J'avance dans le monde comme on traverse une saison incertaine : avec lenteur, avec lucidité, avec le pressentiment que chaque rencontre peut laisser une trace. Mes voyages ne relèvent ni de l’aventure ni de l’errance, mais d’un besoin de regarder les vies de près — celles qui se tiennent dans un geste simple, un silence, une fatigue du regard. C’est ainsi que je photographie : sans voler, sans embellir, en cherchant la vérité fragile qui se dépose sur un visage. Certaines de ces images ont été exposées, d’autres n’existeront jamais que comme souvenirs persistants.
La musique que je compose naît du même lieu : une attention obstinée aux maux ordinaires de nos sociétés, aux failles qui nous traversent sans bruit. Pendant longtemps, j'ai laissé ces fragments — routes, visages, accords — s’accumuler en lui. Puis l’écriture a surgi, nécessaire, presque évidente. Écrire pour relier ce qui était resté épars. Écrire pour donner forme à ce qui refusait de se taire. Écrire, surtout, pour partager avant que le réel ne s’efface.
Quand j’ai rassemblé mes notes pour les regrouper dans un seul texte, je ne pensais pas aboutir à un roman. Tout ce temps en expériences variées, d'expatriation, d'événements sensibles, de responsabilités... J'ai griffonné ces notes pour mettre en mots des impressions, des sentiments, des personnes, participation à des événements réels dignes d'une fiction. Et puis, ce roman... c’est fascinant l’imagination !