BRASSEUR Philippe

BRASSEUR Philippe

Longtemps censuré par ma propre volonté, refusant l'appel de la plume comme d'autres refusaient celui de la forêt, j'ai souffert d'une mésentente qui m'habitait, celle de la raison et du coeur. Celle du gain et de l'art.

Trop raisonnable, trop malheureux, je me suis caché à mon art, refusant un devenir laborieux, refusant des souffrances infinies en une discipline qui ne pouvait m'apporter que douleurs intellectuelles et tromperies d'avenir.

Quand on est sans le sou, c'est sa vie que l'on menace directement, et malgré ces instants glorieux où la plume palpite, on n'en reste pas moins indigent et nécessiteux. De cela, j'ai toujours cherché à m'en tenir éloigné, brisant mes rêves sur cette raison assassine. Personne n'a eu à me persuader de cela, je me le suis infligé pour mon propre salut. Et, de ce choix amer que je me suis imposé, j'ai souffert bien plus que du manque de confort que l'autre vie devait m'offrir. C'est là la pensée commune, et le destin de bien d'autres. Tout sacrifier à son art. Ne penser que pour lui, que par lui, à jamais son obligé. J'ai failli en cela bien des années. Et l'excès de raison devient alors un manque de courage. J'ai été cela et peut-être suis-je ainsi peu méritant du grand bien que cela pourrait me donner.

Voilà finalement où ma conscience m'a mené. Elle a rendu grâce à ma raison passée. Elle m'a soulagé de ce poids, rendant un écho plus engageant, celui d'un avenir plus grand pour un art retrouvé et enfin dévoilé. La route sera longue, le travail difficile. Le doute hantera parfois le plus profond de mes entrailles, mais jamais, oh non jamais!, rien ne se fera plus à présent sans la présence à mes côtés de cette envie viscérale que j'ai trop souvent délaissée.

Voilà ce que ma conscience m'a soufflé pour le bien de mon âme. Délivré à jamais, ma plume vibrera quand il lui plaira. Ce n'est pas une certitude ou une volonté, mais la nécessité de tout homme qui se veut du bien, laisser parler ce qui est en soi, le laisser déborder son être et s'en emparer. Laisser la magie opérer, quoi qu'il nous en coûte.

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Cet auteur n'a pas de livre publié