Lise Lasnère

Portes et fenêtres ouvertes -Livre 2 -

Portes et fenêtres ouvertes est le récit de vie d'une femme entre deux étés, le temps d'une année scolaire. Sont évoqués ses relations avec so

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Reliures : Dos carré collé

Formats : 11x17 cm

Pages : 201

Impression : Noir et blanc

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Portes et fenêtres ouvertes est le récit de vie d'une femme entre deux étés, le temps d'une année scolaire. Sont évoqués ses relations avec so

Autour de Lise Lasnère

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Résumé
Portes et fenêtres ouvertes est le récit de vie d'une femme entre deux étés, le temps d'une année scolaire. Sont évoqués ses relations avec son mari, avec ses enfants, ses efforts pour qu'ensemble la vie ne se délite pas, pour qu'elle garde du sens. Ces pages sont aussi le récit d'une recherche entreprise pour s'efforcer, au sein de contraintes définies et choisies, d'affirmer sa liberté propre. La question se pose, pour cette femme, de savoir si, entre ces deux étés (l'année de terminale de son fils aîné, l'année de troisième de son plus jeune fils), elle parviendra, à partir des fenêtres de sa vie, limitées, imposées, à atteindre son ciel, infini et libre. Une telle quête réside, sans doute, au coeur de chacun de nous.
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Extrait p 14 à 18 :
Dimanche 4 novembre 2007, 17 heures 40.
A deux la vie est plus facile.




Maude et ses deux garçons s'engouffrent sous l'immense verrière de la gare de l'Est. Maude s'élance, suivie par Luc qui dépasse d'une tête la foule des voyageurs et tire dans son sillage un encombrant sac à roulettes noir, lui-même suivi par Romain, entraînant derrière lui, son volumineux bagage rouge vif. Six minutes avant le départ du train, l'affaire se présente maintenant assez bien.
Maude court, portée par l'élan de l'angoisse qui la tient en alerte depuis qu'elle a claqué la porte de l'appartement pour se précipiter dans le sous-sol et monter en voiture. Elle ne s'arrête plus, même si Luc et Romain sont désormais en bonne voie pour quitter Paris en temps et en heure. Les deux adolescents peinent à rester à sa hauteur. La voiture est garée en biais, devant la gare, en stationnement interdit, mais Maude n'a pas eu le choix.
Le danger est maintenant surmonté, comparé à celui qui la cernait quatre minutes plus tôt sur le boulevard Magenta, bloquée d'abord dans les embouteillages, engagée ensuite sur la voie des bus et des taxis. Elle avait commenté pour ses fils : « Je n'ai pas le choix ». La circulation y était fluide «... Une catastrophe, les enfants... si la police m'arrêtait... votre voyage me coûterait une fortune... ». En silence les deux garçons avaient échangé un regard. Maude doublait, par la droite, les files de voitures immobilisées sur la grande artère du 9ème arrondissement. L'étau se desserrait.
Et maintenant, les voici pénétrant dans la gare six minutes avant le départ. Il leur suffit désormais de courir afin de trouver le groupe des chanteurs. Mais Maude ne voit rien. Elle cherche, sur les écrans lumineux, les informations mentionnant un train à destination de Meaux partant à 17 heures 50. Elle lit: « Meaux, départ 18 heures 30 ». La panique l'envahit. Luc, essoufflé, la rattrape et résout l'énigme : « Non maman... regarde... celui-ci... terminus Lusigny' il s'arrête à Meaux... il part à 17 heures 50... ». Maude dérobe quelques secondes à la précieuse et inexorable course du temps pour vider l'air de ses poumons. Elle remercie, en pensée, son fils, tout en songeant qu'elle lui accorde rarement sa confiance et que la vie est plus simple à deux plutôt que seul.

