhérer.

Bertrand Pailloux, connaissait la nature du risque. Le loup, peut-être, entrait dans la bergerie. Ou bien le dauphin s'apprêtait à renverser le monarque.

Les années ont passé. M. Pailloux, peu à peu, s'est rassuré. Thibault Valente est efficace, original, percutant, dangereux. Mais il ne quitte pas son rôle de fidèle lieutenant. Bertrand Pailloux ne le comprend pas. La loyauté n'est pas compatible avec la finesse et la ruse. Thibault Valente est atypique. Il réclame haut et fort toutes les promotions possibles, les avantages en nature et financiers, tous ceux qui peuvent exister mais il n'entre pas dans les stratégies de politique personnelle consistant à tout donner, à tout vendre, son âme même, afin d'escalader, toujours plus haut, les échelons du pouvoir, réel ou apparent. Cet homme est une énigme alors que lui-même a conscience et se réjouit d'être, au sein de l'entreprise, une boule, parfaitement sphérique dévalant les pentes les plus évidentes. Ou encore il est un oriflamme qui indique la mouvance de la brise soufflant dans les hautes strates. Il favorise ainsi son ascension personnelle, la hiérarchie étant, à ses yeux, une indéfectible valeur, qui ne saurait, par définition, être remise en cause.
Les trois années passées dans le voisinage de Thibault Valente l'ont rassuré.
Chacun reste à sa place.
Les appréhensions de Thibault se sont également apaisées : il se sait capable de surpasser Bertrand Pailloux, si nécessaire, comme il l'entend. Le risque est circonscrit.

Mais devant lui s'étend une morne plaine. Aucune illusion ne se profile plus à l'horizon pour le distraire de son ennui. Les dossiers se font rares, les orientations stratégiques inexistantes. La perspective d'une prochaine fusion avec une banque d'investissement plane sur l'entreprise et les équipes dirigeantes sont en attente. Chacun tente de se placer au mieux, au cas où. Marasme, brouillard, déliquescence, vanité de la situation renforcent leurs positions et abattent Thibault.

Une franche amitié entre Thibault Valente et Bertrand Pailloux ne s'est pas précisément épanouie. Les deux hommes considèrent l'entreprise de façon par trop opposée. M. Pailloux s'adapte aisément aux évolutions des hautes sphères alors que Thibault Valente ne suit pas l'air du temps, comme s'il n'avait rien à perdre, alors que son chef immédiat considère qu'il a encore tout à gagner, à savoir grimper un peu plus haut encore, s'il se peut. Bertrand Pailloux perçoit la froideur de son collaborateur quand lui-même répète les messages de l'entreprise, qui évoluent d'un mois sur l'autre, se contredisent, ce qui n'a pas grande importance, la formulation de cet homme, méridional, centralien et intelligent, étant toujours parfaitement convaincante. Mais le fait est qu'il préfère désormais éloigner Thibault Valente des dossiers où il pourrait rencontrer des niveaux hiérarchiques supérieurs, d'autant plus qu'il pourrait, sans problème, maîtriser mieux que lui ces dossiers. Cette situation contribue à accroître, un peu plus encore, l'ennui qui accable Thibault, qui perdure, qui s'installe.
...
EXtrait (p 91 et 92 ) :
Vendredi 21 septembre 2007.
Ovale.




L'après-midi est bien entamée. Le rideau est enfin tombé sur l'acte crucial de la relecture et des corrections définitives du livre de Maude. Elle est prête. Elle a respecté les délais pour son rendez-vous avec Monsieur l'imprimeur. L'échéance approche où, enfin, ses écrits auront l'apparence d'un livre.
Elle souffle. Elle apprécie le répit. Une émission sur le rugby commence sur France-Culture.

Samedi 22 septembre 2007.
Réparer.




Maude ne bricole pas facilement, de même que son mari, qui ne prend pas le temps, qui préfère d'autres occupations. Elle ne lui demande pas : « Pourrais-tu regarder si ces lecteurs de DVD portables fonctionnent encore ? »

Il pourrait lui répondre : « Essaie donc toi-même. Je ne m'y connais pas. Pas plus que toi »

C'est Billy, le camarade de Romain qui répare (panne dérisoire) les deux lecteurs. Au passage, enchanté, il en gagne un.
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Extrait (p 161 et 162) :
Mardi 16 octobre 2007, 15 heures 40.
Fenêtre (4).




Une vitre est poussée, en face, dans l'immeuble, de l'autre côté du boulevard. Un éclat de lumière, par un effet de miroir, traverse le salon. Fugitive sensation. Maude revoit les reflets chatoyants sur la rivière, à Champs-les-vignes. Le courant glisse sur les pierres rondes. Il accueille la caresse des rayons du soleil. La clarté filtre à travers les feuillages, frais, ombragés, au long d'un bel après-midi d'été.

Octobre 2007.
Silence.




- Tu dois faire des efforts, conseille Maude à Luc, travailler davantage. Regarde : tu te laisses aller. Toutes les semaines, après ton devoir sur table du mardi, la tension s'évanouit. Tu restes sur ton canapé, tu écoutes de la musique, tu rêves, tu dévores, tome après tome, la nouvelle saga que Romain vient de découvrir, tu téléphones à Arthur. Ne t'affale pas, pendant trois jours après ton contrôle hebdomadaire, pour, ensuite, étreindre la panique, l'affolement, immanquablement, le samedi et le dimanche. Sois courageux. Anticipe.
- Tu n'es pas douée pour tout, maman, toi non plus
- Qu'est-ce que veux dire ?
- Je ne suis pas doué pour le courage mais toi tu n'es pas douée pour la maison, le rangement, les repas.

Un silence suit, marquant la fin de la conversation.
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