ANNE ROTGER

LA FILLE PINOCCHIO

Note de l'auteur


Depuis Mars 2008, je joue au théâtre Pinocchio écrit et mis en scène par Joël Pommerat.
C'est

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28772

Reliures : Dos carré collé

Formats : 11x17 cm

Pages : 170

Impression : Noir et blanc

N° ISBN : 9782953353433

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Autour de ANNE ROTGER

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Résumé
Note de l'auteur


Depuis Mars 2008, je joue au théâtre Pinocchio écrit et mis en scène par Joël Pommerat.
C'est une drôle de vie. Tous les jours, je me maquille, je m'habille et je rentre en scène.
Ce livre pour parler de mon métier, de mes tournées, de mes voyages, de tous ces jours loin de Paris, dans les hôtels, dans les théâtres.
Ce livre pour parler de Pinocchio le pantin, l'homme pas ordinaire qui traverse la vie et les villes.
Ce livre comme un témoignage de jours précieux.

- - - -

MARTHA



Moi je suis la première femme qu'il a touchée. Il riait beaucoup avec mes bouts de seins. Il les croquait et me disait est-ce que ça te fait mal. Il me disait aussi ce n'est pas pratique d'être en bois, ce n'est pas simple, je crois que c'est pour apprendre quelque chose dans la vie. Un jour, je changerai. J'ai besoin d'apprendre. Il me disait tu vois mon problème, c'est que je n'arrive pas à me concentrer, à par sur tes bouts de seins. Je ne peux pas rester en place. J'ai tout le temps besoin de bouger.
Quand il s'allongeait, je le caressais. Il me disait, je ne sens rien mais continue, ça me plait. Il regardait tout. Quand on était sur le lit, il délirait avec le papier peint. Il faut dire que j'ai un papier peint turquoise avec des animaux, des oiseaux et des papillons. Parfois il sursautait, se levait, sifflait et me disait, tu vois celui-là en désignant un oiseau du papier peint, je l'ai rencontré dans les bois. Un jour, il sortira de tes murs, il vient de me le dire.
Je me disais donc qu'un jour, j'aurais une chambre toute bleue et que les oiseaux auraient disparu et les papillons aussi. Du coup, j'ai délicatement enlevé les couches de papier, je les ai roulées et j'ai tout descendu à la poubelle. Pinocchio était content.
















CELINE



Moi, j'étais là quand il a commencé à avoir des sensations, des sensations d'homme, je veux dire. On venait de faire l'amour. Lui, il était toujours prêt, toujours en forme, je montais sur lui.
Un matin, il me dit qu'est-ce que j'ai mal au dos. Il faut dire que moi, j'ai l'habitude de dormir presque à même le sol, il se lève et me dit mais pourquoi j'ai mal au dos comme ça. J'ai ri, j'ai ri. C'était bien la première fois qu'il se plaignait de son corps. C'était drôle, il n'arrivait plus à se tenir droit. Plus tard dans la journée, il m'a dit Céline, j'ai mal partout. C'est quand je l'ai massé que j'ai que j'ai compris que quelque chose de bizarre se passait. Il y avait des endroits durs comme ses pieds, mais son dos, son dos, c'était un spectacle plein de bleus, notez qu'il était beaucoup tombé. Je l'ai massé à l'arnica. Il m'a dit ça pue. J'ai demandé tu sens que ça pue ? Il m'a dit oui ça pue.
J'ai compris qu'il devenait un homme. Après on a refait l'amour. J'ai jamais autant joui. Lui, il pleurait, il pleurait comme un gosse. Il disait mais comme c'est bon une femme, mais comme c'est bon Céline. Au matin j'étais épuisée. Il a dormi jusqu'à quatre heures de l'après-midi. Obligée de le réveiller.

- - - -
(...)
Je suis une femme, j'ai quarante-quatre ans et je joue Pinocchio. Tous les soirs. Ca fait exactement 172 fois que j'enfile un short roux, un collant noir épais, des chaussures taille 43, un pull sombre et un énorme manteau noir. Sur la tête, j'ai un casque d'aviateur. Sur le visage, je mets une couche de blanc très gras, de la poudre blanche et j'entoure mes yeux d'un énorme trait de pinceau noir. Ma bouche aussi est un long trait noir.
A 20h00, j'apparais et je dis j'ai faim. Ce soir, je le dirai pour la 173e fois. Et j'aime ça. A chaque fois, j'aime ça. C'est bon la faim quand on sait qu'on va manger.
J'ai 44 ans et je ne me sens pas vraiment une femme.
C'est bon d'avoir faim tous les jours devant des tas de gens. Ca rit, ça réagit, ça sursaute et dans le meilleur des cas, ça applaudit. Pinocchio s'est infiltré sous ma peau. Je marche vite, je parle vite et je me fais souvent avoir. Je m'appelle Anne. Rien à voir avec la bête, mais quand même, il y a des signes qui ne trompent pas.
Un jour, je deviendrais une femme, une vraie. Il me faut beaucoup d'aventures. C'est un long voyage, mais ça ne me fait pas peur. Je suis une femme d'expérience. Quand j'ai des allergies, mon visage se déforme. Les yeux, la bouche. Rien de grave. L'autre fois en scène, je me suis cogné le talon droit. Ca m'a fait mal une semaine.
Quand je rentre le soir à l'hôtel après la représentation, je n'ai pas envie de dormir. Je pourrais rejouer. Je pourrais avoir jouer 344 fois. On a une longue tournée jusqu'en Mai 2010. Nous allons découvrir 19 villes.
Souvent quand je rentre le soir, j'ai faim. Je me calme avant de manger. Je respire et je prie, je remercie. Pas toujours. Le soir, j'aime prendre des légumes et du riz. Quand je m'endors, c'est brutal. Je rêve beaucoup. Je cours encore et je dévore des forêts noires.

J'ai un amoureux. Il m'aime comme ça. En bois et agitée. Je l'aime beaucoup. Avec lui, je ne joue plus. Il est venu voir le spectacle plusieurs fois. Il applaudit et il m'attend. On repart ensemble. Il a 55 ans. C'est un homme vrai. Quand je me réveille le matin, j'ai hâte de me lever.
J'ai attrapé Pinocchio par un bout et je ne le lâcherai pas. Un jour, on m'a dit, voulez-vous jouer Pinocchio, décidez-vous, oui ou non, vous avez cinq jours pour reprendre le rôle. J'ai dit oui, j'ai crié oui et me voici.
...
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