Jacob Tanzi
387492
Reliures : Dos carré collé
Formats : 14,8x21 cm
Pages : 207
Impression : Noir et blanc
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Ce qui saisit immédiatement à la lecture, c'est l'originalité du postulat de Jacob Tanzi. Alors que le genre de l'anticipation nous a habitués à des récits hyper-technologiques centrés uniquement sur l'Occident, l'auteur choisit de bousculer les codes. En 2050, l'Europe a troqué son âme contre la vitesse et la cybernétique, tandis que le village de Toumbara au Mali, ancré dans le respect de la terre et des ancêtres, devient paradoxalement le dernier bastion de l'humanité pure.
L'idée d'une puissance technologique (incarnée par le terrifiant Viktor) qui cherche à « moissonner » et coloniser les émotions spontanées de l'Afrique est à la fois une métaphore brillante du néocolonialisme et une critique acerbe de notre dépendance aux algorithmes. On sent d'ailleurs très bien la formation en philosophie de l'auteur derrière les lignes : le récit interroge constamment le prix du progrès.
Ce qui fonctionne bien selon moi est tout d'abord l'opposition des rythmes : Le contraste saisissant entre la frénésie occidentale (puces, avatars, émotions artificielles) et la lenteur obstinée, presque sacrée, de Toumbara. Le titre prend ici tout son sens : la tortue avance lentement, mais elle survit.
Aussi le duo Nia / Elara fonctionne très bien. L'alliance entre Nia, cette figure locale à l'empathie rare, et Elara, la scientifique occidentale en fuite, fonctionne à merveille. C'est le point de jonction parfait entre la conscience de la machine et l'intelligence du cœur.
Je félicite également Jacob Tanzi pour cette fin audacieuse et subtile : Sans tomber dans le piège du dénouement hollywoodien ultra-violent avec un grand méchant terrassé de manière classique, Tanzi choisit une résolution beaucoup plus fine. Cette image de fin, pleine d'espoir et de poésie (le pilote repartant avec des graines et des enfants non augmentés), résonne comme une promesse de renaissance pour l'Europe.
Je dirais donc que l'auteur a un vrai talent pour faire exister un personnage ou une atmosphère à travers un simple geste ou une métaphore bien sentie.
Mais comme tout œuvre littéraire, les erreurs ne manquent pas. Ce qui aurait pu être poussé encore plus loin c'est l'exposition de l'univers (la prémisse) est parfois un peu trop explicitative. On a parfois l'impression que le texte veut nous expliquer les enjeux plutôt que de nous laisser les vivre pleinement par l'action, surtout au tout début. Heureusement, une fois le récit lancé, on est totalement emporté.
Une lecture que je recommande sans hésiter à ceux qui cherchent une dystopie qui fait réfléchir autant qu'elle fait voyager.