Maude poursuit sa course et ne comprend pas pourquoi le numéro du quai n'est toujours pas affiché. « Pas grave, conclut-elle, accélérons le pas, approchons-nous de la zone des départs ». Et tous trois fendent les masses agglomérées réparties sur la vaste plateforme de la gare submergée par les voyageurs déversés par les trains à l'arrivée. Hier déjà, les journalistes annonçaient que cette journée « rouge» serait celle de la première vague des retours de la Toussaint. La mère et les deux fils ralentissent devant un panneau où le quai n° 15 est enfin indiqué. « Facile maintenant » s'exclame Maude qui maintient son rythme. Elle manque de heurter une femme, au sourire calme, accompagné d'un jeune garçon. Elle demande :
- Votre enfant part avec la chorale ? Vous savez où est le rendez-vous ?
- Non, répond la femme, mon fils vient pour la première fois, je ne connais personne.
D'une démarche balancée et chaloupée, Luc, apparemment amusé, rejoint Maude :
« Maman, tu n'en feras jamais d'autres, regarde autour de toi. Tu viens de traverser le groupe. Tu ne l'as même pas vu. » Maude l'entend compléter, en son for intérieur : « Imagine un peu maman' de quoi avais-tu l'air ?... » A son âge, Luc désire la conformité aux usages pour lui-même et pour ses parents dont la première des qualités devait être, à son goût, la retenue.
Maude s'excuse auprès de M. Liduc : elle a failli être en retard.
- Pas du tout, répond-il avec courtoisie.
Arthur qui a dormi plusieurs nuits à la maison pendant les vacances et a accompagné les garçons à la campagne, rejoint Maude qui l'embrasse sur les deux joues et lui demande s'il se sent en forme à l'heure du grand départ. Elle salue, de loin, José, l'autre ami proche de Luc. Les garçons, dans un bel ensemble, amorcent un lent et calme mouvement en direction du train. Maude aperçoit Romain qui discute avec Jean-Edouard. Elle esquisse un discret signe d'adieu avant de rejoindre la voiture.

Elle est soulagée. Quel que soit, maintenant, le temps nécessaire pour regagner la maison, le pire a été évité. Elle appelle Thibault, l'informe que le retour sera sans doute ralenti par les encombrements du dimanche soir. Elle manquerait de finesse s'il apprenait jamais, de sa bouche, les péripéties de sa déplorable équipée en direction de la gare.
En général, dès lors qu'un départ est en vue, l'inquiétude de Thibault déclenche, à la maison, une épuisante sarabande. Il craint les retards, prévoit de futurs accidents, imagine d'inévitables complications. Maude, alors, tente de lui faire comprendre qu'il est un empêcheur de tourner en rond, qu'elle serait, au fond, plus à l'aise s'il la laissait seule pendant la préparation des bagages, s'il cessait de surveiller, de pousser chacun à se précipiter pour s'engouffrer dans la voiture. Ces derniers temps, Thibault a semblé, peu à peu, saisir le message. Pendant la première semaine des vacances de la Toussaint, par exemple, Maude a été tranquille. Thibault travaillait et elle a conduit les enfants à la campagne sans les récriminations de son mari, s'éloignant, se rapprochant, tel un animal sauvage cloîtré entre les grilles d'une cagette exigüe. Le remplissage des sacs était facile. Maude partait quelques dizaines de minutes plus tard que l'heure prévue et aucune terrible conséquence ne sanctionnait la liberté qu'elle s'était autorisée. Simplement, elle revenait un peu plus tard le soir. Thibault laissait faire. Le progrès était notable. Maude appréciait.

