Gaël Caudoux

Gaël Caudoux

Il y a des choses dans la vie qui permettent le drainage du temps. Ce temps me semble être une illusion.
Dans les années 80, l’enfant que j'ai été a commencé à créer des univers et à dessiner des cartes représentant plus de 50 mondes imaginaires avec obsession et détermination.

Plus tard, dans les années 90, harcelé par une tornade sensorielle, l'écriture et la musique m'ont emporté sur les flots d'une rivière labyrinthique dans laquelle j'ai aimé me perdre en jouant le rôle d'un spectre de la nuit. Ce qui m'a permis d'écrire entre 1994 et 2004 mon premier recueil: "LES RONDS-POINTS DE BUENOS AIRES".

L'amertume d'une réalité me rattrapant, j'ai dû mener une guerre contre l'obscure masse humano-typique qui tentait involontairement d'éteindre un feu sans cesse ravivé par le vent de l'existence. Dans les années 2000, vinrent la construction de "SOMMEIL", mon premier roman, achevé en 2003 dans des conditions plutôt précaires. Un témoignage-road-trip apocalyptique et viscéral laissant derrière lui les ombres d'une civilisation abracadabrante. Commencé dans l’indifférence la plus totale au milieu d’un désert, ce livre raconte l’histoire d’un fuyard, un voyou des émotions qui traverse le chaos pour rejoindre un paradis qui n’existe peut-être pas.

Les poussières et les solvants du monde professionnel du bâtiment s'acharnant dans mes narines, j'ai pu difficilement sentir, apprivoiser et me fondre dans le décor d'un village presque fantôme d'une vieille Bretagne et passer à la création de mon deuxième roman : "L'ODEUR DE LA PLUIE", une sorte de thriller énigmatique aimanté par les tourbillons d'un univers fantastique. En 2009, s’acheva cette aventure dans la France du néant, dans les décombres du temps qui croulent dans l’oubli. La multitude de personnages dans cette histoire tisse sa toile autour du lecteur pour mieux l’étouffer.

Après un énième retour à la réalité, ce fut l'idée glaciale d'interpréter par écrit ce que les racines d'un arbre pourri peuvent entraîner comme conséquences polaires qui naquit en moi vers 2010. Alors vint l'écriture de “MORNE”, mon troisième roman, le plus froid et le plus pragmatique. Ce presque huit-clos familial achevé en 2012 me fait penser au négatif d'une vieille photographie. L’hiver accompagne la lente descente en enfer de personnages qui n’auraient jamais connu telle péripétie si la porte des mémoires n’était pas restée ouverte.

Puis les saisons passèrent et je rendais hommage à toutes ces histoires et tous ces personnages dans mes chansons dans le groupe de doom-cold-metal Meifumado. Ainsi la première partie du recueil "CHASSE LE FEU" fut écrite et terminée en 2014.

Je suis artisan peintre indépendant. La vie professionnelle ou en groupe m'est insupportable donc c'est avec passion et dévouement que j'organise ce travail solitaire de manière à plonger dans l'écriture (la musique et le dessin) le plus souvent possible. Il m'a fallu des années afin de trouver un rythme supportable.

Les goules du passé me rattrapant, je sifflais alors un air de revanche pour la confection de ce qui allait devenir mon quatrième roman: "TÊTE DE RAT". Un livre semi- autobiographique qui ne contient qu'un seul mensonge. Entre amours hallucinées et errances fantasmagoriques, mon écriture se damnait alors vers un retour aux sources côtoyant la synesthésie et les métaphores viscérales. On pourrait croire à des lourdeurs métaphoriques mais c'est volontaire. Ces lourdeurs entraînant la désertion de temps en temps d'une ponctuation trop contractuelle. Tandis que des effets insoupçonnés donnés par ce livre font danser les vérités, c’est un véritable exorcisme qui se joint à un désordre poétique.

En fin d'hiver 2018, je mis fin à la construction du recueil "CHASSE LE FEU" après avoir écrit les chansons du premier album de mon nouveau groupe d'electro-rock-melodic : GARM. Le chant est un peu comme l'écriture, une transe épique et viscérale.

La décision de faire prendre fin à un certain cycle de romans et d'histoires devait être prise. C'est comme ça que ça devait se passer. En 2019, je poussais mon écriture dans mes retranchements sensoriels et pris la direction d'une fuite dans le romantisme pour achever ce cycle. Quoi de plus beau que l'amour, la douceur et la liberté de l'âme pour s'évaporer d'un monde psychiquement cloîtré ! Seybelane est l'antidote d'une société insectoïde patriarcale qui m'a tant étouffé. Elle est aussi la porte ouverte vers un nouveau monde. Elle porte en elle le vent nouveau. "MILLE FOURMIS ET CENT LOUPS" est le dernier livre de ce cycle, le cycle d'une lune perdue. N’oublions pas que le temps est peut-être une illusion.

Gaël Caudoux

En quelques mots

À quel âge avez-vous commencé à écrire ? 4/5 ans
Quel est votre auteur préféré ? Pas de préférence.
Quel est votre style littéraire préféré ? Pas de préférence.

Les livres de l'auteur