Noureddine Ichaoui

Noureddine Ichaoui

Un jour, comme la plupart de ces petits écrivains, j'ai fait un rêve d'écrire une trilogie dans laquelle je raconterai la vie ou l'aventure de l'instituteur qui somnole toujours dans ma tête. Le premier porta le titre du « Testament du Roi Serpent », il raconte l'aventure merveilleuse du roi Serpent qui a décidé de donner une leçon de bravoure et de courage à son ennemi Huminus, alors qu'il est emprisonné, torturé et dépourvu de toute force. Cette leçon restera à jamais gravée dans la mémoire du peuple Animalus comme étant une preuve de l'intelligence de cette espèce. Le second portera le titre d' « Expressions Libres ». Il raconte l'aventure merveilleuse d'un lycée et de toute une population qui, en proie à la violence, ont décidé d'y mettre fin par l'unique usage de la parole. Le troisième, Délires et Cauchemars, c'est un autre témoignage, mais il essaie de décrire une autre école, oubliée certes, mais qui existe toujours. C'est celle où l'on enseigne la langue et la culture d'origine (LCO) en France, en Allemagne, en Italie et partout en Europe et en dressant un portrait le plus fidèle possible de cette époque des années quatre-vingts, je me suis trouvé emporté dans une analyse socioculturelle d'une tranche de société en proie à des malaises multiples. Et depuis, je ne sais plus où j'en suis vraiment ? Est-ce que je raconte mon histoire ou celle de mon personnage ? Quand s'arrête la première pour laisser la place à la seconde ? Quels rapprochements devrais-je trouver entre l'auteur qui raconte ses délires et ses cauchemars et le personnage de Charif Anouar Saïd qui, impatient de retrouver Hélène, sa bien-aimée, se laissa emporter par un public de plus en plus émerveillé par ses discours euphoriques et ses poèmes audacieux, provocants et parfois même à la limite de l'arrogance.

Charif Anouar Saïd n'est pas un déficient mental, mais un poète si sensible qu'il réagit à tout avec une sincérité singulière. De quelle complicité s'agit-il entre celui qui délire par amour à cette France dont il meurt et celui qui écrit des discours virulents ou des poèmes provocateurs comme s'il écrivait des tracts de propagande dans lesquels il essaie, en vain, de requérir une certaine Hélène de Saint-bernard, une compagne bizarre qui ne manqua pas de le laisser tomber après une histoire d'amour rocambolesque. Entre les délires et les cauchemars de celui qui est censé être sain d'esprit et les prouesses d'un poète en proie à la dérision à cause de sa sensibilité excessive ou ses pulsions trop possessives s'inscrit ce roman. C'est avec du recul que Charif Anouar Saïd refait sa chronique à lui d'une tranche de vie significative de toute une époque avec des détails dignes d'un poète fou, mais sans arrière-pensée ni préméditation. Quand il analyse une situation, il se place dedans comme s'il y était réellement et à partir d'éléments authentiques qu'il trouve sur place, il compose sa plaidoirie. Alors, il ne faut pas juger ses actes et encore moins ses écrits en recourant aux termes de dur ou d'agressif qui relèvent d'un registre relatif au banditisme et à la criminalité parce que Charif Anouar Saïd n'est ni bandit ni criminel, mais si juger était obligatoire, il faudrait peut-être lui adresser des adjectifs issus de son véritable calvaire qui est celui du racisme et de l'exclusion et là, Charif Anouar Saïd est tantôt solitaire, isolé ou perdu et tantôt écarté, renvoyé, exclu ou même malheureux'et ce sont là des qualificatifs qui décrivent mieux sa situation. Charif Anouar Saïd n'est ni fanatique ni terroriste mais déçu. Il est déçu de cette France qu'il a aimée à la folie. Son attachement à cette France est pour lui une attitude morale rattachée à un système de valeurs mis en place tout au long d'une vie, car il ne faut pas oublier que Charif Anouar Saïd est un francophone macéré par ces valeurs jusqu'au cou. Il est né dans Négritude de Senghor et a voyagé avec Maupassant partout en France et aux pays du Maghreb. Il a goûté à Germinal d'Emile Zola et a subi La Condition Humaine d'André Malraux et s'est introduit par La Porte Etroite d'André Gide comme l'Etranger d'A. Camus jusqu'à Salammbô de Gustave Flaubert' et beaucoup d'autres encore qui continuent toujours à raisonner dans sa tête sans aucun résonnement. Sa déception est vécue dans la souffrance et l'isolement et exprimée avec force, mais aussi avec amour et tendresse comme un enfant qui s'insurge contre quelqu'un de sa famille avec qui il a quelques différends, mais toujours avec une volonté grandissante et surtout une prédisposition considérable à la réconciliation.


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