Mireille BONNARDEL

Mireille BONNARDEL

Souvenirs souvenirs concernant la lecture avant l'écriture...

Chaque semaine ma meilleure amie subtilisait Nous Deux, "l’hebdomadaire qui porte bonheur", à sa grande sœur le temps de lire, au bord d’un ruisseau ou sous la lucarne d’un grenier abandonné, les rebondissements des épisodes écrits sur des vignettes joliment dessinées ou sur des photographies d’acteurs inconnus et moins voluptueuses. Ensuite Les Delly, nom de plume d’un frère et d’une sœur, prirent le relais. Je les découvris grâce à la voisine, immobilisée après une chute, je devais lui faire la lecture de son livre de chevet invariablement signé Delly. Une fois rétablie elle me remit tous ceux qu’elle avait terminés. Lassée des histoires d’amour illustrées à la petite semaine je pris goût au roman lu le soir dans mon lit. Nous Deux, Delly étaient rassurants. On mangeait son pain noir puis son pain blanc, la belle héroïne jolie, vibrante, gagnait à coup sûr le paradis de l’amour ! Déplaisirs et petitesses s’insinuant dans la relation sentimentale faisaient monter la tension dramatique mais se résolvaient ! Les méchants étaient éliminés. L’amour triomphait...

Il y avait aussi la coiffeuse du quartier, après m’avoir raté une indéfrisable, elle me donna régulièrement de vieux Cinémonde. Dans chaque numéro, le film raconté faisait mon bonheur d’autant que je fréquentais assidûment, avec la même meilleure amie, notre modeste cinéma du quartier, l’équivalent d’un palais féerique des mille et une nuits.

J’avais seize ans quand je dus quitter ma province, partir seule, travailler à proximité de Baden-Baden, dans un service français d’une Allemagne occupée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale suite au protocole de Londres et de la conférence de Yalta. Tout à côté de mon bureau je découvrais pour la première fois une bibliothèque, des livres alignés sur des étagères, ils couvraient tous les murs. C’était la bibliothèque pour les français de la garnison. La bibliothécaire se prit d’affection pour moi, m’initia doucement à la littérature, m’aida à préparer un concours et trois ans après, avec une bourse, je reprenais des études à Strasbourg. "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan, "Lolita" de Nabokov et plus tard à sa sortie "Procès-Verbal" de J.M.G Le Clézio m'ont marquée, leur trace est indélébile.

L'écriture est une découverte tardive grâce à un atelier d'écriture, sur le conte, animé par Chantal Grimm. Elle savait non seulement s'y prendre avec les participants mais nous pouvions lui renvoyer nos textes retravaillés après l'atelier. Cette possibilité a été extrêmement importante pour l’évolution de mon écriture. De même ses stages, en province ou à Paris, se terminaient toujours par un spectacle où nous mettions en scène nos textes qu’il nous fallait revoir pour les raconter.

J'ai déserté les ateliers, l'écriture est actuellement une activité solitaire mais je reste en lien avec Marie-Laure Detain animatrice d'ateliers d'écriture ; ses commentaires sur mes livres, approfondis et subtiles, me sont indispensables.

Sans évoquer le cheminement de mes lectures au fil des années je citerai les derniers livres qui m'ont secouée : "Anima" de Wadji Movawad, Directeur du théâtre de la Colline à Paris et "Chanson douce" de Leïla Slimani. Je mentionnerai également "Les Fugitives" d’Alice Munro dont la nouvelle "Le Silence" m'a permis de réfléchir à la relation d'une mère avec sa fille quand celle-ci ne lui donne plus signe de vie, "Pas facile de voler des chevaux" de Per Petterson dont la décision d’un homme de soixante-six de vivre retiré près d'un lac au nord-est de la Norvège m’a séduite et "Faillir être flingué" de Céline Minard pour le plaisir d'être transportée dans les prairies du Far-West et captivée par Eau-qui-court une indienne dont tout le clan a été décimé.