Aujourd'hui Maude avait pour mission d'accompagner Luc et Romain à la gare de l'Est au départ de leur stage de chant de trois jours. Ils seront de retour la veille de la rentrée. Elle a donc rassemblé dans la journée les uniformes, les tenues de jeux et les affaires de toilette. Elle a également ajouté des bandes dessinées, en dépit des réticences de Luc et Romain qui affirmaient que la précaution était inutile. Mais elle a préféré, par prudence, si, par hasard, ils s'ennuyaient sur place. Maude a l'expérience. Elle a toujours agi ainsi et, en définitive, il ont immanquablement apprécié de les parcourir et, par la même occasion, de les prêter à leurs amis. Maude a été échaudée par le dernier séjour en Espagne où Luc a manqué de lecture après avoir souhaité, dans le domaine, faire preuve d'autonomie.

Aujourd'hui, avant le départ pour la gare, Thibault fut impérial. Il désirait sans doute s'affranchir du rôle de l'irritante mouche du coche et ne fit aucune remarque. Auparavant, il aurait rappelé l'inévitable futur retard de Maude. Tous trois seraient, dans ces conditions, partis à une heure plus raisonnable alors qu'aujourd'hui, Maude est bien contrainte de constater qu'elle a entrepris, au dernier moment, le nettoyage des baskets de Romain, maculés de boue lors de leur dernière visite à la campagne. Puis, chaussant calmement ses tennis, Luc s'est fait attendre. Ensuite, il a cherché sa veste et, enfin, bien trop tard, ils ont quitté la maison, un quart d'heure seulement avant le départ du train. Réussir à propulser ses deux garçons, in extremis, sur le quai, fut presque miraculeux. Maude n'est pas fière de sa piètre performance. Elle tentera de faire mieux la prochaine fois mais en attendant il lui importe de continuer à bénéficier du crédit que Thibault lui accorde maintenant, qu'elle est parvenue à constituer, peu à peu, depuis qu'elle absorbe chaque matin les bénéfiques substances. Elle a failli aujourd'hui détruire tout son acquis. Elle en tremble rétrospectivement.

Maude rentre. Détendu, Thibault joue au poker sur son ordinateur. Paisible, Maude ouvre le sien et retravaille son deuxième roman se réjouissant de pouvoir maintenant avancer ce qu'elle nomme sa « broderie » non loin de Thibault (ou des enfants). Quelques mois plus tôt, elle ne pouvait « broder » que dans la solitude ou dans les cafés ou même, plus tôt encore, dans les autobus, quand elle écrivait le livre sur son père. Elle devait être portée, en mouvement pour venir à bout de son minutieux travail. Amusée, elle a récemment exprimé à M. Valé qu'elle avait l'impression de ressembler maintenant à sa mère qui, dès qu'elle disposait à la maison d'un moment de liberté, croisait les agiles aiguilles de son tricot.

Maude et Thibault, penchés, chacun sur son ordinateur dans une soyeuse ambiance domestique, s'apprêtent à recevoir Manou et Marcel pour un apéritif inaugurant une douce et harmonieuse soirée
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Extrait p 168 à 170 :
Vendredi 21 décembre 2007, 21 heures 50.
Onze (1)



