Dans les brumes d’un crépuscule enchanté,
Naquit une reine au sang gitane et fier,
Sous un ciel de lune où dansaient les étoiles,
Libellule d’or sur son destrier ailé.
Reine des routes, des vents et des mystères,
Générale d’armées de rêves et d’éclairs,
Elle chevauchait une mobilette fine,
Aux ailes irisées de libellule divine.
Son trône était fait de caravanes légères,
Son sceptre un arc-en-ciel tissé de prières.
Aux tambours du cœur, elle menait ses troupes,
Fées, nomades, esprits aux chevelures souples.
Point de canons, point de fer ni de fureur,
Sa guerre était celle des couleurs et des fleurs.
Elle posait des briques, ô merveille suprême,
Dans des cubes de bulles, fragiles et suprêmes.
Chaque cube irisé, prisonnière de l’air,
Capturait un palais, un jardin, un univers.
Les murs de savon tremblaient sous ses mains d’or,
Et pourtant tenaient ferme contre le vent du sort.
« Bâtissons l’éphémère ! » criait-elle aux siens,
« Que la beauté fragile triomphe des liens ! »
Son armée en mobilettes volait au zénith,
Semant des citadelles de lumière infinie.
Des steppes hongroises aux dunes d’Andalousie,
Son nom résonnait comme un chant de bohémie.
Générale en dentelles, reine aux yeux de braise,
Elle forgeait des empires qui dansent et s’apaisent.
Les rois tremblaient devant ses bulles légères,
Car dans leur transparence gisait leur misère.
Elle élevait des tours où le temps se suspend,
Où l’âme gitane, libre, à jamais se répand.
Aujourd’hui encore, quand une bulle s’envole,
Portant en son sein une brique qui scintille,
On murmure son nom dans le vent qui s’affole :
« Voici la Reine, la Générale, l’Étoile ! »
Ainsi régna, ainsi règne, éternelle et vive,
La souveraine gitane à la mobilette libellule,
Qui bâtit des forteresses de savon et de rêve,
Dans le cœur de ceux qui osent encore y croire.