En décembre, Maude et Thibault inaugurent, à l'occasion de l'anniversaire de Romain, la série des réjouissances familiales de fin d'année.
L'avantage n'est pas négligeable de procéder à leur invitation annuelle « étendue » (réunissant les grands-parents, Emilie avec son mari et ses deux filles, ainsi que Clément, célibataire) avant les festivités de Noël qui se tiennent sous le toit de Manou et Marcel. A cette date en effet, le groupe, dans la configuration des « onze », ne s'est plus réuni depuis bien longtemps. La dernière rencontre, célébrant l'anniversaire de Lucia, la fille aînée d'Emilie, remonte au début du mois de juillet. Le rassemblement des « onze » a pu même avoir lieu plus tôt encore, lors du Noël précédent, si Maude, Luc et Romain avaient déjà, dès la première semaine de juillet, installé leurs quartiers d'été à Ker-Bihan.
En décembre, chacun est assez content de reconstituer provisoirement le groupe. La curiosité est manifeste. Les conversations sont aisées. Les vacances d'été furent accompagnées de leur habituelle cohorte de kilomètres parcourus, de plages et de restaurants fréquentés, de villas ou d'appartements diversement loués et il n'est pas très compliqué de trouver quelques anecdotes divertissantes à raconter. On peut poser des questions banales participant à un consensus anodin, sans risque de blesser quiconque car, même dans une famille où l'on s'entend bien, les enfants grandissent et il devient parfois assez délicat d'évoquer la question des études par exemple. Tout dépend du succès rencontré par les différents cousins et cousines. Si l'on souhaite privilégier l'harmonie de la famille, surtout lorsque la susceptibilité accable le caractère de l'un ou de l'autre, certains sujets deviennent tabous. Et pourtant, une ambiance chaleureuse et conviviale est la condition indiscutablement nécessaire pour la réussite d'une réunion familiale.
Maude et Thibault apprécient d'autant plus cette date, à l'orée du mois de décembre, qu'il fut un temps où leur invitation annuelle intervenait après le cortège des fêtes de fin d'année. Ils conviaient la famille en janvier, pour l'anniversaire de leur fils aîné. Noël était passé par là, avait ratissé la majorité des sujets « possibles » et le rythme de la conversation s'avérait alors, de ci de là, désagréablement poussif.
S'appropriant la date la plus favorable, ni Maude, ni Thibault n'en conçoivent cependant aucun scrupule puisque, aux yeux de Manou, le critère de réussite d'une réunion familiale est tout autre. Il repose sur la nourriture, du triple point de vue de sa qualité, de son abondance, et de l'enthousiasme exprimé par chacun pour l'ingérer. Le reste n'importe pas. Si, par hasard, un importun silence se glisse, le 25 décembre, en milieu d'après-midi, au sein du cercle des onze rituellement réunis, l'événement est anodin. Manou propose alors de nouvelles offres en matière de boisson, café, tilleul, Perrier, liqueur de prune ou de poire, ou bien plus substantielles, telles que macarons, chocolats, fruits confits ou clémentines. Le vide est de la sorte comblé. Maude, quant à elle, (elle influence Thibault sur ce point) accorde une extrême importance aux paroles échangées. Elle dispose, concernant leur rythme, leur quantité, de certains leviers d'action. Elle peut lancer, du moins si la fréquence des réunions précédentes ne fut pas trop élevée, des propositions de broderie verbale, suivies de succès plus ou moins évident. Elle n'est pas exigeante, quant à la teneur des propos échangés au sein du groupe des « onze ». Toute parole est bonne à prendre, préférable au silence.
Le dîner de ce soir ne l'inquiète pas. L'ambiance est bonne. Les conversations fusent pour cause de retrouvailles. Elles suivront leur cours, tranquillement, jusqu'au moment où, dans deux heures environ, une fois soufflées les bougies d'anniversaire, une fois vidées de leur contenu les dernières coupes de champagne, il sera temps, pour chacun, de prendre aimablement congé. La soirée déroule son confortable tapis rouge. Aucune ombre de souci ne se profile à l'horizon. Une soirée facile, sans surprise. L'usage est bien ancré maintenant de ces mêmes réunions, autour de la même table, pour fêter l'heureux événement d'une année supplémentaire acquise en sagesse du plus jeune des petits-enfants Valente, Romain, quatorze ans cette année.
Dans la cuisine, Maude, détendue, empile les assiettes. Elle verse le riz dans le plat de service, répartit la sauce à l'orange dans différentes coupelles qu'elle disposera sur la table à intervalles réguliers. Elle entend Manou, dans la grande salle, qui, comme à son habitude, contribue aux rebondissements bienvenus de la conversation. Luc se précipite. Il alerte Lise' elle aurait dû être là' autour de la table' pour assister' l'ambiance était bonne jusque là' elle n'a pas vu... n'a pas entendu' la douche froide qui s'est abattue' qu'elle vienne'qu'elle voie donc' ce qui se passe'
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